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Synthèse sur l'idéologie
sioniste : ses fondements théoriques, ses principaux développements
pratiques sur le terrain, depuis son apparition à la fin du XIXème siècle jusqu'à nos jours, en passant par la création de l'État
d'Israël en 1947, avec parallèlement une mise en évidence, par le
racisme et l'antisémitisme engendrés, de la perversité de ce que
l'on peut considérer comme la troisième grande idéologie du XXème
siècle.
Site personnel de A.
Gaillard (déporté politique, professeur de Médecine e.r.) que
vous pouvez contacter à son adresse électronique - en cliquant ici
Résumé
du texte
Depuis 1919 et l'attribution à
la Grande Bretagne
d'un Mandat sur
la Palestine
, depuis 1947 surtout, date où l'ONU y créa deux États, l'un
"juif", l'autre "arabe", cette région est le théâtre
d'un conflit permanent. Quatre guerres meurtrières se sont déclenchées
et ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de
personnes, tandis que se sont perpétrés chaque jour des crimes et
des exactions multiples et que se sont abattus des malheurs de
toutes sortes.
Aveuglés par une information
incessante qui fausse toute perspective et gêne la réflexion, la
plupart des commentateurs n'ont manifestement saisi ni les sources
profondes, ni le sens de l'affrontement en cours.
Pourtant, un tel conflit avec son
intensité dramatiquement croissante avait été prédit par une
partie notable et éminente de la communauté juive qui, dès le début
du XXe siècle, dénonçait avec force, comme source de désastres
futurs, l'émergence en son sein de l'idéologie sioniste. Bien que
devenus moins nombreux depuis la création de l'État d'Israël, ces
prophètes juifs n'ont cependant jamais cessé de "crier dans
le désert" et de désigner le sionisme comme le fondement de
la violence sans cesse renaissante dans ce que fut
la Palestine.
Cet essai se propose de réunir
des éléments essentiels d'ordre historique qu'il convient d'avoir
à l'esprit mais il veut traduire aussi les réactions de l'auteur
devant le drame quotidien qui se joue là-bas, drame dont les
Nations occidentales directement concernées n'ont pas encore pris
la juste mesure.
1
- AVANT-PROPOS
Un très grand peuple, éminent dans de multiples domaines :
scientifique, technologique, philosophique, théologique..., s'est
laissé séduire dans les années trente par l'idéologie nazie aux
manifestations particulièrement terribles.
Dans d'autres pays comme
la France
, une partie notable de l'élite intellectuelle a adhéré pendant
plus de sept décennies à l'idéologie socialo-communiste qui a
fait des dizaines et des dizaines de millions de morts.
Devant ces erreurs qui ont été celles d'une multitude de gens
instruits et sincères on peut affirmer que le présent, par la
surabondance des informations et l'absence de perspective qu'il
comporte, nous laisse volontiers aveugle. De plus, contrairement à
une opinion courante mais fausse, l'Histoire « est la science des
choses qui ne se répètent pas ». La prochaine guerre ne sera pas
semblable à la précédente, le nazisme et le communisme ne
reviendront pas, non plus que
la Shoah
: les hommes sont confrontés à des situations toujours nouvelles
dont la perversité n'émerge dans la plupart des consciences que
devant des malheurs caractérisés.
Notre époque ne saurait échapper à cette règle... Aujourd'hui
comme hier, on peut affirmer qu'un élément - qui porte en lui tous
les germes d'une future tragédie - est largement méconnu. Cet élément,
dénoncé depuis un siècle par une partie notable et éminente de
la communauté juive d'où il a émergé, est représenté par l'idéologie
sioniste. Basée sur le mythe de la "Terre promise" à un
"Peuple élu" par Yahveh, le dieu des Hébreux, elle s'est
développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des
Nations Unies alors subjuguées un État, l'État d'Israël. Générateur
depuis plus d'un demi-siècle de plusieurs guerres meurtrières, de
massacres, expulsions, expropriations, humiliations, actes de
torture, prises d'otages au bénéfice d'une colonisation
impitoyable à laquelle répond un terrorisme réactionnel,
responsable d'un nettoyage ethnique caractérisé et d'une segrégation
de type "apartheid", le sionisme, s'il n'est neutralisé,
ne peut pas ne pas aboutir à un désastre à la fois pour le peuple
juif qui l'a nourri en son sein et pour bien d'autres populations.
Face à la situation chaotique provoquée inconsciemment par les
Nations Unies en 1947, face à un état de guerre de plus de
cinquante ans et dont la fin ne peut être que très lointaine, que
peut-on faire et espérer ? Mon but, en tous cas, est de réunir
dans cet essai les éléments essentiels d'ordre historique qu'il
convient d'avoir à l'esprit, de les mettre à la disposition des
personnes intéressées, sans méconnaître l'éminente vocation
spirituelle du judaïsme.
En fait, comme le fut en son temps l'Inquisition pour le
catholicisme, le sionisme n'est qu'un malheureux avatar du judaïsme.
Certes, les "prophètes" juifs fustigeant cette dérive idéologique,
après avoir été fort nombreux pendant la première moitié du XXe
siècle, sont devenus largement minoritaires depuis la création de
l'État d'Israël et son triomphe matériel. Ils n'ont cessé
cependant de "crier dans le désert" et de désigner le
sionisme comme la source inépuisable de la violence sans cesse résurgente
dans ce que fut la terre de Palestine.
Parallèlement à cette synthèse rapide, j'ai aussi l'intention
de traduire mes convictions, mes indignations, ma vision de
l'avenir, bref de m'associer à ceux qui m'ont précédé dans le
combat antisioniste. Parmi toutes les causes qui ont quelques mérites
à être soutenues, et sur lesquelles les Occidentaux directement
responsables peuvent parfaitement agir, celle des Palestiniens
m'apparaît en effet comme une des premières... Je suis même arrivé
à penser qu'un homme libre de tout intérêt, de toute idée préconçue,
de toute idéologie, et épris de quelque justice, peut
difficilement ne pas soutenir cette cause après l'avoir étudiée
ainsi qu'il est possible aujourd'hui de le faire grâce à l'apport
des historiens ou des journalistes éclairés qui rapportent leurs
travaux, grâce aussi au recul du temps qui permet une perspective
valable.
Compte tenu de la tactique d'intimidation, voire du terrorisme
intellectuel qui sévit volontiers dans notre pays avec le fréquent
amalgame antisionisme-antisémitisme, je sais que mon anti-sionisme
va me faire accuser d'être antisémite. La moindre critique de la
politique israélienne ou toute opinion favorable aux Palestiniens
ne sont-elles pas accusées de traduire de l'antisémitisme chez les
quelques journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se
permettent une telle liberté ? Dans l'esprit de certains, le simple
emploi du mot "juif" n'est-il pas déjà suspect par lui-même
lorsqu'il fait abstraction de l'histoire concentrationnaire récente
? Alors que dire de ceux qui, comme moi et comme tant d'autres,
considèrent que le sionisme est une idéologie fondamentalement
perverse ayant trahi la vocation spirituelle du judaïsme et abouti
à une entreprise banalement criminelle qui nenace la paix du monde
?
2
- INFORMATION MANIPULÉE
et LÂCHETÉ BANALE EN OCCIDENT
Depuis quelque quatre-vingts ans, et plus précisément depuis
1922, date où
la Grande Bretagne
reçut en charge de la part de
la Société
des Nations un Mandat sur
la Palestine
à la suite de la défaite des empires centraux, depuis 1947
surtout, date où l'ONU scinda le pays pour y créer deux États,
l'un "juif", l'autre "arabe", il ne s'est guère
passé de jour sans que les journaux ne nous apportent une
information relative à cette région du Proche-Orient où s'affontent
de façon ininterrompue et plus ou moins violente deux communautés
: les juifs d'une part, les non-juifs d'autre part, ces derniers étant
représentés avant tout par des Arabes musulmans.
Les informations n'ont donc pas manqué sur ce sujet... Pourtant,
une fraction notable des Occidentaux, notamment dans l'élite
intellectuelle et politique, est comme indifférente au drame
quotidien qui se joue en Palestine. Un phénomène banal
d'accoutumance et de lassitude en est sûrement une raison notable
mais plusieurs éléments sont venus y contribuer
Le premier élément ayant contribué au développement de l'idéologie
sioniste et de sa méconnaissance par le grand nombre est représenté
par un phénomène passif : le "trop plein" de mémoire
dont parle Paul Ric¦ur dans un ouvrage récent et qu'il dénonce
d'une manière générale.
Après le cataclysme de 1939-1945, bien plus encore qu'après la
guerre de 1914-1918, les études des historiens ne pouvaient qu'être
monumentales, fort nombreuses et prolongées. À ces études sont
venues s'ajouter logiquement les multiples commentaires et interprétations
des politiques et puis, bien sûr, les interventions diverses des
polémistes et des partisans : une "montagne" de mémoire
en est résultée que les medias de notre époque, notamment la télévision,
nous livrent chaque jour. Indépendamment des perspectives et des
intentions diverses qui sous-tendent cette information constante et
multiforme, la place forcément éminente qu'occupe le génocide des
juifs, et partant l'émotion suscitée, ont manifestement joué de
façon exceptionnelle en faveur de l'entreprise sioniste en voilant
la réalité de son présent sur le terrain.
À côté de ce phénomène passif, on peut affirmer d'autre part
aujourd'hui que l'information relative au Proche-Orient en provenant
majoritairement d'une source, juive en la circonstance, a été
gravement déformée, que l'interprétation des événements a été
terriblement partiale et injuste (« la mémoire sioniste a régné
aux dépens de celle des Palestiniens » écrit l'historien israélien
Ilan Pappé), bref que la méconnaissance des données du problème
est la principale cause de cette indifférence de l'opinion publique
occidentale qui n'a manifestement pas pris la mesure de la gravité
potentielle des "événements" auxquels elle assiste
depuis tant d'années.
Il est d'ailleurs remarquable de constater que - à côté de la
multiplicité des informations rapportées en la matière - les
commentaires et les jugements que l'on peut voir dans
la Presse
française émanant de journalistes ou d'hommes de lettres sont fort
rares. Il est patent aussi que beaucoup de commentateurs non-juifs
apparaissent souvent comme mal à l'aise dans leur rédaction...
Quant aux juifs, religieux ou non, leur situation souvent ambiguë
face à Israël, la mauvaise conscience que nombre d'entre eux ont
de ne pas y vivre, de ne pas avoir fait leur "aliya" malgré
les multiples et pressantes invitations reçues, les rend souvent
terriblement aveugles et partiaux. A-t-on jamais entendu, par
exemple, un rabbin français ou une organisation d'obédience juive
dénoncer la torture utilisée en Israël et qui de plus, fait
unique au monde, est légalisée ?
Il est clair que nombre de commentateurs, ou bien n'ont pas intégré
de nombreuses données d'histoire, ou bien ne se sont pas comportés
en hommes libres, à l'instar d'hommes éminents comme J.P. Sartre
quand il écrit :« Je ne peux pas soutenir la politique de l'État
d'Israël mais je ne peux pas non plus m'élever contre elle car
alors je me retrouverais dans le camp détestable des antisémites
» ou comme Elie Wiesel : « Je ne critique jamais lsraël
hors d'Israël, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y
vivre » ...
Je dois reconnaître que j'éprouve quelque aversion pour de
telles paroles...
Il reste que Jean d'Ormesson a du moins osé, en terminant un
article du Figaro, formuler il y a quelques années une
interrogation simple et pertinente : « Et si la création de l'État
d'Israël avait été une erreur ?»
À cette interrogation, ma réponse personnelle - qui semble bien
être aussi celle que suggère le texte - est oui sans hésitation.
Une mémoire manipulée jointe à une absence de liberté des hommes
politiques et, d'une manière générale, des hommes ayant quelque
influence sur l'opinion publique, ont manifestement contribué au développement
de l'idéologie sioniste qui s'est "épanouie" avec la création
de l'État d'Israël et qui ne cesse d'étendre chaque jour - face
à une communauté internationale sidérée - ses maléfices dans
les populations non-juives de l'ex-Palestine.
