L'ANTISEMITISME
TEL UN EPOUVANTAIL
SI DIRE LA VÉRITÉ, CELA NOUS VAUT UN PROCÈS, NOUS SOMMES PRÊTS
jeudi 6 février 2003, par Silvia Cattori
JE PROTESTE
Les propos tenus par le
Président du CRIF sur les ondes de France Culture le 25 janvier
2003, m'ont profondément révoltée. Ce Monsieur accuse ni plus ni
moins des gens de gauche, des gauchistes - comprenez les membres de
la société civile internationale qui se sont senti le devoir moral
de protéger le peuple palestinien menacé dans son intégrité par
les forces d'occupation israéliennes - d'incarner le nouveau visage
de l'antisémitisme. Ceci bien évidemment pour les avertir,
qu'attention, le tribunal n'est pas loin.
Ce qui reviendrait à dire, qu'apporter secours aux victimes de la répression
israélienne, est un délit. Cela confine à l'absurde. Ce recenseur
méthodique de tout acte supposé illicite, se garde bien de dire
qu'il y a, dans chaque manifestation contre ce qui peut symboliser
l'Etat raciste d'Israël, un lien de cause à effet ; les
gestes de colère se multiplient quand les offensives de la troisième
puissance du monde culminent en intensité et violence dans les
territoires occupés. Violence qui a une part de responsabilité
dans l'enchaînement des faits.
Vivant en Suisse, je connais pas ce Monsieur. Mais ses propos - qui
ont pour dessin de dénaturer le témoignage de ceux qui dénoncent
les crimes de l'armée Israélienne - sont écœurants. En cherchant
à disqualifier par des accusations d'antisémitisme répétées à
l'envi toute personne qui ne considère pas les Palestiniens comme
des criminels, ce Monsieur se disqualifie lui-même.
Le Président du CRIF n'a pas peur des mots qui tuent. Mais il a
peur des vérités qui risquent d'éclabousser Israël.
L'intimidation intellectuelle a profité jusqu'ici à ceux qui ont
intérêt au statu quo ; c'est-à-dire à ceux qui, en Israël,
ont l'avantage des armes ; je veux dire les colons juifs et les
militaires qui dépossèdent les Palestiniens de leur terre. Ainsi
tous les moyens sont bons pour que les Israéliens puissent
continuer de régner en maître sur les territoires occupés.
Les Juifs ne sont pas des êtres à part dans la société civile.
Tout comme Israël n'est pas un Etat à part dans la société des
Nations. Il s'agit d'une société, d'un Etat, qui peuvent êtres
critiqués comme n'importe quelle société, n'importe quel Etat.
Pourquoi vouloir étouffer la vérité dans l'oeuf ? S'en
prendre à des honnêtes gens choqués de ce qu'ils ont vu :
qu'une fois passé l'uniforme les Israéliens sont capables des
pires saloperies. Je sais ce que peuvent éprouver de sentiments
d'impuissance, de culpabilité, d'étouffement, ces témoins de la
société civile une fois rentrés chez eux.
A cause de cette chape de silence qui pèse sur eux, et de cette
confusion bien orchestrée, entretenue par ces défenseurs
inconditionnels d'une politique de répression massive contre les
Palestiniens, qui n'hésitent pas à mentir et à moucher ces témoins
embarrassant qui la dénoncent. L'antisémitisme, brandi tel un épouvantail
sert à nous museler.
Antisémite José Bovè et ceux, qui comme lui, dénoncent ce qu'ils
ont vu : l'innommable ? Exprimer sa colère contre
l'arrogance d'un peuple dominateur qui écrase un autre peuple, n'a
absolument rien à voir avec l'antisémitisme. Nul ne peut plus
ignorer où sont les nouveaux antisémites. Ils sont en Israël. Et
ce sont les Palestiniens qui en font les frais. Ils se comptent non
pas en milliers, mais en millions. Ils sont rangés du côté des
partis ultra orthodoxes, des partis religieux racistes. Ils
affichent leur supériorité sur tout ce qui n'est pas juif. Ils
cultivent la haine de l'Arabe, tirent profit de la logique
d'apartheid très sophistiquée et autres barbaries coloniales.
Quelque chose d'inimaginable et difficile à expliquer ; il
faut le voir pour y croire.
Un Sud-africain rencontré à Hébron - une ville émouvante, une
ville à l'agonie, qu'étranglent les colons juifs armés les plus
extrémistes - disait qu'en comparaison avec l'apartheid israélien,
l'apartheid que pratiquait l'Afrique du Sud, était quelque chose de
paradisiaque. C'est là où le bât blesse. Les Israéliens ont ceci
d'unique qu'ils peuvent se montrer ouvertement racistes, pire, tuer
des enfants, voler des terres, dégrader toute une population, sans
craindre d'être traduits en justice. Il ne viendrait jamais à
personne l'idée de leur faire des procès à ces intouchables.
Surtout pas aux avocats mandatés par le Comité Juif Mondial. Quand
on songe que depuis 1995 le CJM et des avocats new-yorkais s'en
prennent à des pays inoffensif comme la Suisse, leur cible préférée ;
hier pour lui faire rendre gorge sur les fonds dits en déshérence ;
aujourd'hui pour lui tordre le cou sur les liens commerciaux avec
l'Afrique du Sud - on croit rêver ! Pourquoi deux poids deux
mesures ? La Suisse, a versé un milliard à ces gens
redoutables, (contre des sommes dérisoires trouvées dans les
coffres) pour des crimes contre l'humanité qu'elle n'a jamais
commis ; alors que les crimes qu'Israël commet contre les
Palestiniens de nos jours, restent totalement ignorés, impunis.
