Le juge
Bruguière a établi un lien entre un nationaliste corse et un ancien
policier.
Une conversation téléphonique a été interceptée en
marge de l'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac.
L'enquête
sur l'assassinat du préfet Claude Erignac a permis de démonter
l'existence d'un lien entre un nationaliste corse, Félix Paolini,
considéré comme un homme de main du leader nationaliste Marcel
Lorenzoni, et un ancien brigadier de police, Jean-Luc Santoni, tous
deux mis en examen et incarcérés le 26 octobre.
La relation a été
mise en évidence par une conversation téléphonique interceptée par
les enquêteurs.
Souvent évoqués mais rarement étayée, l'existence
de liens parfois suspects entre certains nationalistes corses et des
policiers insulaires vient d'être démontrée dans l'enquête sur
l'assassinat du préfet Claude Erignac.
Un proche de Marcel Lorenzoni,
Félix Paolini, et un policier à la retraite, Jean-Luc Santoni, ont
été mis en examen et incarcérés, lundi 26 octobre, par le juge
parisien Jean-Louis Bruguière.
Le premier pour "association de
malfaiteur ayant pour objet de préparer des actes de terrorisme"
et le second pour "complicité" de ce même chef.
Considéré par les enquêteurs comme l'ancien garde du corps de
Marcel Lorenzoni, leader nationaliste mis en examen et écroué en
marge de l'affaire sur l'assassinat du préfet Erignac, Félix
Paolini, âgé de trente ans, était depuis plusieurs mois, l'objet
d'une surveillance téléphonique.
En écoutant ses conversations, les
policiers espéraient trouver de éléments sur un groupe clandestin
à l'origine de certains attentats, voire le meurtres du préfet.
Mais
il eurent surtout la surprise d'intercepter une communication
téléphonique entre Félix Paolini et l'ancien brigadier de police
Jean-Luc Santoni.
Ce dernier habitant le même village que Félix
Paolini, Palneca (Corse-du-Sud), lui conseillait de "tout
déménager" et indiquant qu'il était activement recherché.
De
fait un membre du groupe de Recherche, assistance, Intervention, dissuasion
(Raid), dans le cadre de repérage sur le terrain avait bien posé
plusieurs questions à son ancien collègue sur le lieu de résidence
et les habitudes du jeune nationaliste, sans se douter que les eux
hommes se connaissaient.
Ancien chauffeur au sein de la société de transport
de fonds Bastia Securita contrôlée par le mouvement nationaliste A
Cuncolta, Félix Paolini est suspecté d'appartenir à un groupe d'une
dizaine de personne constituant la force de frappe de la mouvance
créée par Marcel Lorenzoni après son départ du mouvement au mois
de décembre 1997.
Dans son ordonnance de mise en détention
provisoire, le juge Bruguière fait ainsi état de soupçons sur son
appartenance au FLNC-canal historique, bras armé de A Cuncolta, et
sur sa participation à plusieurs campagnes d'attentats ainsi qu'à la
tentative visant la chambre de commerce et d'industrie (CCI
d'Ajaccio).
Félix Paolini nie, pour sa part avoir été le garde du corps
de Marcel Lorenzoni ainsi que son appartenance au FLNC-canal
historique.
Sa défense note, par ailleurs, que l'acte d'accusation
fait état de procédures, telles que celle portant sur la CCI
d'Ajaccio, auxquelles elle ne peut avoir accès. Elle relève, enfin,
que leur client n'a jamais été entendu dans ces affaires.
"Homme de main"
A en croire les personnes chargées de
mener les investigations, Félix Paolini aurait été en "homme
de main" servant les intérêts politiques de Marcel Lorenzoni,
qui aurait tenté de prendre le contrôle de la mouvance nationaliste
en Corse-du-Sud après l'incarcération, en 1996, de François
Santoni, à l'époque secrétaire national de A Cuncolta.
Si à ce
jour aucun élément ne semble permettre de faire le lien direct avec
l'assassinat de Claude Erignac, les policiers estiment en revanche
probable que l'entourage de Lorenzoni ait organisé et participé à
l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud) où fut
volé l'arme avec laquelle a été tué le préfet de région.
Marcel
Lorenzoni a également été mis en examen le 15 octobre pour
complicité d'assassinat envers le nationaliste corse Robert Sozzi,
abattu le 15 juin 1993.
"Mon maintien en détention est un bon
moyen de m'écarter du terrain de la recomposition encours de la
mouvance nationaliste" a-t-il déclaré dans un communiqué.
Il a
par ailleurs été mis en examen, le 22 octobre, pour "vols à
main armée" par le juge d'instruction parisien Philippe Coirre
dans le cadre d'une enquête sur une vingtaine d'attaques de banques
à main armée commises à Paris.
Les enquêteurs ont retrouvés les
coordonnées de Lorenzoni dans les carnet d'adresse de l'un des
braqueurs et il aurait été identifié sur une bande de vidéosurveillance,
comme l'auteur présumé de ces braquages.
Jacques Follorot
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