3
-
LA BASE DE
L'IDÉOLOGIE SIONISTE
L'idéologie sioniste s'est donné pour mission de rassembler en
Palestine tous les juifs dispersés depuis deux mille ans à travers
le monde (juifs de la diaspora), d'établir un territoire peuplé
exclusivement de juifs, dans la perspective de leur assurer, compte
tenu des persécutions dont ils furent souvent victimes, une sécurité
définitive.
Elle a vu le jour à la fin du XIXème siècle avec Theodor
Herzl, s'est développée pendant la première moitié du XXème
malgré l'opposition prolongée de la plupart des juifs religieux
et, à la faveur de la seconde guerre mondiale, s'est concrétisée
avec la création de l'État d'Israël en Palestine.
Cette idéologie, repose sur deux données conjointes :
- une donnée d'ordre religieux : le mythe biblique de
la "Terre promise" et du "Peuple élu"
- une donnée d'ordre légal
1 - le mythe biblique de '
la Terre
promise" et du "Peuple élu" est le pilier de l'idéologie
sioniste
Selon ce mythe, les Hébreux et leur dieu, Yahveh, ont élaboré,
voici quelques trois mille ans, un contrat (l'Alliance) selon lequel
les Hébreux, moyennant obéissance à ce dieu, constituent son
peuple privilégié, « le Peuple élu », et reçoivent en héritage
une terre particulière, «
la Terre
promise ».
C'est sur les données de ce mythe qu'est bâtie tout entière
l'idéologie sioniste et que s'est fondé le « droit historique »
sur
la Palestine. Même
les sionistes incroyants, tels les pères fondateurs et la majorité
des Israéliens actuels, ont exploité et exploitent toujours ce
mythe originel de la "Terre promise" par un dieu qui,
pourtant, n'existe pas pour eux. Il ne faut pas être surpris de cet
apparent paradoxe... C'est que, comme tous les mythes, celui-ci ne
possède pas seulement une dimension religieuse mais une dimension
culturelle. Malgré l'émergence dans les esprits de son caractère
légendaire, il n'en continue pas moins à imprégner durablement la
civilisation qui l'a porté et, partant, à mobiliser les énergies.
Les mythes élaborés par les Grecs il y a aussi près de trois millénaires,
ne sont-ils pas toujours présents à l'esprit des Européens ?
A noter que le mythe en question - comme les autres mythes hébreux
(
la Création
, le Paradis terrestre, le Péché originel...) - a été adopté
aussi par les chrétiens (qui seront, comme nous le verrons, à la
fois complices involontaires et victimes de l'idéologie sioniste).
A propos de ce mythe fondateur il est intéressant d'évoquer la
fabuleuse et récente découverte de Messod et Roger Sabbah. (Les
secrets de l'Exode - Éd. J.C. Godefroid 1999). Selon ces chercheurs
juifs le peuple hébreu n'est autre que la peuple égyptien d'Akhet-Aton,
la capitale du pharaon monothéiste Akhenaton ! C'est dire, dans la
circonstance, qu'un mythe banal d'ordre "divin" s'associe
à un mythe d'ordre "historique" (et quel mythe puisque
les ancêtres des juifs ne sont en fait que des Égytiens ! ). Quand
on a mesuré les gigantesque conséquences que la croyance au mythe
de la "Terre promise" a entraînées dans l'Histoire,
notamment depuis un siècle avec le mouvement sioniste, comment ne
pas parler des conséquences abyssales où peuvent conduire les
simples "illusions" humaines !
2 - la loi rabbinique de transmission héréditaire de la
qualité de juif
Alors que les adeptes de la plupart des religions n'ont que le
lien d'une croyance commune, et que ce caractère d'adepte est
accessible à tous, le judaïsme établit un lien particulier
d'ordre héréditaire. Fait sans doute unique dans l'Histoire de
l'humanité, la naissance est le vrai critère d'appartenance : la
loi établit que le caractère de « juif » est transmis par le
sang maternel.
Certes, la "Loi fondamentale" de l'État d'Israël prévoit
des apports étrangers par conversion (« est considéré comme
juive une personne née d'une mère juive, ou convertie » ) mais
les conditions exigées en pratique sont telles que, sauf exception,
un "goy" ne peut pas devenir juif.
Alors que, comme le dit le philosophe israélien Y. Leibovitz,
« la notion de "juif" n'était à l'origine ni
raciale, ni nationale mais religieuse », dans l'État d'Israël la
condition religieuse (la croyance) est facultative pour être un
citoyen à part entière, la condition raciale (l'hérédité) est,
quant à elle, absolument nécessaire. Faut-il ajouter que nous
savons aujourd'hui que cette notion de "race" ne désigne
rien de précis et que d'autre part elle engendre presque
obligatoirement des sentiments et des attitudes racistes auxquels répond
un racisme réactionnel ?
Nous verrons que ces deux piliers de l'idéologie sioniste sont
à la base d'un apartheid particulièrement radical.
D'autres données issues des écrits fondamentaux du judaïsme,
notamment du Talmud, sont venus renforcer les données précédentes
instituant le peuple juif comme un peuple différent des autres et
conforter les sionistes dans leur entreprise de retour en terre de
Palestine et d'accaparement de cette terre au bénéfice des seuls
juifs.
N'est-il pas écrit dans
la Bible
: « qu'Israël vivra en solitaire et ne se confondra pas avec
les nations » (Nombres, 23, 94)) ?
N'est-il pas défendu à un juif de boire du vin versé par un
non-Juif ou d'épouser une non-Juive ?
N'est-il pas dit que le juif religieux doit, chaque matin, bénir
Dieu de l'avoir créé Juif et non autre.
N'est-il pas écrit, dans
la Halakha
, qu'un juif peut transgresser le Shabbat pour sauver la vie d'un
autre juif, mais non de celle d'un non-Juif ?
N'est-il pas prescrit au juif pratiquant de prononcer chaque matin
les paroles de la prière du Shaharit : « Béni soit l'Éternel
qui ne m'a pas fait goy, Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait
femme. Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait esclave » ?
N'étaient-ils pas dans leur droit ces Hébreux emmenés par Josué
lorsque, comme le rapporte
la Bible
au livre des "Nombres", ils ont exterminé les populations
de Canaan lors de la conquête de
la Terre
promise ?
Et dans le psaume 137, n'est-il pas prévu de « broyer sur le
roc les bébés de Babylone » ?
Alors que nombre d'écrits du judaïsme comportent une dimension
universaliste hautement respectueuse de l'étranger, les sionistes
les ont occultés pour ne retenir que ceux - assez nombreux, il est
vrai - qui exaltent l'ethnocentrisme et où le non-juif, qu'il soit
étranger ou résidant en Israël, est toujours un
"gentil", un goy.
A ce propos, Schattner rapporte une donnée tout à fait caractéristique
d'une certaine évolution de l'éthique juive. Alors que dans une
version ancienne de
la Mishna
il est dit : « Qui a détruit une vie a détruit tout un monde
et qui a sauvé une vie a sauvé tout un monde », les versions
imprimées ultérieurement sont devenues : « Qui a détruit une
vie au sein d'Israël a détruit tout un monde et qui sauvé une vie
en Israël a sauvé tout un monde ». Le rabbin Ginburg de la
yeshiva du tombeau de Joseph (près de Naplouse) vient confirmer
cette donnée devenue banale dans les milieux religieux sionistes
quand il affirme qu'"une vie juive vaut beaucoup plus qu'une
vie non juive ".
Le "sol" et le "sang", tels sont les deux
piliers du sionisme.
Avec son nationalisme, voire son communautarisme contraignant,
cette idéologie ne pouvait pas ne pas aboutir - aboutissement
logique mais que n'avaient manifestement pas prévu Théodore Herzl
et ses amis préoccupés seulement par la sécurité des juifs - à
une segrégation impitoyable et à un colonialisme agressif.
4
- LE DÉVELOPPEMENT DE L'IDÉOLOGIE SIONISTE
pendant la première moitié du XXème siècle.
Quelques
données essentielles d'ordre historique
Au congrès de Bâle, premier congrès juif mondial, réuni en
1897 par Theodor Herzl, le mouvement sioniste (qui tire son nom de
Sion une colline de Jérusalem) se donne pour objectif de favoriser
l'immigration juive en Palestine et d'entreprendre la colonisation
du pays. La conquête de
la Palestine
occupée alors par les Turcs y est planifiée tandis qu'une «
charte » de colonisation (charte qui devait restée secrète
pendant très longtemps) est élaborée. Dans sa motion finale, le
Congrès revendique « pour le peuple juif, un foyer reconnu
publiquement et garanti juridiquement ».
Pour faire aboutir la mission qu'il s'est fixée avec ses amis,
Hertzl mise sur l'Angleterre alors au sommet de sa puissance.
A noter que le noyau dur des fondateurs est composé de quelques
milliers de personnes jeunes, hommes et femmes, convaincus d'être
investis d'une mission sacrée : la conquête progressive de
la Palestine. Ils
adoptent une tactique qui doit être intangible et qui effectivement
le restera malgré les difficultés rencontrées : « ne jamais
abandonner ni position, ni territoire sauf sous la contrainte d'une
force supérieure ». Nantis d'un niveau éducatif et culturel
élevé, et y ajoutant habileté, ruse, persévérance, travail,
solidarité intracommunautaire ainsi que l'argent des communautés
juives du monde entier, les pionniers ne se sont jamais départis
pendant cinquante ans de cette ligne de conduite qui aura été
d'une efficacité remarquable malgré l'opposition rencontrée,
d'abord dans le milieu juif.
L'opposition
juive à l'idéologie sioniste
S'appuyant sur la dimension universaliste et spirituelle du Judaïsme
présente dans
la Bible
et dans de nombreux autres textes, cette opposition est née dès
l'apparition de l'idéologie sioniste et n'a jamais cessé jusqu'à
la guerre de 1939-1945. De multiples données historiques, de
multiples textes émanant de religieux ou d'historiens juifs en font
foi. Citons par exemple :
- la motion votée, sur la proposition du rabbin Isaac Meyer
Wise, lors de
la Conférence
des Rabbins américains à Montréal en 1897 : « Nous désapprouvons
totalement toute initiative visant à la création d'un État juif.
Des tentatives de ce genre mettent en évidence une conception erronée
de la mission d'Israël que les prophètes juifs furent les premiers
à proclamer ... Nous affirmons que l'objectif du judaïsme, n'est
ni politique, ni national, mais spirituel... Il vise une époque
messianique où tous les hommes reconnaîtront appartenir à une
seule grande communauté pour l'établissement du Royaume de Dieu
sur la terre ».
- les propos du baron de Rotschild à qui Théodor Herzl était
venu demander son soutien : « Un état juif serait un ghetto et
subirait les mêmes préjugés. L'état des Juifs, lui, serait
mesquin, petit, intolérant, non libéral et orthodoxe. Il
excluerait les non-Juifs et les chrétiens ».
- l'opposition violente à l'entreprise sioniste naissante du
Bund : cet organisme, créé à la fin du XIXème siècle et
rassemblant des ouvriers juifs socialistes de Russie, de Pologne et
de Lituanie, prône une assimilation d'ordre universaliste.
- la déclaration d'Albert Einstein en 1938 : « La conscience
que j'ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l'idée
d'un État juif doté de frontières, d'une armée, et d'un projet
de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. Je crains les dommages
internes que le judaïsme subira en raison du développement dans
nos rangs, d'un nationalisme étroit... Devenir une nation, dans le
sens politique du mot, équivaudrait à se détourner de la
spiritualisation de notre communauté que nous devons au génie de
nos prophètes ».
Stefan Zweig fustige, lui aussi, le sionisme promu par Theodor
Herzl. Pour lui la grandeur du peuple juif réside dans le fait
qu'il n'a ni territoire, ni armée et qu'il n'existe que par sa référence
à
la Bible.
« Je tiens , écrit-il,les idées nationales pour
dangereuses comme toutes les limitations et je vois dans le projet
de réalisation du judaïsme un recul et un renoncement à sa
mission la plus haute ».
