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La disparition d'un journaliste de Tahiti (Jean-Pascal COURAUD dit JPK) ne
doit pas être oubliée, car on ne devrait pas pouvoir tuer impunément un
journaliste en France à notre époque. C'est pourtant la raison pour laquelle
Alex du PREL du mensuel Tahiti-Pacifique se trouve poursuivi en justice
aujourd'hui.
La 17e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a
l'habitude de juger les affaires de diffamation.
Parfois, pourtant, les procès se retournent :
les avocats des supposés « diffamateurs » en sont réduits à déballer le linge sale des prétendus « diffamés ».
C'est ce qui est arrivé mardi après-midi, au détriment du procureur de la République de Tahiti, Jean BIANCONI.
L'affaire portait sur un article écrit par un journaliste indépendant de
Tahiti, Alex du PREL du mensuel Tahiti-Pacifique.
Ce journaliste et écrivain d'origine américaine anime presque à lui seul le mensuel Tahiti-Pacifique, depuis un coin reculé de l'île de Moorea.
C'est un homme courageux, qui n'hésite pas à "porter la plume dans la plaie", comme disait Albert
LONDRES :
Il dénonce souvent les affaires de corruption en Polynésie, et n'a jamais accepté que l'on enterre l'enquête sur la mort du journaliste Jean-Philippe
COURAUD, connu à Tahiti sous les trois lettres "JPK".
Ce dernier, on le sait, a disparu dans des circonstances suspectes en 1987. La thèse officielle de
cette disparition est le suicide, mais la famille a la conviction qu'il a été assassiné.
Un article assassin pour le parquet de Tahiti et le procureur de la
république Jean BIANCONI.
Alex du PREL pense lui aussi que JPK a été tué, noyé par des hommes de
main de l'ancien président Gaston FLOSSE.
Dans un article publié en janvier 2007, titré "Oui, JPK a bien été assassiné !", il accusait ouvertement le Groupement d'intervention de la Polynésie (GIP, l'ancienne milice de Gaston
FLOSSE) d'être à l'origine de sa mort.
Mais il y mouillait aussi la justice locale, estimant « ridicule voire
carrément suspect (…) l'acharnement du parquet de Papeete et de l'entourage
de l'ex-président Gaston FLOSSE pour tenter de démontrer par tous les moyens que les
témoignages (allant dans le sens d'un assassinat) ne seraient que des "rumeurs
fantaisistes" ».
Il visait clairement, sans le nommer directement, le procureur de la
République Jean BIANCONI :
« Serait-ce dû au fait qu'un haut magistrat pourrait se croire investi par
une sorte de "mission divine", qui consisterait à orchestrer
une machination (à laquelle certains juges accepteraient de participer) pour
protéger par tous les moyens l'ex-GIP et son chef Rere PUPUTAUKI qui, s'il
était condamné, pourrait mettre en danger le sénateur Gaston FLOSSE, lequel à son
tour pourrait alors mettre en danger "les plus hautes sphères de l'Etat"
? »
A la suite de la parution de l'article, Jean BIANCONI Procureur de la
République de Tahiti, son substitut Christophe
PERRUAUX et le juge d'instruction Philippe STELMACH ont porté plainte en diffamation contre
Alex du PREL du mensuel Tahiti-Pacifique.
Un procès à 16.500 kilomètres des faits jugés, mais les trois hommes ont choisi de porter l'affaire à Paris, à 16.500 kilomètres de la rédaction
du mensuel Tahiti-Pacifique.
Une manoeuvre visant, selon le journaliste Alex du PREL, à sortir le dossier de son contexte.
Commentaire d'Alex du PREL, dans un email qu'il nous a adressé : "Imaginez le tollé qui se soulèverait en France si le procureur de Paris assignait le directeur de publication d'un magazine parisien devant le tribunal correctionnel de Papeete, sous prétexte que trois exemplaires seraient vendus à
Tahiti.
