L’affaire DSK est-elle l’arbre qui cache la forêt ? Dans
les dîners mondains, dans le tout-Paris, le directeur du FMI
est paraît-il connu pour ses conquêtes amoureuses. Sa supposée
relation intime avec une économiste hongroise défraye en ce
moment la chronique. Mais cette relation entre adultes
consentants est après tout sans conséquence si, comme le dit
lui-même DSK, elle ne s’est bornée qu’à un banal échange
amoureux. Il y a plus grave. Une vidéo en ligne sur le web
explique à mots couverts que DSK aurait pu se livrer à des
violences sur Tristane Banon, une jeune journaliste et romancière.
Si les faits sont avérés, l’accusation est terrible. Or la
victime ne les dissimule pas, mieux, elle accuse le directeur du
FMI de l’avoir malmenée.
Comment cette vidéo n’a-t-elle pas fait un buzz énorme sur
Internet ? On peut se le demander. Car son contenu est
fracassant. Fracassant, peut-être, mais impossible à exploiter
car le nom du protagoniste y est censuré. Pourtant, il n’est
pas besoin d’être grand clerc pour savoir qui se cache derrière
les bips... Il nous fallait vérifier que nos intuitions ne nous
trompaient pas.
Dans cette vidéo, Tristane Banon, jeune journaliste et romancière,
accuse un homme apparemment haut placé d’avoir voulu la
violer. Qui est cet homme ? Mystère ? La scène se passe sur
Paris Première pendant l’émission de Thierry Ardisson 93,
Faubourg Saint-Honoré (diffusée le 5 puis le 20 février
2007).
Tristane Banon est assise autour de la table en compagnie des
autres convives (étaient également présents Jacques Séguéla,
Thierry Saussez, Jean-Michel Aphatie, Roger Hanin, Gérald Dahan,
Claude Askolovitch et Hedwige Chevrillon) quand elle déclare :
« Moi, c’est avec [et là le nom est remplacé par un long
bip] avec qui ça c’est super mal passé. C’est le chimpanzé
en rut ! »
Et l’animateur
Thierry Ardisson d’abonder dans son sens : « c’est un obsédé
! », lance-t-il.
Chacun se demande évidemment qui peut bien être cet individu
dont on ignore pourquoi l’on bipe le nom. Pour le savoir, il a
suffi de demander à la principale intéressée, Tristane Banon
elle-même, qui nous a répondu le plus simplement du monde
qu’il s’agissait de Dominique Strauss-Kahn.
Pourquoi avoir censuré le nom de ce politicien qui en 2002 n’était
plus ministre, mais député et qui, en ce début d’année
2007, venait d’être nommé loin de Paris, au FMI ? « Je ne
sais pas du tout, nous explique Tristane Banon. Ce que je sais
c’est qu’il y avait déjà eu un problème une première
fois quand Thierry Ardisson m’avait invitée sur l’émission
Tout le monde en parle. On avait parlé de ça à la fin de ma séquence
et la chaîne avait demandé à ce qu’on retire carrément
toute la séquence... C’est une décision de Télé Paris et
de Stéphane Simon. Ce n’est pas moi qui l’ai demandé, en
tout cas ».
Autre sujet d’étonnement : pourquoi, en février 2007,
personne n’a parlé de cette affaire ? Et pourquoi cette vidéo
a-t-elle disparu d’internet comme si on avait voulu la
supprimer définitivement des mémoires ? L’accusation portée
par Tristane Banon est grave, mais pas absurde. Et elle est récurrente.
« Qui n’a pas été coincée
par Dominique Strauss-Kahn ? », demandait récemment Danielle
Evenou pendant une émission de Laurent Ruquier. La presse
anglo-saxonne, suivie par des blogs français, a également fait
ses choux gras avec sa supposée liaison avec Yasmina Reza.
Comme on le sait, l’actuel directeur du FMI est actuellement
sous les feux de l’actualité pour une affaire qui défraie la
chronique, à savoir sa relation intime avec Piroska Nagy, une
économiste hongroise qui a travaillé pour le département
Afrique du FMI jusqu’en août dernier. DSK est soupçonné par
l’institution internationale « sur un éventuel abus de
pouvoir dont il aurait pu se rendre coupable en accordant des
indemnités de départ trop importantes à Nagy ou en manœuvrant
pour l’envoyer à Londres », selon Le Point.
Si Dominique Strauss-Khan ne nie pas avoir été proche de Mme
Piroska Nagy, il nie en revanche tout abus de pouvoir.
L’affaire aurait pu se terminer là si l’on ne reprochait
pas également au directeur du FMI d’avoir agi en faveur
d’une jeune femme qui a travaillé dans son équipe de
campagne pendant la primaire socialiste de 2007, Emilie Byhet.
Il lui est reproché d’avoir suggéré au département des
ressources humaines du FMI de lui attribuer un stage au département
recherche de l’institution...
Ces affaires ne sont certes pas à prendre à la légère, mais
elles portent moins à conséquence que l’accusation que
Tristane Banon lance à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn.
A l’époque des faits, en 2002, la jeune femme n’avait pas
osé porter plainte.