- Judah Magnes, président à l'Universite hébraïque de Jérusalem,
lors de son allocution d'ouverture à la rentrée de 1946, prend lui
aussi résolument parti contre l'idéologie sioniste de plus en plus
pressante : « Nous ne pouvons pactiser avec une société où le
nationalisme est devenu un credo imposé... A la lumière de notre
conception universaliste de l'histoire du destin juif, et aussi
parce que nous sommes préoccupés par la situation et la sécurité
des juifs dans les autres parties du monde, nous ne pouvons
souscrire à l'orientation politique qui domine le programme
sioniste actuel, et nous ne la soutenons pas. Nous pensons que le
nationalisme juif tend à créer la confusion chez nos compagnons
sur leur place et leur fonction dans la société, et détourne leur
attention de leur rôle historique : vivre en communauté religieuse
partout où ils sont. »
Parallèlement, de nombreuses organisations juives, notamment
d'Allemagne (l'Association des rabbins), de France (l'Alliance israélite
universelle), d'Autriche (l'Israelitische Allianz), l'Association de
la communauté juive de Londres montrent la même opposition déterminée
au sionisme, une opposition formelle toujours basée sur la vocation
essentiellement spirituelle de
la Bible
et du judaïsme.
Par ailleurs, les juifs religieux et les rabbins avaient des
raisons supplémentaires de s'opposer à l'entreprise sioniste :
d'une part ils constataient que la grande majorité des sionistes étaient
des incroyants ne respectant pas le shabbat et voulant se couper de
la religion et de la tradition juives, d'autre part ils refusaient
qu'une terre soit gagnée par la violence préconisée par les
sionistes.
Considérer la communauté juive comme une entité culturelle et
spirituelle en refusant tous les éléments nationalistes telle fut
la pensée largement dominante chez les juifs religieux ou non
jusqu'à la création de l'État d'Israël.
Nous reviendrons plus loin sur l'antisionisme juif au cours de
cette période d'une cinquantaine d'années.
La
conquête programmée de
la Palestine
par les sionistes
pendant la première moitié du XXème siècle.
De
quelques dates particulièrement marquantes
La colonisation effective de
la Palestine
commence dès le début du XXème siècle mais reste fort réduite
jusqu'à la guerre de 1914. À noter qu'au cours de cette période
Théodor Herzl n'obtenat pas du Sultan de Turquie l'autorisation de
l'implantation juive, envisagea un moment une installation en
Ouganda sous la protection de l'Empire britannique.
Pendant la guerre de 1914-1918, le gouvernement
britannique, pour obtenir l'engagement des États Unis et de
la Russie
contre l'Allemagne, cherche l'appui des Juifs américains particulièrement
influents. Il a une perspective plus lointaine : celle de bénéficier
du dépeçage de l'Empire ottoman et de coloniser
la Palestine. Chaim
Weizmann (successeur de Herzl à la présidence de l'Organisation
Sioniste mondiale) présente alors astucieusement le plan sioniste
comme un moyen de servir les intérêts impérialistes du Royaume
Uni. Il écrit ainsi au Ministre de la guerre britannique : « en
vous exposant notre résolution, nous avons confié notre destinée
nationale au Foreign Office et au Cabinet Impérial de la guerre
dans l'espoir que le problème sera considéré dans l'optique des
intérêts britanniques ».
C'est sur cette donnée historique que repose la fameuse déclaration
Balfour du 2 novembre 1917 : «Le gouvernement de Sa Majesté
envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer
national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour la réalisation
de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait
pour porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités
non juives » (ces collectivités regroupent à ce moment-là
90% des habitants de
la Palestine
).
Comme nous le verrons, les sionistes exploiteront par la suite
cette déclaration maladroite d'un ministre britannique avec un
acharnement et un cynisme diaboliques...
En 1917 à la faveur de
la Révolution
russe, le nombre des colons augmente brutalement : 60 000 russes émigrés
prennent massivement le chemin de
la Palestine.
En 1922, à l'issue de la guerre,
la Grande Bretagne
obtient, de la part des Nations Unies, le Mandat sur
la Palestine
occupée précédemment par les Turcs.
À noter que le Mandat mentionnait explicitement le respect des
droits civiques et religieux du peuple alestinien mais laissait de côté
l'élément essentiel : leurs droits politiques.
Dans un premier temps, sa politique est de favoriser
l'immigration juive...
Dans un second temps, cette colonisation juive devenant trop
visible et trop insupportable pour les Arabes qui perdent
progressivement leurs terres,
la Grande Bretagne
, désirant conserver les bonnes grâces de ces derniers du fait de
ses intérêts, intérêts pétroliers notamment, cherche alors à
ralentir la colonisation juive. Mais, c'est l'échec total de cette
nouvelle politique. La détermination des sionistes, leur habileté,
leur ruse, leurs modes d'action et les moyens financiers considérables
dont ils disposent, ont raison de
la Grande Bretagne.
Comme le déclare Ben Gourion président de l'Histadrout,
syndicat-entrepreneur qui représente le futur État en marche :«
Le seul souci qui doit imprimer notre action est la conquête de
notre terre et son redressement par une énorme immigration. Tout le
reste est rhétorique. »
En 1920,1921,1929 mais surtout en 1936 : les Arabes se
révoltent face à la colonisation juive
Après avoir protesté en vain depuis des années, ils s'insurgent
contre
la Grande Bretagne
qui continue sournoisement à favoriser l'immigration continue des
juifs lesquels, avec l'aide massive en argent provenant de toutes
les communautés juives des pays occidentaux, colonisent le pays à
un rythme toujours croissant.
Les émeutessont suivies de terribles représailles de la part de
l'armée britannique : la ville de Jaffa notamment, place forte des
insurgés, est évacuée de force puis rayée de la carte par les
unités du génie britannique qui tuent près de mille Palestiniens,
font plusieurs milliers de prisonniers et détruisent parallèlement
plusieurs milliers de maisons.
En 1937 :
Devant les graves troubles, voire l'état de guerre, qui règnent en
Palestine, l'ONU nomme une commission,
la Commission Peel
, chargée d'enquêter sur place et d'émettre un avis de
solution à la question palestinienne.
Fait notable,
la Commission
:
- émet l'idée d'un partage de
la Palestine
en deux États,
- préconise le transfert forcé de la population arabe,
- préconise le rattachement de l'État arabe à l'émirat de
Transjordanie...
De plus, le « foyer national juif » (envisagé dans la déclaration
Balfour) serait un « État juif »...
La satisfaction des sionistes devant cette solution proposée est
vive : les juifs se voient en effet attribuer un État qui aurait
sensiblement la même population que l'autre et dont les terres
cultivables dépasseraient même celles de l'État arabe. A noter
que les juifs représentaient alors moins du tiers de la population
et détenaient moins de 5,5% des terres.
Les autorités britanniques, par contre, toujours soucieuses de ménager
leurs intérêts près du monde arabe et connaissant mieux que les
autres nations la complexité du problème palestinen, ne sont
nullement de l'avis de
la Commission Peel.
Ils jugent le Plan Peel « irréaliste et impraticable ».
CNéanmoins ce plan, outrageusement favorable aux sionistes, va
devenir par la suite la pierre angulaire de toutes les
revendications de ces derniers.
En 1937 :
la Révolution
embrase
la Palestine
Les
Arabes se révoltent de nouveau
contre
la Grande Bretagne
qui continue hypocritement à laisser se développer l'immigration
juive.
La Grande Bretagne
mobilise alors ses troupes avec l'élite de ses chefs militaires
(Montgomery et Haining notamment) et fait la chasse aux insurgés
arabes. La répression est terrible : avec l'aide des formations
sionistes de
la Haganah
à laquelle elle fournit aide et entraînement et qui est placée
sous commandement judéo-britannique, l'armée britannique tue un
grand nombre d'insurgés et en déporte d'autres aux îles
Seychelles.
Par une stratégie implacable le peuple palestinien est ainsi désarmé.
Devant la gravité des affrontements,
la Société
des Nations désigne alors une nouvelle commission.
Cette commission dite "technique" s'oppose en tous points
aux conclusions de
la Commission Peel.
Elle juge impossible de créer un État juif « délesté » des
Palestiniens. Elle refuse notamment tout "transfert" des
populations arabes hors de
la Palestine.
En février-mars 1939 :
Un congrès réuni à Londres à l'initiative de
la Grande Bretagne
établit un « Livre blanc » pour définir la politique à
promouvoir.
Ce « Livre blanc » prévoit :
1 - la fondation sous les 10 ans d'un État palestinien indépendant
regroupant Arabes et Juifs (avec un maximum de 1/3 de juifs), État
lié par un traité à la Grande Bretagne,
2 - la limitation de l'immigration juive à 75 000 juifs dans les 5
prochaines années ; cette immigration juive doit ensuite être
soumise à « l'approbation des Arabes de Palestine »,
3 - les transferts des propriétés arabes aux juifs sont libres
dans certains zones et interdits dans d'autres.
mais, le « Livre blanc » est rejeté par les deux parties :
- par les Arabes - plus précisément par le Mufti de Jérusalem
parce que la proclamation de l'indépendance de l'État palestinien
estremise sine die - les autres délégations arabes étant
plutôt favorables,
- par les Juifs pour des raisons opposées.
Les propositions de ce « Livre blanc » sont néanmoins votées
et acceptées. Elles deviennent alors la position officielle de
la Grande Bretagne.
Mais la guerre de 1939 éclate...
- 1939 - 1945 : la guerre
Initialement Churchill, très favorable à l'entreprise sioniste,
était farouchement opposé aux données du « Livre blanc » : il y
voyait une trahison des propositions faites par Balfour en 1917,
propositions qui avaient été le fondement de la politique
britannique jusqu'en 1937 et avaient été reprises par la
commission Peel. Il annonce même la création d'une « brigade
juive » sous drapeau sioniste au sein des alliés.
Cependant plusieurs membres de son gouvernement s'opposent avec
force à cette initiative de Churchill. Deux raisons les motivent :
d'une part la méfiance vis-à-vis de l'entreprise sioniste (compte
tenu des manifestations violentes, voire criminelles, dont les
Britanniques ont été victimes de la part des sionistes au cours
des dernières années), d'autre part, les intérêts pétroliers de
la Grande Bretagne
liés au monde arabe).
Il s'ensuit un retournement de la politique britannique qui
revient à la case départ, celle de la déclaration Peel, comme si
les révoltes des Arabes,
la Conférence
de Londres et le « Livre blanc » n'avaient jamais existé...
C'est alors qu'entrent particulièrement en scène deux
organisations terroristes juives, qui s'étaient déjà manifestées
bien avant la guerre, et qui ont pour mission précise de s'attaquer
directement aux forces britanniques. Ce sont le Lehi et l'Irgoun :
- le Lehi. Il est spécialisé dans les liquidations de
policiers britanniques. Son chef, Stern, est abattu par les Anglais
en 1943. Stern a comme successeur Yitzak Shamir, futur premier
ministre de l'État d'Israël. En 1944, Shamir fait assassiner Lord
Moyne, un grand ami de Churchill, envoyé spécial de
la Grande Bretagne
et ambassadeur en Égypte, partisan de limiter l'immigration juive.
(À noter que ses deux assassins sont enterrés au Monument des héros
de Jérusalem).
- l'Irgoun. Cette organisation conclut une trêve avec les
Britanniques en 1939 lors du déclenchement de la guerre mais, en
1943, sous la direction de son chef Menahem Begin elle reprend avec
détermination ses attentats contre les forces britanniques
Churchill, bouleversé par l'assassinat de son ami Lord Moyne
revoit ses positions passées en faveur du sionisme et ne se soucie
plus de l'application du partage qu'il avait préconisé auparavant.
Mais, à la fin de la guerre, il est remplacé par Attlee.
En 1945 : Création de
la Ligue
arabe
L'aspiration des peuples à l'unité, l'espoir de se dégager de
la colonisation, la menace sioniste de plus en plus pressante
engagent un certain nombre de pays arabes à se réunir.
La Ligue
arabe est créée. Nuri-al-Said en est un des principaux artisans.
Le projet préconise l'unité entre les pays de
la Syrie
historique : Syrie, Liban, Transjordanie, Palestine, puis la création
d'une Fédération avec l'Irak.
Dans cette unité, il est prévu que les juifs - tout comme les
Maronites du Liban s'ils le désirent - obtiendraient en Palestine
un statut d'autonomie dans les régions de forte concentration juive
ou maronite.