Ceci pour dire que la Suisse a cédé à la culpabilité, et à la
peur savamment véhiculée. La peur de se mesurer à ces combinards,
à cause de cette épée de Damoclès. Ils ont le vent en poupe. Je
veux parler du Lobby Juif, des faucons israéliens, qui comme le Président
du CRIF, n'ont pas peur d'user de ce mot d'antisémitisme pour vous
plier. Il faut le dire haut et fort : nous sommes nombreux à
ne plus vouloir marcher dans cette combine. C'est en son nom qu'on
humilie l'Arabe, que l'on casse du Palestinien.
photo © Ammar
Awad.
Qu'il soit juif ou chrétien ou musulman chacun a droit à la dignité,
au respect, à la reconnaissance. Un Juif pèse du même poids qu'un
Palestinien. Je ne vois pas pourquoi les Juifs qui demandent cette
reconnaissance pour les victimes du nazisme peuvent refuser cette
reconnaissance aux victimes palestiniennes. Le terrorisme de l'Etat
israélien, quoi qu'on en dise, est chose infiniment plus grave que
l'acte isolé d'un enfant - à qui l'on interdit un développement
normal d'enfant, un toit, une éducation, une vie d'enfant tout
court - dont le corps se transforme en bombe, de rage, de
frustration, de désespoir.
Ceux qui s'attachent à protéger les Palestiniens ne sont pas
contre les Israéliens. On aime, on n'aime pas… on ne peut pas se
forcer à aimer un pays, un gouvernement, une personne qui
falsifient l'histoire, méprisent plus faibles qu'eux, ni ces fleurs
vénéneuses, qui, comme Mosieur Finkielkraut, cherchent à cacher
la vérité pour couvrir de leurs longs bras les criminels. On aime
on n'aime pas… si aimer les Palestiniens, si secourir les victimes
d'une oppression brutale, c'est encourir le risque d'être traduit
en justice, et bien soit. Nous sommes prêts.
En Israël, on rencontre malheureusement beaucoup, de ces arrogants
fraîchement arrivés de Russie, d'Argentine, de France, ravagés
par la haine de l'Arabe, surtout.
Or que rencontre-t-on en Palestine ? Un peuple qui se montre
tout de suite accueillant, prêt à vous aimer, s'il se sent accepté.
Un peuple qui n'exprime jamais de sentiment de haine contre les Israéliens.
Les Palestiniens vous disent que ce n'est pas le Juif qu'ils
combattent, mais l'occupation militaire qui les étouffe. Les Israéliens
qui vont chez les Palestiniens pour autre chose que pour les réprimer,
qui y vont en ami, le savent fort bien ; on les accueille à
bras ouverts.
Reste l'humiliation, qui est la raison profonde de la lutte des
Palestiniens. La reconnaissance est un besoin profond pour toute
société humaine. Les Palestiniens se battent pour elle, pour leur
dignité. C'est notre devoir humain de les aider. Quoi que l'on en
dise, le ghetto de Varsovie est toujours d'actualité. Il s'appelle
Naplouse, Jénine, Qalquilia, Tulkarem, Naplouse, Hébron. Le fait
que les Juifs ont été les victimes du nazisme, ne les autorise pas
à se venger contre les Palestiniens, qui eux n'y sont pour rien.
Tout cela génère tant de souffrance ! Souffrance qui s'échappe
des récits, qui comme une plainte, arrivent quotidiennement jusqu'à
nous. Ici c'est un professeur palestinien qui raconte :
« … Les six ou sept jeunes, âgé je présume de 15 à 25
ans, ont été mis à genoux au bord de la route, les mains ligotées
derrière leur dos et les yeux bandés. On aurait dit qu'ils se
sentaient préparés à être exécuté. Je peux te dire cher frère
que ces jeunes-là, n'ont nullement été traité comme des hommes,
ni comme des sous-hommes. Je n'ai même jamais entendu parler de
gens qui auraient traité un animal de cette manière. Les soldats
les faisaient se lever à tour de rôle et leur donnaient des gifles
et des coups de pieds avec une telle violence, une telle haine. L'un
des soldats, qui devait être âgé de 19 à 20 ans, s'est approché
de l'un des Palestiniens assis sur ses genoux, il lui a mis son
pelvis à la hauteur du visage, puis il a ouvert la braguette
faisant semblant de se préparer à lui pisser dessus. Pendant ce
temps, toute la patrouille éclatait de rire. Tu sais, en 35 ans
d'existence, je ne me souviens pas avoir éprouvé de tels
sentiments de rage, d'humiliation, de colère et surtout
d'impuissance. Et je me demandais ce que devaient ressentir ces
jeunes à ce moment-ci (…) Je suis furieux, je l'admets.
Maintenant tu en connais la raison. Mais je veux te rassurer :
je suis loin d'être brisé. Nos enfants apprendront toujours à
aimer la vie. Ils comprennent fort bien que c'est cela l'occupation
et ils apprendront à se défendre du mieux qu'ils le
peuvent…(…) »
Je
ne vois pas pourquoi tous ceux qui ont à cœur de dénoncer ce
qu'ils ont vu d'effroyable en Palestine, doivent se sentir
culpabilisés, par ceux-là mêmes qui ont du sang frais sur les
mains. Les soldats israéliens ratissent, déportent, torturent. Ils
exécutent de sang froid un Palestinien toutes les trois heures ;
ils ont une préférence pour les jeunes garçons. Vous ne pourrez
pas nous dire demain que vous ne le saviez pas.
Silvia Cattori
25 janvier 2003
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