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Trois sauveurs de vies furent cassés en France, sans ambages. De véritables experts sur le terrain, pas sur le papier.
Des hommes concernés. Ils avaient su découvrir des matériaux de substitution pour remplacer l’amiante, moins chers que l’amiante.
Entrepreneurs, ils avaient recouvert plus de 800 bâtiments scolaires, les premières tours de la Défense, les aéroports d’Orly, les stations RER :
une bénédiction pour tous.
Ni Jussieu, ni Censier la Sorbonne Nouvelle, ni la Maison des Sciences et de l’Homme, n’avaient lieu d’être amiantés dans les années 60.
Ces trois frères durent protéger des centaines de milliers de vies sur plus de 30 ans.
La France sait produire des personnes extraordinaires.
Elle sait aussi s’en débarrasser.
L’on y trouve des génies face à une médiocrité pure. « Des lotus sur les fosses d’aisance » disent les indiens.
F.F.B. :
À défaut d’une décision en provenance des pouvoirs politiques, le seul moyen de lutter efficacement contre l’amiante était de le concurrencer sur le terrain commercial.
Pour la projection, c’est ce qui a été fait après guerre par la famille Blandin.
Et cela avec un succès considérable :
ils ont fait reculer l’emploi de l’amiante dans un matériau friable particulièrement dangereux, tant pour les applicateurs que plus tard pour les usagers des locaux.
Le pouvoir et l’argent faisaient passer le copinage avant toute nécessité de protection, l’hygiène et la sécurité.
Or, ces sauveurs, ces lanceurs d’alerte, font partie de ta famille. Ils surent garder le cap de l’intégrité et du sens. Michel, ton père. Henri, ton oncle.
Et mon ami, Philippe.
F.F.B. :
Finalement, force est de constater que ce n’est pas une décision législative qui sut s’imposer à la puissance financière.
Les décrets de 1977 et 1978, qui restreignaient l’utilisation de l’amiante en flocage, arrivaient juste pour valider ce qui se constatait depuis longtemps dans le secteur du bâtiment :
le flocage à base d’amiante pouvait être remplacé.
Représentant plus de 50 % du marché du flocage en France, Blandin et Cie l’avait largement démontré.
Les entreprises qui utilisaient l’amiante furent supplantées, c’est un fait.
Il y a 50 ans, on avait déjà gagné.
L’aéroport d’Orly, le premier grand chantier de protection incendie en France (avant la réglementation incendie mise en place dans les années 60), fut réalisé en 1959 en Pyrolaine, sans amiante !
Nouvelle preuve pour lors, de l’homicide avec volonté de poursuivre de l’État, en dépit de l’apport salubre et des solutions à l’œuvre.
Voilà ce que tes parents nous permettent de constater par leurs travaux et découvertes.
Leur contribution révèle la responsabilité criminelle étatique.
Outre les coutumes de mafias à fric qui nous saccagent, du statu quo et ses tenailles, des carnassiers du lucre.
F.F.B. :
Un brevet fut déposé en 1951 par les frères Blandin sur une machine permettant de projeter des fibres minérales.
Et cela suffit ! En tout, ma famille déposa dix brevets pour des applications dans le bâtiment, dont plusieurs pour la mise au point des premiers flocages sans amiante.
Des premières en France mais aussi dans le monde.
Ces matériaux projetés étaient particulièrement connus sous la marque Pistofibre.
Une simple machine suffit pour arrêter toute la gabegie matérielle et administrative !
Extraordinaire clarté d’esprit de tes parents. Philippe affirmait :
« Pas de compromis avec l’amiante ».
Il fut mon mentor. Je lui rendais visite deux à trois fois par semaine durant deux ans avant sa mort.
J’ai dû le rencontrer une centaine de fois.
Je lui ai fait connaître Catherine KORBA en 1999, le médecin de prévention - une espèce rare - que nous avons eu la chance d’obtenir 6 mois à Censier la Sorbonne.
Le président de la Faculté, Jean-Louis LEUTRAT (« déridéra » ajoutaient les étudiants), l’a renvoyée : elle prévenait vraiment !
Elle disait la vérité, vraiment.
La vérité à Censier. Il faut oser !