Ce projet, consigné dans le "Livre bleu", ne fait pas
l'unanimité des Arabes mais la charte de
la Ligue
est néanmoins signée par les divers pays en mars 1945.
En avril 1945, c'est fin de la guerre - Forts de leur
victoire, les États-Unis dominent maintenant le monde de leur
influence
Roosevelt, président des États-Unis (qui avait été élu
avec 90% du vote juif) était d'abord totalement ignorant du problème
de
la Palestine
et entièrement acquis aux thèses sionistes. Toutefois, après un
voyage en Égypte il s'était engagé à ne jamais prendre une décision
hostile aux Arabes sans consulter « pleinement et au préalable
» les juifs et les Arabes.
mais il meurt bientôt et Truman lui succède - Comme
Roosevelt, ce dernier est, lui aussi, très ignorant du problème
palestinien et parfaitement conscient de la puissance financière et
électorale juive qui a, comme pour Roosevelt, contribué largement
à son élection.
A la suite de la visite du rabbin Wise, président de l'Agence
sioniste américaine, qui insiste sur la première promesse faite
aux juifs par Roosevelt et qui brandit la menace de la perte de l'électorat
juif, Truman décide d'appuyer de tout son poids l'immigration
juive.
En Grande Bretagne, le Parlement, dirigé par les
travaillistes, est partagé :
Certains membres - tel le Premier Ministre Atlee - sont très liés
au Mapai, le parti de Ben Gourion, et sont partisans des sionistes.
À noter que dès 1944 ce parti avait déjà appelé à "transférer"
les Arabes hors de
la Palestine
; maintenant il préconise que toute
la Palestine
devienne un État juif.
D'autres parlementaires, tel Bevin, le ministre travailliste des
Affaires Étrangères, ne sont pas de cet avis. À la lumière des
multiples rapports des experts, le sionisme leur apparaît
maintenant comme un immense danger. Ainsi en était-il pour
Roosevelt à la fin de sa vie.
C'est l'épreuve de force entre Attlee et Bevin...
Aux États-Unis, Truman (par Harrison son ministre),
tenant parole, préconise l'octroi de 100 000 visas d'immigration
juive en Palestine.
En mars 1946 : une commission anglo-américaine se réunit :
- elle prévoit l'immigration de 100 000 juifs,
- elle rejette la formule des deux États,
- elle demande (naïvement) la collaboration de l'Agence juive pour
lutter contre l'immigration illégale et le terrorisme juifs !
- elle lève les restrictions sur les transactions immobilières des
juifs.
pour Bevin et Attlee : il s'agit d'un tout indissociable, mais
Truman ne retient que l'immigration de 100 000 juifs.
Conférence de Londres
Truman réitère son appui à l'immigration immédiate de 100
000 juifs et se dit prêt à assurer leur transport. Par ailleurs,
contrairement aux propositions de
la Commision
précédente anglo-américaine, il préconise le partage de
la Palestine
en deux États et demande à
la Grande Bretagne
de délivrer les suspects juifs arrêtés à la suite d'actes
terroristes.
Malgré les efforts de Attlee, c'est l'échec total entre
la Grande Bretagne
et les États-Unis.
Pendant ce temps les organisations terroristes du Lehi et de
l'Irgoun sont particulièrement actives pour faire céder
la Grande Bretagne
devenue franchement hostile au projet sioniste :
- en février 1946 : des commandos détruisent 22 appareils de
combat anglais sur des aéroports militaires,
- en avril 1946 : sept soldats anglais sont abattus dans leur
caserne,
- en mai 1946 : les ponts reliant
la Palestine
aux pays limitrophes sont dynamités,
- en juin 1946 : huit officiers britannique sont enlevés,
- en juillet 1946 : l'Irgoun plastique l'hôtel King David siège de
l'administration britannique. On dénombre 93 morts en majorité
civils : 41 Palestiniens, 28 Britanniques, 17 juifs.
À la suite de ces actions terroristes les Britanniques arrêtent
2675 suspects juifs (dont Shamir, commandant le Lehi ; Begin quant
à lui parvient à s'échapper). Par ailleurs, ils font une descente
à l'Agence juive où ils découvrent un important stock de matériel
militaire.
L'occupation par l'armée britannique, pendant un jour, de
l'Agence juive est considérée, par Weizmann son président, comme
une déclaration de guerre de
la Grande Bretagne
non seulement à la communauté juive de Palestine, le Yishouv, mais
à tous les juifs du monde. Mobilisant alors le puissant service de
propagande de l'Agence, n'hésitant pas à mobiliser des enfants
juifs pour participer aux violentes manifestations antibritanniques
organisées, Weizmann ordonne à tous les juifs sans exception de
faire front contre le Royaume-Uni.
Pendant ce temps,
la Haganah
, une organisation militaire sioniste, est chargée de la
colonisation de Néguev. Dès octobre 1946 les onze premières
colonies y sont fondées.
En résumé,
la Grande Bretagne
a mené, pendant la période de son Mandat sur
la Palestine
(1922-1947) une politique très tortueuse dans cette région piégée
qu'elle fut par ses propres promesses aux juifs et aux Arabes:
- tantôt, elle a essayé de contenir l'immigration
juive pour deux raisons : d'une part son exaspération devant les méthodes
des colonisateurs sionistes occupant sournoisement
la Palestine
et maniant le terrorisme envers son armée et ses diplomates pour
avoir le champ entièrement libre, d'autre part, le mécontentement
des pays arabes de voisinage où elle avait des intérêts pétroliers
;
- tantôt elle a fermé les yeux sur l'immigration juive, l'a
même favorisée sous l'influence du lobby sioniste. Parallèlement
elle a réprimé plus ou moins sévèrement, parfois très sévèrement,
les révoltes des Arabes tenus politiquement pour quantité négligeable.En
1917, Lord Balfour, secrétaire au Foreign Office ne baptisait-il
pas les Arabes de « collectivités non-juives en Palestine » alors
qu'ils étaient 700 000 aux côtés de 60 000 juifs soit de 90 % de
la population de
la Palestine
» ?
5
- 1947 :
LA CRÉATION DE
L'ÉTAT D'ISRAËL PAR l'ONU
Les
principaux épisodes d'une forfaiture légale
janvier
le Congrès sioniste exige un État juif sur toute
la Palestine
ou à la rigueur deux États dans des frontières « adéquates » .
février
Reprise de
la Conférence
de Londres avec les seuls Arabes :
- le plan britannique de Bevin prévoit un État palestinien
binational avec 5 ans de tutelle britannique,
- mais ce plan est rejeté et par les juifs et par les Arabes,
La Conférence
demande le recours de l'ONU.
avril-juillet :
l'ONU, en réponse à la demande britannique d'une conférence,
nomme une Commission d'enquête internationale, l'UNSCOP qui est
composée des représentants de 11 pays (à l'exclusion des 5
grandes puissances). Ces pays sont les suivants :
- Iran, Inde, Yougoslavie qui souhaitent un État fédéral indépendant
avec un État arabe et un État juif,
- Canada, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay et
Guatemala (ces deux derniers pays déjà connus pour leur appui
proclamé au sionisme) se prononcent pour un partage avec union économique.
Pendant le séjour de cette Commission en Palestine, on assiste
à une multiplication des opérations d'immigration illégale des
juifs et à des attentats terroristes sionistes dirigés contre les
troupes anglaises qui continuent à payer un lourd tribut. À
signaler notamment l'enlévement et la pendaison de deux sergents
anglais dont les cadavres piégés explosent lorsqu'ils sont découverts
en faisant de nouvelles victimes parmi les soldats britanniques. «
La bestialité des nazis ne puvait aller plus loin » écrit à
cette occasion l'éditorialiste du Times.
juillet : l'épisode de l'Exodus
Ce bateau, affrété par
la Haganah
et chargé de 4500 immigrants juifs, se présente au large d'Haïfa
pour forcer les Britanniques à permettre le débarquement.
L'Agence juive y envoie des journalistes. À l'aide
d'informations que l'on sait aujourd'hui absolument mensongères sur
le comportement « sauvage » des Britanniques, l'Agence lance à
travers toute l'Europe, les États-Unis et les nombreux pays où les
juifs sont présents, une violente propagande anti-britannique.
A propos de l'exploitation éhontée de cet épisode de l'Exodus
par l'intelligentsia juive, Christopher Sykes a pu écrire : «
Exodus 1947 fut parmi les plus importants succès du sionisme avant
la naissance de l'État d'Israël. Il devint le sujet d'une saga
avec un livre et un film - ayant autant de ressemblance avec les événements
que l'Iliade d'Homère avec le siège de Troie - et qui eurent un
considérable succès » .
Le rapport final de l'UNSCOP recommande notamment :
- la fin du Mandat britannique et une période transitoire avant
l'indépendance sous le contrôle de l'ONU,
- la préservation des Lieux saints,
- la résolution pacifique des différends entre les deux parties,
- l'unité économique de la Palestine,
- la reconnaissance des droits des citoyens étrangers à
la Palestine.
Les délégués minoritaires (Inde, Iran, Yougoslavie)
recommandent un État fédéral bi-national, tandis que les autres
veulent deux États et l'internationalisation de Jérusalem.
La Grande Bretagne
surprise du vote de l'UNSCOP
- refuse implicitement le partage,
- et décide d'abandonner son Mandat dans un délai de 6 mois si
aucun accord n'est conclu entre juifs et Arabes
mais les maîtres du jeu en 1947 sont avant tout les États-Unis
et l'URSS.
Aux États-Unis le lobby juif, tout acquis à la cause
sioniste et représentant une puissance financière et électorale
considérable, fait pression sur le Congrès américain et sur
Truman pour le partage. C'est là la motivation essentielle de la
position des États Unis. Le risque d'une brouille avec le monde
arabe est éclipsé par l'intérêt immédiat du Président Truman.
Quant à l'URSS, c'est avant tout son hostilité à
la Grande Bretagne
présente dans la région et la perspective stratégique de prendre
sa place qui dicte sa conduite. Son vote est paradoxal puisque l'on
sait que les marxistes ont toujours été des antisionistes
farouches. C'est ainsi qu'elle appuie soit la création d'un État
bi-national, soit de deux États, l'un juif, l'autre arabe. Dans la
circonstance, l'intérêt étroitement national a manifestement prévalu
sur l'idéologie.
Les délégations palestinienne et arabe rejettent
absolument le plan de partage.
Il faut noter que les sionistes ont alors plaidé leur
cause avec diplomatie en jouant :
. sur les intérêts électoraux des divers représentants des pays
de l'ONU avec la collaboration des organisations juives de divers
pays,
. sur l'histoire des Hébreux et de
la Bible
, histoire commune aux juifs et aux chrétiens,
. sur les persécutions dont les juifs ont été victimes au cours
des siècles dans de nombreux pays,
. sur la responsabilité plus ou moins importante des pays
occidentaux dans le génocide hitlérien,
. sur les réalisations économiques des colons juifs en Palestine,
susceptibles de profiter à tous les arabes de la région, pauvres
et peu instruits.
De plus les sionistes, par la voix de leur président Ben Gourion,
à un moment particulièrement crucial où les représentants des
Nations Unies étaient excédés par l'antagonisme absolu des forces
en présence, avaient accepté un compromis de pure tactique mais
particulièrement habile, en déclarant se satisfaire d'une seule
partie de
la Palestine
, malgré « le lourd sacrifice » que cela représentait. «
Nous sommes prêts à considérer, avait-il déclaré, la
question d'un État juif sur une partie significative de
la Palestine
, tout en réaffirmant notre droit sur toute
la Palestine
».
Les Arabes, au contraire, avaient décliné d'emblée, par
l'intermédiaire du Haut comité arabe (HCA), toute coopération
avec
la Commision
de l'ONU : « Les droits naturels des Arabes de Palestine sont évidents
et ne peuvent continuer à faire l'objet d'enquête ».
Face à la tactique cyniquement habile des sionistes, celle des
Arabes, seulement assurés de leur incontestable bon droit, ne fut
pas fructueuse...
De nouvelles sous-Commissions sont alors nommées pour réexaminer
les demandes palestinienne et juive.
