LE MONDE | 02.03.07 | 15h38  •  Mis à jour le 02.03.07 | 15h38
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Le Conseil constitutionnel censure des dispositions de la loi Clément sur la responsabilité des magistrats

Il a fallu moins d'une semaine au Conseil constitutionnel pour invalider, jeudi 1er mars, deux des plus importants articles de la réforme de la justice, relatifs à la responsabilité des magistrats : la définition de la faute disciplinaire et la saisine du médiateur de la République par le justiciable. Dans les deux cas, la haute juridiction estime que les textes sont "contraires à l'indépendance de l'autorité judiciaire et à la séparation des pouvoirs".

Après l'émotion suscitée par l'affaire d'Outreau, le gouvernement a annoncé une réforme de la justice, dont l'ampleur n'a cessé de se réduire. L'article sur la responsabilité du magistrat est de loin le plus sensible et a fait l'objet de plusieurs réécritures.

Pour le Conseil constitutionnel le législateur peut, comme le voulait la loi, "étendre la responsabilité disciplinaire des magistrats à leur activité juridictionnelle en prévoyant qu'une violation grave et délibérée d'une règle de procédure constituant une garantie essentielle des droits des parties puisse engager une telle responsabilité". Mais il faut que "cette violation" ait été "préalablement constatée par une décision de justice devenue définitive". C'est-à-dire après épuisement des voies de recours (appel, cassation).

Le sujet était si délicat que Pascal Clément - après avis du Conseil d'Etat - n'avait pas présenté de texte sur la faute disciplinaire, dans son projet de réforme de la justice en octobre 2006. Devant le tollé suscité par cette absence, le gouvernement a introduit, juste avant le début des débats parlementaires en décembre 2006, l'amendement sur la responsabilité des magistrats, profondément corrigé par l'Assemblée nationale. Le Sénat a essayé d'en atténuer la rédaction, craignant un problème constitutionnel, mais il a été rétabli en commission mixte parlementaire pour finalement aboutir à la censure du Conseil constitutionnel.

"SÉPARATION DES POUVOIRS"

Le deuxième article censuré porte sur une autre initiative importante de la loi Clément : la possibilité pour le justiciable de saisir le médiateur de la République à propos du comportement d'un magistrat. Mais, pour la haute juridiction, "la séparation des pouvoirs interdit de faire d'un organisme administratif l'acteur d'une procédure juridictionnelle". "La confusion des genres créée en l'espèce par l'intervention du médiateur de la République, autorité administrative, dans une autorité disciplinaire visant un magistrat (...) était, estime le Conseil constitutionnel, constitutive d'un empiétement de l'administration sur une activité juridictionnelle."

Le Conseil a également invalidé un article sur les conditions de nomination des avocats généraux à la Cour de cassation qui réduisait les prérogatives du Conseil supérieur de la magistrature.

La censure de ces dispositions a été saluée par l'Union syndicale des magistrats et le Syndicat de la magistrature. Pour le garde des sceaux, "la décision du Conseil constitutionnel montre la difficulté qu'il y a à réformer en ce domaine", tout en rappelant que ces articles "ne constituaient qu'une partie de la réforme de la justice".
Alain Salles