En personnalité plus attachante que nos habituels spécialistes sûrs de leurs savoirs, mais bien peu de la réalité.
Michel PARIGOT et Michel LEDOUX de l’Andeva oublièrent vite ce médecin exceptionnel, plutôt que de la défendre.
Elle venait, pourtant, de se faire renvoyer de Jussieu pour avoir découvert les mauvais chiffres de certains labos (400 f/l), et posé des questions au Professeur RAIX, le responsable en charge.
C’était il y a 10 ans.
Les experts « sur le papier » nous trahissent si facilement.
Ce sont des pions, les pions du pouvoir.
Pas Philippe. Sa devise : « Sécurité d’abord » lui interdisait les jeux du monde.
F.F.B. :
L’absence d’amiante était également pour BLANDIN et Cie un argument commercial systématique, à contre-courant des affirmations de l’époque ; par exemple qu’on ne pouvait utiliser que l’amiante pour faire de la protection incendie.
L’emploi de l’amiante était parfois plébiscité par les maîtres d’ouvrage.
Pas facile dans ce contexte d’imposer autre chose.
Ton oncle Philippe avait vécu des « instants ».
Les japonais appellent ces moments de transformation des « satori ».
À 20 ans, alors qu’il s’enfonçait dans la neige au Parc de Versailles, il se retourne.
Les seuls pas imprimés dans l’immense paysage laiteux se dirigeaient vers lui sur des kilomètres alentour.
Il comprit, tout à coup, la solitude de l’être intégré vers qui l’ensemble converge.
Cette expérience bouleversa sa vie. Il perçut son immensité un instant.
C’est énorme.
Il possédait une intelligence supérieure, un humour corrosif sans esbroufe, se faisant photographier goguenard, devant un tombeau du Père Lachaise.
Surréaliste et drôle.
F.F.B. :
Cette intelligence était partagée avec ses frères.
Henri était sorti major de sa promotion de l’école Centrale.
Mon père était un meneur d’hommes exceptionnel, reconnu par tous car il était capable de se rendre très accessible et au même niveau que tous ses interlocuteurs.
Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir toi-même conseiller sur le risque amiante pour la société APRB que tu as crée avec Michel et Philippe ?
F.F.B. :
J’ai eu cette chance d’avoir été formé par les meilleurs experts en France en ce qui concerne l’utilisation de l’amiante et des fibres minérales artificielles, leur histoire, les techniques ou les matériaux du bâtiment qui ont nécessité leur emploi.
Le bureau d’études que nous avons créé en 1996 était le bureau de conseil en isolation par flocage et traitement de l’amiante (CIFTRAM), devenu APRB en 2002.
Quel était le but principal de la société BLANDIN et Cie ?
F.F.B. :
Réaliser les chantiers d’isolation par projection de fibres de roches ou de fibres de verre, en remplacement de l’amiante.
L’entreprise fabriquait aussi des faux plafonds en profilés aluminium dans les années 50 et la pose de faux plafonds, activité qu’elle arrêta à la fin des années 60.
L’activité flocage avait considérablement pris le pas, Blandin et Cie traitait plus d’un million de mètres carré par an dans les années 70.
Philippe me parlait souvent de la mort.
La mort imposée qui satisfait les crabes, celle qui rapporte.
Les trois frères luttaient en fait, contre la mort, la mort d’homme donnée par l’homme.
Combat sans merci. Ils en avaient profondément conscience avec un sens du but à atteindre.
Ils refusaient d’accepter les travailleurs ayant touché à l’amiante.
Ils désiraient une atmosphère non-contaminée, moralement et physiquement.
F.F.B. :
Blandin et Cie comptait au plus fort de son développement plus de 200 ouvriers et embauchait continuellement.
Un noyau dur d’une cinquantaine d’ouvriers hautement qualifiés était présent de longue date.
L’entreprise embauchait jusqu’à 600 personnes par an, certains ne faisaient pas l’affaire, d’autres partaient.
Souvent débauchés par la concurrence qui, elle, utilisait l’amiante.
La main d’œuvre était parfois difficile à trouver, certaines personnes chez Blandin et compagnie étaient chargées de rechercher de nouveaux ouvriers parmi les autres corps d’état.