La Grande Bretagne
est en grand désarroi, de même que les pays arabes...:
De nombreuses résolutions sont votées par les différents pays
de
la Ligue
arabe mais elles demeurèrent toujours des voeux pieux. Toutes les décisions
concernant soit l'aide économique (pour contrer les acquisitions
systématiques des terres par les colonisateurs sionistes), soit
l'aide militaire en hommes et en matériel pour s'opposer à tout
partage de
la Palestine
, ne trouvèrent jamais la moindre application concrète par suite
des dissensions, de la mésentente et des divergences d'intérêts
entre les pays en question. Ainsi,
la Ligue
arabe recommande la mobilisation de toutes les forces arabes
disponibles mais ne prend qu'une seule et unique décision :
l'octroi d'un million de livres sterling à la commission militaire.
En septembre : l'ONU émet un premier vote pour décider de
l'avenir de
la Palestine
Le résultat est le suivant :
- 25 voix pour le partage,
- 13 voix contre,
- 19 abstentions ...
Mais la résolution, pour être validée, devait obtenir les
2/3 des voix, ce qui n'est pas le cas.
C'est alors que les pressions les plus grandes s'exercèrent sur
les représentants des Nations Unies de la part du Congrès, de
l'Administration, du Parti démocrate, du président Truman (inquiet
pour sa réélection), de l'ensemble des organes du mouvement
sioniste présent dans tous les pays. Ils pèsent de tout leur poids
pour gagner à leur cause les États les plus faibles.
Il s'ensuit que les représentants de certains de ces États :
la Grèce
, les Philippines, le Libéria et Haïti... récalcitrants jusque-là
deviennent favorables au partage, les Philippines et Haïti se
voient accorder des prêts pour leur développement tandis que, à
l'instigation de l'Administration démocrate, la compagnie de
caoutchouc Firestone prévint le Liberia qu'elle annulerait ses
projets d'extension dans le pays s'il ne renversait pas son vote en
faveur du partage !
Le 25 novembre : l'ONU émet un second vote pour décider de
l'avenir de
la Palestine
En dépit de l'opposition farouche de
la Grande Bretagne
et des États arabes le projet soviéto-américain de deux États séparés
passe en commission.
Le vote est le suivant :
- 25 voix pour,
- 13 voix contre,
- 17 abstentions,
- 2 absents.
mais il manque encore 1 voix pour atteindre la majorité
requise des 2/3.
C'est alors que Truman jette de nouveau tout son prestige de Président
des États-Unis dans la bataille et mobilise tous les moyens dont il
dispose, moyens diplomatiques et autres : l'administration des États-Unis
menace
la France
, qui s'est abstenue lors du vote, de lui couper les vivres, tandis
que plusieurs chefs de délégations se voient offrir des «
enveloppes » ou des cadeaux pour leurs épouses...
----------
Le 29 novembre 1947 : l'ONU vote le partage de
la Palestine
en trois parties :
. un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 juifs et 405
000 arabes ;
. un État arabe de 11500 km2 avec 804 000 arabes et 10
000 juifs, avec entr'eux une union économique, monétaire et douanière
;
+ une zone sous régime international particulier
comprenant les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000
arabes et 100 000 juifs.
La résolution 181 est acquise suivant le vote suivant :
- 33 voix pour la création (dont celles des E.U., de l'URSS et de
la France
),
- 13 voix contre,
- 10 abstentions (dont celle de
la G.B.
qui fixe au 15 mai 1947 son retrait civil et militaire de
Palestine).
L'ONU prévoit aussi dans sa résolution :
- que l'union économique - vue comme une « nécessité absolue »
- soit réalisée entre les États,
- que les droits des minorités et les principes démocratiques
soient respectés,
- que les futurs textes constitutionnels des deux États suivent les
normes de l'ONU.
Ainsi s'est décidé légalement, mais manifestement de façon
illégitime, le sort de
la Palestine
et du peuple qui l'habitait... Les Nations Unies trahirent là l'un
de leurs principes les plus sacrés : celui du droit fondamental
d'un peuple à l'autodétermination, principe cardinal du
6
-
LA GUERRE JUDÉO-PALESTINIENNE
DE 1947-1948
Elle débute le 30 novembre
1947 dès le vote des Nations Unies bien avant la fin du Mandat
britannique fixé au 14 mai 1948
Les Sionistes,
Ils sont parfaitement unis, se sont bien préparés à la
guerre : une grande proportion est apte au métier des armes ; les
officiers, formés pour certains en Grande Bretagne, sont compétents.
La Haganah (l'armée juive clandestine) qui s'enrichit de nombreux
jeunes juifs étrangers venant la rejoindre, compte 5 à 7 000
hommes en décembre 1947, 35 000 en mai 1948 et 90 000 en décembre
1948.
Des plans de guerre ont été mis au point : d'abord le plan Gimmel
(tant que les Britanniques sont présents) puis le plan Dalet après
leur départ.
La Tchécoslovaquie assure une importante fourniture d'armes, tandis
que les États-Unis fournissent une aide massive financière et
militaire.
Les Arabes,
D'une grande diversité sociale, sans conscience
politique collective, peu instruits dans leur grande majorité, non
unis, ils sont mal préparés à l'affrontement.
Leurs milices sont peu nombreuses, dispersées et mal entraînées
et ne comportent que quelques milliers de volontaires étrangers.
Les premiers éléments des armées arabes n'arrivent qu'en février
1948, bien après les combats engagés par les juifs. La seule force
arabe importante est
la Légion
arabe de Transjordanie mais elle ne comporte que 4 500 à 6 000
hommes sans aviation ni chars et manque cruellement de munitions.
De plus le souverain de Transjordanie, Abdallah, après une entrevue
avec Golda Meir, se laisse circonvenir par elle et accepte en secret
le partage de
la Palestine
avec la perspective de s'emparer de
la Cisjordanie.
Pa
r ailleurs, toutes leurs tentatives d'achats d'armes à l'étranger
échouent.
Les combats - notamment pour le contrôle des voies de
communication - culminent en mars 1948 :
Less victimes civiles sont nombreuses des deux côtés :
- les combattants arabes (« l'armée de secours ») tuent
successivement dans des embuscade 45 soldats juifs de
la Haganah
puis 70, tandis que le plasticage du siège de l'Agence juive fait
12 morts.
- de son côté, le Lehi multiplie les attentats terroristes où de
nombreux Palestiniens sont tués,
Devant l'extension des combats - et le revirement de l'opinion
américaine qui regrette maintenant le partage auquel elle était
initialement favorable - Washington revient sur la résolution de
partage et réclame une tutelle internationale
Ce revirement fait suite à un mémorandum adressé à Truman par
l'Administration américaine et les experts du Département d'État
face aux combats meurtriers qui se déroulent en Palestine.
Mais, c'est le moment de la campagne présidentielle de Truman :
- le secrétaire d'État aux affaires étrangères, le Général
Marshall, est farouchement opposé au partage de
la Palestine.
- mais le conseiller, Clifford, est favorable aux sionistes, compte
tenu du poids électoral des organisations juives américaines.
C'est lui qui va dicter à Truman sa conduite.
Pendant ce temps les forces sionistes poursuivent leur conquête
progressive de
la Palestine
tout en préparant, avec l'aide extérieure, une offensive de plus
grande envergure.
C'est alors qu'a lieu le massacre de Deir Yassin
C'est le nom d'un village arabe siège d'un massacre odieux perpétré
par les organisations terroristes sionistes, l'Irgoun et le Lehi, le
9 avril 1948,
Après les bombardements et le dynamitage des habitations avec leurs
occupants, le massacre est organisé méthodiquement et de
sang-froid : tous les habitants du village sont tués.
La Croix-Rouge
dénombre 254 victimes, en majorité des femmes et des enfants.
Le nom de Deir Yassin est destiné - comme celui d'Oradour-sur-Glane
en France - à rester dans l'Histoire (Israël, en
1993, a
enfin reconnu et regretté les faits) mais les ruines du village
ayant été rasées par les Israéliens et remplacées par de
nouvelles habitations juives, ce n'est pas un « lieu » de mémoire.
Sans attendre le départ des Britanniques prévu pour le 15
mai 1948 et l'invasion des Arabes, les sionistes lancent alors une
offensive générale.
À ce moment-là, le déséqulibre des forces en présence avec
notamment
la Haganah
et l'Irgoun (ce dernier regroupant à lui seul de 5000 à 10 000
combattants) est devenu particulièrement important.
Après le plan Gimmel, le plan Dalet, prévu seulement après le
départ des Britanniques, est mis en oeuvre par anticipation : il débute
la première semaine d'avril. Ce plan prévoit notamment le contrôle
total du territoire alloué par l'ONU, la conquête de nombreuses
autres portions de territoire considérées comme « vitales » et
la protection des colonies juives implantées dans ce qui aurait dû
constituer l'État arabe prévu par l'ONU.
Lorsque les États arabes : Syrie, Égypte, Transjordanie,
Irak... décident enfin d'envoyer leurs armées en Palestine ils
remportent d'abord quelques victoires éclatantes, mais ces
victoires ne sont qu'éphémères : les sionistes reprennent vite
l'offensive et se rendent maîtres du terrain. Les villes tombent
les unes après les autres ... : Tibériade, Haïffa, Jaffa...
tandis que les chefs arabes sont tués. La dernière ville tombe le
14 mai, veille du départ des Britanniques.
Les combats, meurtriers de part et d'autre, sèment la panique
dans la population arabe misérable qui fuit en masse dans les régions
voisines malgré les appels lancés à la fois par quelques
personnalités juives (comme le maire de Haïfa) et les dirigeants
arabes pour inviter les populations à rester à leur place (nous
reviendrons plus loin sur ce sujet).
Le Mandat britannique vit alors ses derniers jours... tandis
que Jérusalem brûle et que se succèdent en vain réunions,
discussions et commissions internationales...
En résumé, la guerre se termine par l'écrasement des
Arabes, par l'exode de centaines de milliers de réfugiés
palestiniens et par la conquête par Israël de nouveaux territoires.
Seule la vieille ville de Jérusalem échappe, grâce aux
Britanniques, à une occupation sioniste. Elle restera arabe jusqu'à
la guerre de 1967 tandis que les réfugiés seront empêchés par la
force et de façon absolue de retourner dans leurs terres,
lesquelles furent immédiatement saisies par le Fonds national juif
et distribuées aux nouveaux immigrants juifs, à diverses
intitutions et aux kibbouzim.
Par ailleurs, l'État palestinien prévu par l'ONU ne voit pas
le jour : Israël et
la Transjordanie
se partagent son territoire.
Le 14 mai 1948 à 18 heures, en pleine guerre, l'État juif
est proclamé par Ben Gourion à Tel Aviv.
Truman le reconnaît immédiatement (onze minutes plus tard
exactement), sans que soient précisées les frontières du nouvel
État. Quant à
la France
, où des voix se font entendre au gouvernement pour stigmatiser son
vote de l'ONU, elle attendra mai 1949 pour la reconnaissance d'Israël.
Les combats d'arrière garde continuent malgré tout... C'est à
ce moment là, le 11 juillet, que se situe le massacre perpétré à
Lod et Ramle. Il s'agit de deux autres villages où les Israéliens,
en réponse à des coups de feu de tireurs arabes embusqués,
convaincus « qu'il s'agissait d'une insurrection générale ont
réagi brutalement, massacrant des centaines de civils ». (Greilsammer)
Les combats s'éteignent progessivement avec l'anéantissement
des forces arabes. A ce moment-là, précise Greilsammer l'armée
israélienne (Tsahal) « avait à sa disposition cent mille
soldats, des armes et un matériel important (plus que ce que possédaitent
toutes les armées arabes réunies ».