C'est un procédé que quelques rares vicieux ont utilisé dans le passé pour se venger d'éditeurs de livres (jamais de presse) qui les malmenaient."
Entre le dépôt de cette plainte et le procès de mardi, de l'eau a coulé.
Et cette eau a charrié de nombreuses révélations et rebondissements, donnant raison à ceux qui, comme
Alex du PREL, réclamait début 2007 une réactivation de l'enquête.
Celle-ci a récemment conduit à des perquisitions à la DGSE ou chez Gaston
Flosse.
Un parquet qui poursuit un journaliste, mais pas les nervis de Gaston FLOSSE.
A cause de la distance, aucune des parties (accusateurs ou accusé) n'était présente mardi dans la salle d'audience.
Pour défendre son client, Maître Claire DOUBLIEZ avocat au barreau de Paris a choisi d'étaler les turpitudes de la justice de Tahiti :
il lui fallait démontrer la bonne foi de son client, et donc reconstituer pour les juges le contexte de l'article incriminé.
Le résultat :
un tableau effarant de la justice de Polynésie, dans son versant "parquet".
Jean BIANCONI était jusqu'en 2003 le président de la chambre d'appel d'Aix-en-Provence.
Chiraquien, acteur et témoin du drame de la grotte d'Ouvea en Nouvelle-Calédonie, il a été nommé procureur de la République à Papeete alors que Gaston
FLOSSE, ami de Jacques CHIRAC, commençait à avoir des ennuis judiciaires pour son abus
d'emplois fictifs.
Dans sa plaidoirie, Maître Claire DOUBLIEZ l'avocate du journaliste s'est interrogée :
qu'est-ce que c'est que ce parquet qui poursuit un journaliste dérangeant, mais qui n'a rien fait pour poursuivre les agents du service de renseignements du
GIP, les
«tontons macoute de Gaston Flosse» ?
Et lorsque le même GIP, a-t-elle poursuivi, s'est ouvertement rebellé
contre Oscar TEMARU, en 2005, "qu'a fait le parquet ? Rien".
Des pressions indignes sur le juge chargé de l'affaire.
Que penser d'un procureur qui donne son feu vert à l'arrestation et la condamnation express, en comparution immédiate, pour dénonciation calomnieuse, d'un témoin-clé, Vetea
GUILLOU, venu expliquer en 2004 qu'il avait recueilli les confidences des assassins de JPK ?
Le juge d'instruction de l'époque, Jean-Bernard TALIERCIO, en charge de
l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal COURAUD, n'avait alors même pas
été informé de l'affaire…
Maître Claire DOUBLIEZ l'avocate du journaliste a relaté les pressions
exercées par Jean BIANCONI contre Jean-Bernard TALIERCIO, alors chargé de dossiers
sensibles pour Gaston FLOSSE, et réputé peu docile.
Au bout du compte, le parquet tahitien a tenté de «coller» une affaire de harcèlement sexuel sur le dos du juge.
L'affaire, instruite à Paris, a finalement débouché sur la non culpabilité
du juge…
Maître Claire DOUBLIEZ l'avocate du journaliste a raconté encore, pour
souligner les liens BIANCONI - FLOSSE, comment en 2006, le parquet a requis la
relaxe dans une affaire de prise illégale d'intérêt impliquant le potentat
local, et qui finit quand même par la condamnation (certes légère) de ce
dernier…
A la sortie du tribunal, l'avocat des trois magistrats accusateurs, Maître
Xavier NORMAND-BODARD, haussait les épaules : "J'ai apporté des faits précis,
la défense, elle, a essayé de réécrire un article à posteriori."
Maître Claire DOUBLIEZ l'avocate du journaliste, elle, vantant le courage de son client, semblait sincèrement choquée par toute cette affaire
"hallucinante".
Le jugement sera rendu le 23 juin.
Source du texte : Rue89
et Agence
Jean-Claude PONSON
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