Puis Blandin et Cie formait ce personnel avant qu’une partie ne parte à la concurrence. Blandin et Cie a longtemps servi d’école à la profession.
Tout jeune, ton oncle Philippe, sur la route, tombe sur une affiche énorme :
« La sécurité d’abord ».
Comme touché par la foudre, il saisit l’impact du sens profond de ces mots dans ses viscères.
Il se trouvait dans l’état de disponibilité entière qui permet d’apprendre.
F.F.B. :
C’est un autre de ces « instants » qu’il a vécu et qui peuvent marquer une vie, ceux dont tu parlais.
Ce panneau trônait dessus l’entrée principale d’une usine.
La SELOTI, qu’est-ce que c’est ?
F.F.B. :
Une des trois entreprises de projection d’amiante qui subsistaient en France après la guerre, avec Wanner et ASA (l’amiante et ses applications).
Et GEP industries ?
F.F.B. :
GEP industries, un des piliers de la construction pour le compte de l’Éducation nationale, n’avait jamais employé de flocage à base d’amiante, mais uniquement du Pistofibre mis en œuvre par Blandin et Cie.
Que disaient ton père et tes oncles quand on leur a interdit toute contribution civique et humaine ?
Alors qu’on s’était débarrassé du cadeau extraordinaire qu’ils représentaient, pour choisir une contamination à l’amiante grande échelle, saccageant des centaines de milliers de concitoyens ?
F.F.B. :
Si une mesure d’interdiction des flocages à base d’amiante a pu être prise en 1978, c’est parce qu’ils avaient mis au point un procédé 25 ans plus tôt…
Les demandes du professeur BIGNON, avant qu’il ne rejoigne le C.P.A, auraient eu bien du mal à aboutir sans la preuve que les matériaux de substitution existaient et, plus encore, qu’ils étaient largement utilisés.
Je me souviens avertir Philippe :
« Censier a été bâti sans permis de construire, et floqué d’amiante sur 6 km de poutres de fer. Cela épingle les responsables ».
Il répondait aussitôt :
« La vitesse avec laquelle ils se désépinglent ».
Il connaissait sur le bout du doigt ces officiels qui font durer l’horreur, les chevilles persistantes du meurtre organisé, ces bureaucrates.
F.F.B. :
Philippe avait un sens aiguë de la répartie.
Avec lui, nous étions loin de la « mentalité fonctionnaire » redondante, que ce soit celle des hautes instances du CPA (Comité Permanent Amiante), ou de moindres échelons comme l’ANDEVA et Cie.
Même enseigne, en fait. Trucs, jeux de pouvoir, ronds de jambes, compromis, omertà.
À la franchouillarde. L’ANDEVA et son avocat Michel LEDOUX se sont tus, aussi, sur l’A.P.D.A de Dunkerque (3000 dockers touchés) car cette association ne faisait pas partie des leurs.
Avec Philippe, nous nous trouvions forcément dans une dimension où mensonges, médiocrités et redites n’avaient plus cours.
Loin des pratiques du Ministère de l’Éducation nationale telles qu’on les découvre dans L’Observatoire national de l’enseignement supérieur, ou certains rapports du C.C.H.S. (Comité Central Hygiène et Sécurité de l’enseignement supérieur et de la recherche), publiés sur mon site.
On triche beaucoup dans ce ministère.
Valérie PRÉCRESSE, l’actuelle ministre, écrira au Député-Maire JOISSAINS MASSINI :
« Chère Maryse ».
À la rigueur lui fera la bise, mais ne répondra jamais à ses questions sur l’amiante.
En effet, Maryse JOISSAINS MASSINI a porté plainte contre 13 ministres, certains très connus (D.S.K, MONORY, FABIUS, etc.), pour « Coups et blessures ».
La mort par amiante, ça ne pardonne pas.
C’est irréversible et ne sable aucun champagne.
Pas de compromis avec la mort.
L’embrigadement ne cadre pas avec les exigences vitales de la Santé publique.
F.F.B. :
L’activité de la société BLANDIN et Cie, entreprise du BTP spécialisée dans l’isolation par projection, sut contribuer naturellement.
Tant qu’il n’y aura pas le respect de l’autre, du travail accompli, de la précaution et la santé, nos officiels passeront à côté, morts à eux-mêmes et aux autres.