La guerre de 1947-
1948 a
modifié radicalement les données sur le terrain. La création de
l'État d'Israël sur la partie la plus importante de
la Palestine
mandataire s'accompagne en définitive du départ de 650 000 à 750
000 Palestiniens qui, d'hommes libres vont devenir de misérables réfugiés
dans les pays du voisinage : Égypte, Syrie, Jordanie, Liban,
Syrie... Quant aux Arabes restés en Palestine (environ 160 000) ils
sont frappée de stupeur : ils sont devenus brutalement minoritaires
et étrangers dans leur propre pays et hôtes de leurs ennemis... Le
gouvernement militaire instauré entrave leur liberté de déplacement
tandis que toute une kyrielle de lois entraînent rapidement la
confiscation de 40% à 60% de leurs terres. Alain Dieckhoff précise
qu'« une catégorie juridique tout à fait orwellienne
apparaît même : celle des présents-absents. Elle concerne environ
20 000 Arabes qui avaient provisoirement quitté leur domicile pour
se réfugier dans les pays arabes voisins ou dans les zones sous
contrôle des armées arabes avant de s'en retourner quelques
semaines vers leur chez-soi... lequel avait été entre-temps
confisqué par le gouvernement israélien ». Situation
dramatique en vérité : ils appartenaient au peuple qui avait
combattu l'État juif, un État dont ils étaient désormais
citoyens !
En définive, l'exil (ghurbah) et la dispersion (shatat)
ont fait du peuple de Palestine un peuple de réfugiés profondément
déraciné et mutilé par la perte de ses terres tandis que la société
palestinienne était elle-même totalement et durablement disloquée.
Resta alors la nostalgie de la terre ancestrale assimilée à un
paradis perdu qui devait être le prélude à la naissance d'un
nouveau peuple, le peuple palestinien.
On peut noter que les Occidentaux dans leur ensemble, à la
fois peu instruits sur ce problème du Proche-Orient et tout préoccupés
d'eux-mêmes au lendemain de la guerre qu'ils venaient de subir -
parfois même les Arabes éduqués en Occident - ont accepté d'emblée
la version sioniste des faits :
. d'une part le partage est vu comme une formule de compromis, légale,
morale, juste, équilibrée...,
. d'autre part on pense que la guerre a été celle de David contre
Goliath, qu'elle a été menée du côté juif de la façon la plus
propre et la plus morale possible sans atrocités, massacres ou
pillages, et que les populations arabes ont fui de leur plein gré...
Nous savons maintenant que les Occidentaux se sont laissés
berner par la propagande habile des sionistes.
7
- LES GUERRES ISRAÉLO-ARABES de 1967 et de 1973
LA GUERRE DU
LIBAN CONTRE l'O.L.P. de 1982
Ces trois guerres, qui succèdent à celle de 1947-48 (et
accessoirement celle de 1956 contre l'Égypte) sont une illustration
parfaite de l'engrenage de violences permis par la création absurde
de l'État d'Israël, un État voué, pour son malheur et pour celui
des non juifs, à avoir et des "ennemis intérieurs" et
des "ennemis extérieurs" et à être appelé perpétuellement,
dans une logique implacable, à se défendre par les armes,et à
manier une infernale vengeance.
Les ennemis de l'extérieur d'Israël sont d'abord ses voisins
immédiats : l'Égypte,
la Syrie
et
la Jordanie.
La guerre de 1967 dite « des
six jours »
Après plusieurs années de tensions concrétisées notamment par
le détournement des eaux du Jourdain par Israël, après des
mouvements de l'armée égyptienne dans le Sinaï et le ralliement
de
la Jordanie
et de l'Irak au pacte égypto-syrien, Israël passe à l'attaque :
son aviation détruit l'aviation arabe en quelques heures, tandis
qu'il faitla conquête de la péninsule du Sinaï, de
la Cisjordanie
, de Gaza, du plateau du Golan et de Jérusalem-Est.
Jérusalem est officiellement réunifiée et un gouvernement
militaire est établi dans les territoires occupés.
Les Arabes fuient en grand nombre vers
la Syrie
, le Liban, l'Égypte, mais surtout vers
la Jordanie
(comme le précise dans ses mémoires Haïm Herzog, président
d'Israël, cette « fuite spontanée » se fait avec l'aide des Israéliens
qui mettent à la disposition des Arabes une noria de bus et de
camions).
À la suite de cette guerre la surface du territoire sous contrôle
israélien est brutalement multipliée par 5 : elle occupe désormais
100 000 kilomètres
carrés.
L'ONU par sa résolution 242 demande le retrait des forces
armées israéliennes des territoires occupés et le retour des réfugiés,
mais ces demandes, comme les précédentes (et les suivantes),
resteront lettre morte en l'absence de contrainte sur Israël.
Ultérieurement, le Golan et Jérusalem-Est seront annexés
tandis que, en 1980,
la Loi
fondamentale institue : « Jérusalem capitale d'Israël »
De 1967 à 1973 les
incidents frontaliers et les combats de chars ou aériens sont
incessants entre Israël et ses voisins. C'est la "guerre
d'usure" qui prépare la "guerre totale" annoncée
par les chefs arabes (à l'exception de ceux de
la Jordanie
). On peut noter :
- la destruction par Israël de toute l'aviation civile libanaise
soit 13 avions en décembre 1968 ;
- les bombardements des bases palestiniennes dans les territoires
voisins à de multiples reprises ;
- le bombardement du Liban en 1972 (en représailles du meurtre à
Munich de l'équipe olympique par un groupe terroriste palestinien)
où périssent de nombreuses victimes civiles.
Chaque camp se prépare à la guerre...
La guerre de 1973 dite « du
Kippour »
Le 6 octobre, l'Égypte et
la Syrie
lancent une attaque-surprise coordonnée avec l'aide de contingents
venant de divers pays : Irak, Maroc, Lybie, Koweit, Arabie Séoudite.
À noter que le Liban et
la Jordanie
ne rentrent pas dans le combat.
Pendant les trois premiers jours, les Arabes remportent des succès
notables mais la contre-offensive israélienne s'avère
victorieuse.Les pertes sont lourdes de part et d'autre. Pour Israël
: 2355 tués
Un cessez-le-feu est demandé par les Soviétiques qui
comprennent que leurs alliés ont perdu la guerre. Les Américains
l'acceptent aussi, contre l'avis d'Israël.
Avec le conflit israélo-arabe, le conflit devient mondial car
l'OPEP (qui réunit les pays grands producteurs de pétrole) décide:
- une importante hausse du prix du pétrole,
- une réduction des exportations vers les pays occidentaux,
- un embargo total pour les États-Unis (qui ont fourni l'essentiel
du matériel de guerre à Israël), puis pour les Pays-Bas (qui lui
ont également apporté leur soutien.
La guerre du Liban en 1982
Précédée en 1981 de l'opération "Litani" qui avait
repoussé au-delà de ce fleuve les forces palestiniennes et établi
un "Etat du Liban-Sud" dirigé par un fidèle d'Israël
l'officier libanais Saad Haddad, la guerre est déclenchée en 1982
par Israël dans la perspective de détruire l'O.L.P. qui a rassemblé
au Liban des forces importantes d'où elle lance ses commandos pour
commettre des attentats en Israël, attentats auxquels ne répondaient
jusqu'alors que des bombardements-représailles.
L'autre intention d'Israël est d'établir au Liban un pouvoir
fort aux mains des Phalanges chrétiennes dirigées par Pierre
Gemayel, ennemi juré des Palestiniens.
À noter aussi que la guerre civile entre chrétiens et musulmans
sévit au Liban depuis 1975.
C'est la première guerre strictement israélo-palestinienne :
- en juin : Israël envahit le Liban par opérations terrestres et
maritimes et détruit les intallations palestiniennes,
- en septembre : les troupes israéliennes encerclent Beyrouth-Ouest
(la partie musulmane de la ville) où l'OLP est solidement installée,
en font le siège et bombardent la ville.
C'est alors qu'ont lieu les horribles massacres des camps de
Sabra et Chatila où des centaines de civils palestiniens (plusieurs
milliers selon certaine sources) : femmes, enfants, vieillards...
trouvent la mort. Ces massacres sont perpétrés par les milices chrétiennes
maronites alliées de l'armée israélienne dirigée par Ariel
Sharon qui "a laissé faire". En fait, nous savons
maintenant que l'armée israélienne et ses chefs ont été très
directement impliqués.
Le témoignage d'un témoin oculaire du siège de Beyrouth,
l'Ambassadeur de France Paul Marc Henry, dans son ouvrage "Les
jardiniers de l'enfer" est particulièrement éclairant : «
L'ordre général donné à l'armée israélienne pour leur entrée
dans Beyrouth-Ouest aux petites heures du 15 septembre indique précisément
que "nous n'entrerons pas dans les camps de réfugiés. Le
ratissage et le nettoyage des camps seront effectués conjointement
par les Phalanges et l'armée libanaise". Quant à l'armée
libanaise elle est "autorisée à entrer n'importe où à
Beyrouth selon sa demande". En fait d'après le rapport Kahane,
l'entrée des Phalanges dans les camps de réfugiés avait été décidé
d'un commun accord entre le Général Sharon, ministre de
la Défense
et le Général Drori, la veille au soir, à vingt heures trente. »
« Au cours de la journée du jeudi
15 l
'armée israélienne avait procédé à un bouclage complet de la
zone des camps, ce dont nous avons pu nous rendre compte nous-mêmes
en partant de
la Résidence
des Pins »
Devant ces massacres et cette guerre où Israël est
manifestement l'agresseur, le monde entier est stupéfait et indigné,
de même qu'une partie notable de l'opinion israélienne. De
nombreuses manifestations, notamment d'intellectuels juifs ont lieu
à Paris, tandis qu'en Israël même de violentes réactions et des
manifestations imposantes condamnent le gouvernement. Le grand
journal israélien Haaretz établit même une comparaison avec les
massacres nazis...
À propos de cette entreprise guerrière, Benjamin Cohen de
l'Université de Tel-Aviv, écrit dans une lettre à P. Vidal-Naquet
(lettre publiée dans le Monde du 19 juin) : « Je vous écris en
écoutant le transistor qui vient d'annoncer que "nous"
sommes en train d'atteindre notre objectif au Liban : assurer
"la paix" aux habitants de Galilée. Ces mensonges dignes
de Goebbels me rendent fous. Il est clair que cette guerre sauvage,
plus barbare que toutes les précédentes, n'a rien à voir, ni avec
l'attentat de Londres, ni avec la sécurité de
la Galilée... Des
juifs, fils d'Abraham... Des juifs victimes eux-mêmes de tant de
cruautés, peuvent-ils devenir tellement cruels ? Le plus grand succès
du sionisme n'est donc que ceci : la "déjudaïsation" des
juifs.
Faites, chers amis, tout ce qui reste dans votre pouvoir pour que
les Beghin et les Sharon n'atteignent par leur double objectif : la
liquidation finale (expression à la mode ces jours-ci) des
Palestiniens en tant que peuple et des Israéliens en tant qu'êtres
humains ».
L'action diplomatique réussit à sauver l'OLP de destruction
complète. Dans le cadre d'une Force Multi-nationale (F.M.N.) de
l'ONU, une partie des combattants palestiniens est dirigée vers
la Syrie
,
la Jordanie
,
la Tunisie
et d'autres pays arabes ; la direction, quant à elle, se réfugie
à Tunis. (À Tunis, l'OLP sera pourchassée par les Israéliens :
en 1985 un bombardement israélien fera 70 morts à son quartier général,
en 1988 puis en 1991 plusieurs de ses dirigeants seront assassinés
par un commando israélien).
L'occupation israélienne durera jusqu'en 1985, sauf pour
"la zone de sécurité du Sud-Liban" qui ne sera évacuée
qu'en 2000.
C'est maintenant le Hezbollah pro-iranien, soutenu par
la Syrie
, qui prend la place de l'OLP comme organisation clandestine
anti-israélienne.
8
- L'ONU FACE À ISRAEL : jouet et complice par faiblesse.
Nombre derésolutions ont été prises par l'ONU depuis la création
de l'État d'Israël en 1947 - résolutions qu'elle a été
incapable de faire respecter.
Rappelons tout d'abord :
la résolution 181 du 29 novembre 1947
par laquelle l'ONU vote le partage de
la Palestine
en trois parties:
. un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 juifs et 405 000
arabes,
. un État arabe de 11500 km2 avec 804 000 arabes et 10 000
juifs,
avec entre eux une union économique, monétaire et douanière,
+ une zone sous régime international particulier comprenant
les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000 arabes et 100
000 juifs.
L'ONU prévoyait aussi dans sa résolution :
- que l'union économique - vue comme une « nécessité absolue »
- soit réalisée entre les États,
- que les droits des minorités et les principes démocratiques
soient respectés,
- que les futurs textes constitutionnels des deux États suivent les
normes de l'ONU.