Pourtant
elle avait pris contact avec un conseil juridique qui, d’après
ce qu’elle explique dans la vidéo, possédait sur son
agresseur supposé un fort volumineux dossier. Mais Tristane
Banon a renoncé à porter plainte. Elle y renonce toujours,
d’ailleurs :
« De toute façon, maintenant, je ne sais même pas s’il
n’y a pas prescription. Ça fait six ans. Au départ, je
voulais porter plainte, mais après il y avait eu l’histoire
de Johnny Hallyday avec sa nana, c’était pile en même temps
que ce qui m’était arrivé... Qu’est-ce qui va empêcher 50
% des gens que je vais croiser de ne pas me croire, ils ne sont
pas censés croire en ma bonne foi. Alors je me suis dit qu’il
fallait vivre avec ça. Et puis qu’est-ce que j’ai à y
gagner ? De l’argent ? Je ne veux pas de son fric. Et si
c’est pour faire vendre des bouquins sur ce genre de réputation,
franchement je préfère en vendre peu ou pas... Et puis il y
avait tout bêtement le fait que je vis seule à Paris. Il est
avec un mec qui n’est pas forcément un tendre, il n’a pas
forcément des méthodes très raffinées... Je ne pense pas
qu’il m’aurait fait assassiner, mais me refaire le portrait,
ça aurait été possible... ».
Comment tout cela s’est-il passé ? Tristane Banon prend
contact avec Dominique Strauss-Kahn en 2002. A cette époque,
elle prépare un livre, Erreurs avouées, qui sera publié
quelques mois plus tard chez l’éditeur Anne Carrière, sans
le témoignage de Dominique Strauss-Kahn. On comprend pourquoi
en écoutant le récit de son entrevue sur Paris Première :
« ... Il a proposé qu’on se voit, il m’a donné une
adresse, que je ne connaissais pas, déjà ça m’a étonné
parce que je connais un petit peu sa vie, plus ou moins, donc je
sais où il habite, je sais où est sa permanence, l’Assemblée
je vois un peu où c’est situé. Rien de tout ça.
Je suis arrivée devant l’adresse, je me suis garée, je suis
montée, c’était un appartement vide, complètement vide,
avec un magnétoscope, une télévision, un lit au fond, très
beau, il a bon goût, Monsieur a bon goût, poutres apparentes
sublimes, sur cour intérieure, et puis là il a gentiment fermé
la porte. J’ai posé le magnétophone tout de suite pour
enregistrer, il a voulu que je lui tienne la main pour répondre,
parce qu’il m’a dit « je n’y arriverai pas si vous ne me
tenez pas la main », et puis après la main c’est passé au
bras, et c’est passé un peu plus loin, donc j’ai tout de
suite arrêté...
Je suis arrivée là-bas, j’avais un col roulé noir, ça fait
peut-être triper les mecs un col roulé noir mais faut arrêter,
et après surtout c’est que ça
s’est très très mal fini, parce qu’on a fini par se
battre, donc ça s’est fini très très violemment, puisque je
lui ai dit clairement... [intervention d’un invité] non non
on s’est battu au sol, pas qu’une paire de baffes, moi
j’ai donné des coups de pieds, il a dégrafé mon
soutien-gorge, il a essayé d’ouvrir mon jean... Ça a très
mal fini, mais moi ce qui m’a marqué... [coupure
montage]. Bon moi j’ai fini par partir, il m’a envoyé tout
de suite un texto en disant « alors je vous fais peur ? »
d’un air un peu provocateur,
et
je lui avais parlé quand on se battait, je lui avais dit le mot
« viol » pour lui faire peur, ça ne lui a pas fait peur plus
que ça, comme quoi apparemment il était accoutumé, et après
il a pas arrêté de m’envoyer des textos en disant « je vous
fais peur ? »
Selon Tristane Banon, DSK l’aurait empêchée de publier les
passages le concernant :
« Anne Carrière a eu les jetons, elle a retiré le chapitre,
ce qui, je pense, a été sincèrement une connerie car des
journalistes l’avaient reçu... Ce que je n’ai vraiment pas
apprécié c’est ce qu’il a fait après. Car dans
l’histoire je n’étais pas méchante, je ne portais pas
plainte, je retirais le chapitre, je faisais tout ce qu’il
disait de faire. Il y avait beaucoup d’interviews de prévues
dans la presse écrite, des passages télé, etc.
et
il a appelé Marc-Olivier Fogiel en lui demandant d’annuler
parce qu’il avait peur que je parle de ça, chez lui parce que
c’était du direct. Maintenant, c’est parole contre parole.
C’est ce que m’a dit Marc-Olivier Fogiel et je ne vois pas
pourquoi il me mentirait, mais Fogiel m’a dit, alors qu’il
m’avait invitée (j’ai encore l’invitation de sa
production), il m’a dit écoute Tristane, on me menace de
couper le faisceau si je te laisse passer ».
On peut toujours épiloguer et se demander qui est ce « on »
capable de censurer les passages où il est question de lui sur
une chaîne câblée, de censurer un éditeur, de menacer de
black-outer une émission de divertissement sur une chaîne
grand public ?
« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux
femmes, écrivait dans un de ses billets Jean Quatremer. Trop
pressant, il frôle souvent le harcèlement.
Un
travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est
en France). Or, le FMI est une institution internationale où
les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion
trop précise, et c’est la curée médiatique. ».
Que va faire désormais le FMI de ces révélations ?
Source : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=46125