L’Éducation nationale n’a pour but que de conditionner davantage, produire de nouveaux pions.
Jamais assez... pour les faire voter.
Dès 1951 quand elle a vu le jour, la découverte salubre des trois frères éclaira l’horizon des risques pour tous.
Tes parents connaissaient-ils les dangers de ces fibres cancérigènes irréversibles ?
F.F.B. :
Le tableau 30 des maladies professionnelles dues à l’amiante avait été créé un an plus tôt, en août 1950, inscrites déjà dès 1945 dans le tableau 25 qui regroupait les maladies dues à l’amiante et à la silice.
Dès le début, sur nos annonces et devis, il était précisé « sans amiante, sans silicate, sans silice libre ».
Michel, ton père, rencontrait-il des malades de l’amiante ?
F.F.B. :
Il était intéressé par les techniques de projection. Il avait beaucoup d’amis parmi le personnel des entreprises concurrentes, qui utilisaient toutes l’amiante.
Il les a vu disparaître les uns après les autres dès les années 50.
Ces anciens du métier avaient repris leur activité après la guerre.
À quelle période fut inventé le procédé d’isolation par projection d’un flocage d’amiante ?
F.F.B. :
Dans les années 20 sont apparus les premiers procédés de flocage, tous à base d’amiante.
Le procédé anglais, LIMPET, était utilisé dans le monde entier dans les chantiers navals, pour la réparation des flocages dégradés qui protégeaient la coque et les séparations de compartiments.
Les compagnies n’assuraient les navires qu’à condition qu’il y ait des protections incendie à base d’amiante.
Et votre historique ?
F.F.B. :
Mon oncle Henri suivait ses études d’ingénieur à Centrale.
Avec un stage de fin d’Étude dans une entreprise de projection d’amiante.
Il se trouvait rattaché à la direction de l’entreprise parfaitement au courant des risques.
Raison pour laquelle Henri a voulu créer une entreprise d’isolation protégée projetée avec ses deux frères, et chercha à remplacer l’amiante.
Il n’y avait, malheureusement, aucune machine capable de projeter des fibres de roche.
Il a fallu la concevoir et déposer un brevet.
Les informations sur les dangers restaient secrètes.
Seuls les industriels du BTP étaient au courant de dégâts énormes et de morts d’hommes.
Les industriels semblent, hélas, pris dans les rouages imposés par cette société avide.
le manque de passion que je rencontre chez nos experts et personnes concernées :
j’avais supplié plusieurs fois Henri PEZERAT (le scientifique de l’Andeva), Yves HUBERT (le toxicologue), et Marcel SUSZWALAK (le docker de Dunkerque), de venir rencontrer Philippe dans son jardin aux bambous, rue Sambre et Meuse.
Une chance. Et un lieu !
Une occasion de rencontre humaine.
Lui, les attendait.
De plus, Marcel et lui s’écrivaient.
Mais aucun des trois ne s’est déplacé sur deux ans (!?).
J’en suis resté abasourdi, réalisant l’état de démission et manque d’intérêt qui existe dans ce pays.
Le chacun pour soi, pris, grippé, en premier chef.
Le « moi d’abord, et le reste on s’en fout ».
L’autre n’est plus rien dans cette mentalité égoïste générale... auto-satisfaite, renfermée.
Mais l’autre, c’est soi.
Surtout avec l’amiante.
Les spécialistes qui devraient être concernés ne l’ont toujours pas compris et sans doute jamais.
Ils ont tué l’enthousiasme, la découverte, l’exploration.
La simplicité.
La réalisation.
La compassion.
Quelque part, il leur manque une case essentielle, la case départ.
La vie elle-même.
Toute une mentalité encastrée reste à éradiquer.
C’est sans espoir. Sauf si le système financier s’écroule entièrement.
Ce sera notre chance, la fin de cette corruption criminelle collective.
Car sans argent, ces personnages soit disant importants et ceux qui les suivent n’existent plus. Leur poudre aux yeux s’évanouit.
Leur façade ne fait que cacher une monstrueuse réalité, la mort par amiante en France.
Et une autre réalité, aussi monstrueuse, l’incapacité de voir un fait en face.
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