Après la guerre de 1948 :
La résolution 194 - Assemblée générale des Nations
unies : 11 décembre 1948
Elle stipule, à la suite du départ forcé de centaines de
milliers de Palestiniens : « qu'il y a lieu de permettre
aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le
plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que
des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour
les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers
et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des
principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce
dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités
responsables. »
Après la guerre israélo-arabe de 1967 :
La résolution 242 - 22 novembre 1967 - du Conseil de sécurité
des Nations Unies :
Cette résolution décrète « l'inadmissibilité de
l'acquisition de territoire par la guerre » et « exige
l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient »,
qui passe par « le retrait des forces armées israéliennes
des territoires occupés pendant le récent conflit » et
le « respect de la souveraineté de l'intégrité
territoriale et de l'indépendance politique de chaque Etat de la région,
et leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres
et reconnues, à l'abri de menaces et d'actes de force. »
Cette résolution sera reprise dans toutes les négociations ultérieures
de l'ONU. La base de la paix au Proche-Orient est l'évacuation par
Israël des territoires occupés.
Après la guerre israélo-arabe de 1973
La résolution 338 - 22 octobre 1973 - du Conseil de sécurité
des Nations Unies :
La résolution réaffirme la validité de la résolution 242 et
appelle au cessez-le-feu et à des négociations en vue « d'instaurer
une paix juste et durable au Moyen-Orient ».
La résolution 3236 - 22 novembre 1974 - de l'Assemblée
générale des Nations Unies :
La résolution réaffirme le « droit inaliénable des
Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d'où
ils ont été déplacés et déracinés, et demande leur retour »
et « le droit à l'autodétermination du peuple palestinien ».
Fait particulièrement notable, la résolution 3379 de
1975 de l' Assemblée générale des Nations Unies condamne
le sionisme comme « une forme de racisme et de discrimation
sociale ».
Mais, fait non moins notable, les Israéliens et leurs protecteurs
américains parviennent en 1991, à l'occasion de l'effondrement du
bloc soviétique qui modifie la répartition des votes aux nations
Unies, à faire annuler la condamnation précédente à
la Conférence
de Madrid.
De plus, poussant alors le cynisme à un rare niveau, les dirigeants
israéliens et leurs complices occidentaux demandent dans la foulée
à l'Assemblée générale des Nations Unies de condamner
l'antisionisme. Cette demande inouïe est rejetée.
La résolution 478 du 20 août 1980
Cette résolution est la réponse de l'ONU au décret israélien
du 30 juillet 1980 instituant Jérusalem comme « capitale de l'État
d'Israël ». Elle dénonce « une violation du droit
international » et déclare cet acte de force de « la
puissance occupante » comme « nul et non avenu » .
A noter aussi que :
- l'Assemblée générale des Nations unies réitère chaque année
depuis 1948 « le droit au retour » pour les réfugiés
palestiniens ou, pour ceux qui renonceraient à ce droit, des
compensations financières,
- le Conseil de Sécurité a fait depuis 1948 de multiples déclarations
appelant Israël à ne pas étendre ses colonies et notamment à
abandonner son projet de Grand Jérusalem. La dernière, celle du 13
juillet 1998, prie Israël de : « ne prendre aucune autre mesure
qui compromettrait l'issue des négociations sur le statut définitif
de la ville » et de « se conformer scrupuleusement à ses
obligations découlant de la 4ème convention de Genève ».
mais la démission de l'ONU, face à Israël, a été
constante :
- en octobre
1990, l
'ONU nomme une commission d'enquête
à la suite de la tuerie dite "des mosquées" par l'armée
israélienne, tuerie qui fait 18 morts et 150 blessés. Israël
refuse de recevoir cette commission. L'ONU ne réagit pas...
- en 1992 : l'ONU condamne Israël pour l'expulsion vers
le Sud-Liban de 415 Palestiniens à la suite de l'assassinat d'un
garde-frontière par le Hamas... Israël ne tient pas compte de
cette condamnation. L'ONU ne réagit pas...
- en 1996 : à l'occasion de l'opération « Raisins
de la colère » menée au Sud-Liban, l'armée israélienne bombarde
le camp de l'ONU recevant des réfugiés libanais : 98 civils sont
tués. L'ONU ne réagit pas...
- le 13 juillet 1998, le Conseil de sécurité des Nations
Unies demande à Israël de renoncer au Grand Jérusalem. L'ONU ne réagit
pas... Comme chacun sait, la colonisation de Jérusalem-Est s'est
toujours poursuivie à un rythme soutenu, y compris pendant le déroulement
des pourparlers entre les Israéliens et l'OLP sous l'égide des États-Unis.
- le 20 juillet 1998,
la Cour Pénale
Internationale juge que « la colonisation de territoires
par une puissance occupante doit être assimilée à un crime de
guerre » .
Israël vote contre, 21 s'abstiennent, 121 pays votent la
motion.
Il s'ensuit que les pays signataires, comme ceux de l'Europe, se
sont implicitement engagés (dès ratification par leur Parlement)
à procéder aux arrestations des responsables israéliens criminels
de guerre pénétrant sur leur territoire. Jusqu'ici aucune
arrestation n'a eu lieu...
- en mai 2000 Israël bombarde les centrales électriques
du Liban, privant ainsi d'électricité plusieurs centaines de
milliers de Libanais avec les morts qui s'ensuivent (notamment par
l'arrêt de certains appareils vitaux). L'ONU se contente d'appeler
le Hezbollah et Israël à « plus de retenue », comme si
Israël n'était pas directement responsable de ces bombardements
dirigés sur des objectifs civils libanais.
C'est dire qu'Israël et ses dirigeants ont toujours, avec un
constant cynisme, ridiculisé l'ONU en se moquant de ses résolutions
et de ses voeux. En 1998, alors que les États Unis demandaient à
Israël d'arrêter la colonisation, Netanyahu déclarait : « Israël
traverse une période qui nécessite une activité énergique pour
renforcer la mainmise juive sur la terre » tandis que son
ministre des Affaires étrangères, Ariel Sharon, invitait les
colons « à passer à l'assaut » en leur proclamant : «
tout ce que vous prendrez restera entre nos mains » .
Si Israël s'est toujours moqué de l'ONU, il lui arrive aussi de
se comporter de même avec ses amis américains. En 1992, le Secrétaire
américain, James Baker, avait lié l'octroi de garanties bancaires
pour un prêt de 10 milliards de dollars à Israël à l'arrêt de
la colonisation juive en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. En définitive,
Israël devait recevoir la garantie pour son prêt quelque temps
plus tard tout en poursuivant sa colonisation, sans aucune réaction
américaine...
La responsabilité particulière des États Unis, de
la France
, de
la Grande Bretagne
, de l'Allemagne, est particulièrement lourde par l'importance de
leurs appuis technologiques et financiers à Israël : toutes ont
contribué à lui fournir des armements sophistiqués de terre, de
mer, des airs (y compris de l'armement atomique). Les experts
estiment aujourd'hui que Tsahal, l'armée israélienne, possède une
centaine de charges nucléaires susceptibles d'être "délivrées"
dans un rayon de trois mille kilomètres autour de Jérusalem
mettant toutes les capitales du monde arabe à sa portée. De leur
propre aveu les Israéliens vendent des armes à des pays plus
grands qu'eux sur les cinq continents, notamment à l'Afrique du
Sud, au Chili, à l'Argentine... On peut noter aussi que ces
exportations d'armes représentent 30% du montant total des
exportations israéliennes, que l'aide officielle reçue des seuls
États-Unis est de 4 milliards de dollars par an tandis que la
puissante communauté juive américaine ajoute à cette somme un
milliard de dollars...
Quant à l'URSS, tout en menant constamment une impitoyable
politique antijuive, elle n'a cessé de fournir des armes à l'État
juif pour sa lutte contre les Palestiniens.
Ainsi l'ONU, par sa faiblesse, a accepté d'Israël, un des
ses membres à part entière depuis 1949 :
- la violation permanente des frontières,
- l'application ininterrompue d'une politique d'élimination,
d'annexion et de colonisation, alors que le Tribunal international
assimile la colonisation à un « crime de guerre »,
- la prétention d'Israël à résoudre seul - hors de toute
intervention de l'ONU - les conflits qu'il a lui-même provoqués,
- la violation permanente des droits de la personne tels qu'ils sont
définis par
la Déclaration
universelle, notamment la torture et la prise d'otages,
- le non-respect les Conventions de Genève dans les territoires
occupés,
- le refus de tout contrôle de l'Agence Internationale de l'Énergie
atomique et la production des armes chimiques et biologiques.
Comme l'écrit Miguel Benassayag (écrivain exilé argentin ) : «
L'État d'Israël justifie à l'avance chaque nouvelle exaction par
un supposé droit à la survie, dont l'holocauste est l'argument
majeur et imparable. Ainsi une barbarie pourrait en légitimer une
autre ! La vérité, si simple et pourtant rarement énoncée, réside
dans le fait que la brutalité de l'État d'Israël ne l'érige pas
héritier du ghetto de Varsovie mais plutôt de ses bourreaux ».
Alors que le ministre français des Affaires étrangères Hubert
Védrine peut aussi déclarer, après bien d'autres dirigeants, que
: « Les Israéliens trouveront toujours des raisons pour
justifier une attitude dilatoire », comment ne pas voir que
seules les sanctions diplomatiques, économiques ou militaires émanant
de l'ONU sont susceptibles de faire céder Israël et le ramener
dans le droit international ?
9
- LES ORGANISATIONS TERRORISTES DU SIONISME
Tout terrorisme, de quelque nature qu'il soit, commandité par
quelque individu ou quelque organisation que ce soit, est odieux et
intolérable. Ce terrorisme qui tue des personnes totalement étrangères
au conflit en cause, même des enfants, sera toujours inadmissible.
Ceci étant posé, et sans chercher de circonstances atténuantes
à quelque entreprise terroriste que ce soit, il convient néanmoins
de remarquer que l'odieux comporte des niveaux. Dans l'ex-Palestine,
il y a manifestement un terrorisme d'agression et de conquête,
c'est celui des forts, celui des sionistes israéliens et un
terrorisme de défense et de désespoir, c'est celui des faibles,
celui des Palestiniens. Les deux sont lâches mais il est évident
que le premier dépasse le second dans l'insupportable.
Si nous ne parlons ici que des organisations terroristes israéliennes,
ce n'est nullement pour minimiser ou excuser les crimes dont sont
responsables les organisations palestiniennes (Hamas, Hezbollah,
Djihad...). En dehors du fait que ce dernier terrorisme est celui du
désespoir et de la faiblesse, une raison justifie ce parti pris :
le terrorisme israélien parce que beaucoup plus occulte, plus
sophistiqué, moins sommaire et partant moins spectaculaire que le
terrorisme palestinien, est totalement ignoré de la majorité des
esprits.
À propos du terrorisme palestinien, on peut noter que le
philosophe israélien, Y. Leibovitz, a pu écrire : « Je ne vois
aucune raison de condamner des actes dont je suis convaincu qu'ils
sont inévitables. Tant que l'occupation continuera, des
Palestiniens installeront des voitures piégées et nous, nous
tuerons des gosses. Les Palestiniens luttent avec tous les moyens
qu'ils trouvent efficaces ».
Parmi les organisations sionistes les plus notables ayant
oeuvré en Palestine avant la création de l'État d'Israël ou
depuis cette création, citons :
Le Ha-Shomer (
la Garde
)
Ce fut la première organisation paramilitaire clandestine.
Elle comptait en 1910 une centaine de membres et combattit avec les
Anglais pendant la guerre de 1914.
Ses membres formèrent, entre les deux guerres de 1914-18 et de
1939-45, les cadres de l'armée juive clandestine :
la Haganah.
L'Irgoun
Cette organisation d'inspiration fasciste vit le jour en 1930 et
se spécialisa dans les attentats à la bombe contre les forces
britanniques et les Arabes.
En 1939, à la déclaration de guerre avec l'Allemagne, elle fit la
trêve avec les Britanniques, mais son chef Menahem Begin (futur
premier ministre d'Israël) rompit cette trêve en 1944 et entraîna
la reprise des attentats anti-britanniques
Cette organisation donna naissance en 1948 au parti Herout, devenu
l'actuel Likoud.
Le Lehi (groupe Stern)
Cette organisation juive extrémiste a représenté une dissidence
de l'Irgoun jugée insuffisamment agressive envers les Britanniques.
Il a multiplié les attentats, les exécutions sommaires et les
extorsions de fonds et se spécialisa particulièrement dans les
attentats à la bombe contre les forces britanniques pendant la période
du Mandat.
Lorsques on chef Abraham Stern fut abattu par les Anglais en 1943,
c'est Yitzhak Shamir (futur premier ministre d'Israël) qui, au sein
d'un triumvirat, prit la direction de l'organisation terroriste,
Fait tout à fait notable, en vertu de l'adage selon lequel "les
ennemis (les Allemands) de nos ennemis (les Britanniques) sont nos
amis" et dans la perspective d'obtenir de Hitler la
promotion de Eretz Israël (le Grand Israël), les dirigeants du
Lehi ont offert en 1940-41 les services de leur organisation à
l'Allemagne nazie. Un message de la direction du Lehi dit ceci : «
la création d'un État juif sur une base nationale et totalitaire,
lié par un traité avec le Reich allemand, servirait les intérêts
et consolideraient la future puissance allemande au Proche-Orient.
Si les aspirations nationales que nous venons de citer sont
reconnues par le Reich allemand, notre mouvement de libération se
propose de prendre une part active à la guerre, du côté de
l'Allemagne »
La Haganah
(
la Défense
)
Elle fut crée en 1920, avait 15 000 membres au début de la guerre
de 1940 et comportait notamment (à partir de 1941) des
"compagnies de choc", le Palmach
Cette organisation militaire sioniste fut qualifiée d'armée privée
clandestine, dès 1946, par la commission anglo-américaine.
Les mista'arebim
C'est une organisation terroriste sioniste toujours active en
Israël
Y. Leibovitz l'assimile au Hamas palestinien : « Est-ce que
quelqu'un peut nier le fait, atroce, que les actes du Hamas, d'une
part, et les mista'arebim, d'autre part, se ressemblent ? » écrit-il.
De
quelques crimes perpétrés par les organisations terroristes
sionistes
La Grande Bretagne
, accusée par les sionistes de contrarier l'arrivée massive et
programmée de colons juifs pendant son mandat sur
la Palestine
(après la guerre de 1914-1918 jusqu'en 1948) sera souvent la cible
de choix de ce terrorisme juif. De multiples faits peuvent être
rapportés... Citons en quelques uns :
- 1944 : Yitzhak Shamir, chef du Lehi, fait assassiner
Lord Moyne grand ami de Churchill, ambassadeur d'Égypte et envoyé
spécial de Churchill en Palestine.
- 1946 :
- en février : des commandos détruisent 22 appareils de combat
britanniques sur des aéroports militaires,
- en avril : 7 soldats britanniques sont abattus dans leur caserne,
- en mai : les ponts reliant
la Palestine
aux pays limitrophes sont dynamités,
- en juin : 8 soldats britanniques sont enlevés et pris en otage,
- en juillet : l'Irgoun plastique l'hôtel King David, siège de
l'administration britannique. On dénombre 93 morts, en majorité
des civils, soit 41 Palestiniens, 28 Britanniques et 17 juifs.
À la suite de ces actions terroristes les Britanniques arrêtent
2675 suspects juifs (dont Shamir, commandant le Lehi ; Begin quant
à lui parvient à s'échapper). Par ailleurs, ils font une descente
à l'Agence juive où ils découvrent un important stock de matériel
militaire. L'occupation par l'armée britannique, pendant un jour,
de cette Agence juive est considérée, par Weizmann son président,
comme une déclaration de guerre de
la Grande Bretagne
non seulement à la communauté juive de Palestine, le Yishouv, mais
à tous les juifs du monde. Weizmann demande alors à tous les juifs
du monde entier et au service de propagande de l'Agence de faire
front contre
la Grande Bretagne.
1947
- en mars : l'Irgoun organise des raids contre une quinzaine
d'objectifs militaires britanniques,
- en mai : l'Irgoun attaque la prison de Saint Jean d'Acre et libère
plusieurs centaines de militants sionistes emprisonnés par les
Britanniques,
- en juin : les attentats se multiplient lors de l'enquête de l'UNSCOP
à l'initiative des Nations Unies. À signaler notamment l'enlèvement
et la pendaison de deux sergents anglais dont les cadavres piégés
explosent lorsqu'ils sont découverts.
En 2 ans, ce sont 150 militaires britanniques qui tombèrent
victimes des sionistes et 350 qui furent grièvement blessés.
novembre 1947-1948 : C'est la guerre israélo-arabe
Avec les hommes et l'argent provenant de nombreuses communautés
juives, avec les armes venus en masse de l'Occident (notamment de
Tchécoslovaquie) et avec son organisation terroriste mise au point
méthodiquement et clandestinement depuis longtemps, Israël
triomphe de ses voisins arabes...
Outre les multiples attentats terroristes et la destruction de très
nombreux villages, il faut signaler particulièrement le massacre
perpétré dans le village palestinien de Deir Yassin le 9-10
avril 1948 où périrent 254 victimes, en majorité des femmes et
des enfants et celui du village chrétien d'Eilaboun, en Galilée
dont 13 habitants furent massacrés le 30 octobre 1948 par l'armée
d'Israël tandis que les autres étaient expulsés vers le Liban,
avant d'être, par exception, autorisés à regagner leurs foyers et
leurs champs dévastés. (A noter que ce dernier cas n'est connu que
depuis quelques années grâce à l'historien israélien Benny
Morris qui a pu exhumer des archives de l'ONU).
A noter que l'Organisation Socialiste Israélienne publia elle-même,
dans son organe Matzpen, une liste de 384 villages arabes détruits
par Israël en 1948 ainsi qu'une liste des agglomérations juives
construites sur leurs décombres. On peut ajouter que depuis 1948,
bien d'autres villages ont subi le même sort sous les prétextes
les plus divers.
En cette même année 1948, le 19 septembre, le Secrétaire Général
de l'ONU, le comte Folke Bernadotte, qui dans son premier rapport décrivait
: « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de
villages sans nécessité militaire apparente » et prônait «
le retour des réfugiés dans leurs foyers », est abattu dans
son avion, avec son assistant français le Colonel Serrot. Ce sont
les organisations terroristes de l'Irgoun et du Lehi qui sont de
nouveau responsables de cet attentat.
À noter que l'opinion américaine, jusque-là favorable au
partage de
la Palestine
, le regrette alors en majorité tandis que Washington lui-même
amorce un revirement de sa position. Néanmoins, il est trop tard,
ce revirement n'aura pas de suite...
À ce terrorisme issu d'organisations sionistes diverses
s'est associé, à partir de 1948, un terrorisme d'État,
dans lequel on peut ranger:
- les actions de Tsahal destinées, par exemple, à
terroriser les populations pendant les guerres de 1948 et de 1967
dans la perspective de les faire quitter leurs villages ou les
actions menées comme représailles sur des populations civiles
comme celle du 14 octobre 1953 à Kybié en Samarie. A la suite de
la mort d'une femme et de deux enfants par l'explosion d'une grenade
lancée sur un foyer juif par un Arabe de
la Région
, les représailles de l'armée firent plus de cinquante morts et
comportèrent la destruction de quarante maisons. À cette occasion
le philosophe Yeshayahou Leibovitch (dans Judaïsme, peuple juif
et État d'Israël) devait interroger ainsi ses compatriotes : «
D'où vient cette jeunesse qui n'a éprouvé aucune réserve, aucun
frein psychologique en commettant cette barbarie ; d'où a-t-elle reçu
l'impulsion (interne et externe) pour exécuter cet acte de représailles
? »
De multiples actions criminelles commises par l'armée israéienne
sont maintenant connues... Citons par exemple celle qui a été
rapportée par l'universitaire Rudolf El-Kareh en tant que témoin
direct : l'écrasement en 1972 par un blindé, sur ordre d'un
officier commandant une patrouille, d'un véhicule type Mercedes 180
avec ses neufs occupants. Citons aussi les atrocités qui
accompagnrent le guerre du Liban en 1982, le massacre de Cana, au
Sud Liban en 1996...
- les multiples actions d'enlèvement et de liquidation des
dirigeants des organisations palestiniennes résidant en
Palestine ou à l'étranger tels Saïd Hamman assassiné à Londres
en 1978, Naim Kider assasiné à Bruxelles en 1981, Sartawi assasiné
au Portugal en 1983, Abou Jihad, numéro deux de l'OLP, assassiné
à Tunis par un commando israélien en 1988 ou, son successeur, Abou
Iyad, assassiné lui aussi à Tunis en 1991 avec plusieurs de ses
conseillers.
À ce terrorisme bien organisé, terrorisme clandestin,
"de l'ombre"et "silencieux" il faut ajouter :
- le terrorisme personnel des colons
Organisés en milices plus ou moins secrètes, au nombre de 200 000,
les colons possèdent, avec l'appui de l'armée, des armes
automatiques tout à fait sophistiquées.
Ainsi, à Hébron, un petit groupe de colons surarmés, à peine
300, contrôle le centre d'une cité de 100 000 habitants, habitants
marginalisés, interdits de centre-ville et menacés en permanence
par les militants extrêmistes et les soldats.
On peut noter que, dès 1978, les colons ont été totalement intégrés
au sein de la défense territoriale par le chef d'état-major Rafael
Eitan pour assurer une défense statique aux endroirs sensibles
(frontières, colonies juives...)
Indépendamment d'une garde civile permettant aux colons de
patrouiller dans les villes (« le civil israélien est un soldat
en permission » suivant le mot fameux d'un général) une
structure originale a été créée les yeshivot hesder où les
appelés religieux du contingent associent service militaire et études
talmudiques. Elle vient renforcer la militarisation des colonies.
- le terrorisme d'individus isolés comme celui qui a
entraîné les massacres d'étudiants islamiques en 1982 à Hébron
ou de 29 musulmans dans la mosquée de cette même ville en 1994.
Selon les services mêmes de renseignements civils israéliens,
il existe dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza une nébuleuse
de « petites organisations terroristes juives » occupées
principalement à comploter contre le « processus de paix » et
pariant sur le chaos comme antidote aux éventuelles concessions
territoriales que consentirait le gouvernement israélien. Beaucoup
sont dirigées par des rabbins.
Parmi leurs projets il y a eu notamment : l'assassinat du président
de l'État, du chef du gouvernement et du ministre de
la Défense
, le déclenchement d'une tuerie massive de Palestiniens, le
dynamitage du Dôme du Rocher à Jérusalem, troisième lieu saint
de l'Islam.
A ce dernier propos signalons l'existence des "Artificiers
du Messie" et les 'Fidèles du Mont du Temple " responsables
de la tuerie du 8 octobre 1990 au cours duquel dix-sept fidèles
musulmans furent tués et qui restent toujours décidés à
dynamiter les mosquées et à construire le troisième temple. Parmi
elles, on peut citer aussi le Kahane Haï du rabbin Meir
Kahane, le Haï Vekayam...Tous se réclament de l'esprit de
ces sicaires juifs qui, au premier siècle de notre ère,
assassinaient leurs coreligionnaires accusés de collaborer avec la
puissance occupante, les Romains.
À noter encore le service de renseignements et d'espionnage
d'État, service particulièrement sophistiqué auquel sont
consacrés des capitaux considérables et qui trouve facilement des
complices en dehors d'Israël, voire chez les Arabes comme il en
existe toujours chez les peuples réduits à la servitude.
10
-
LA COLONISATION PLANIFIÉE
DE
LA PALESTINE
La colonisation sioniste revêt un caractère très particulier
et inédit. Même si elle a pu s'inspirer - tout au moins à une
certaine époque - du colonialisme occidental, elle diffère
notablement des colonisations banales de
la France
, de
la Grande Bretagne
, de l'Espagne, des Pays-Bas..., colonisations pratiquées d'emblée
par la force dans la perspective de s'emparer de richesses d'un
nouveau territoire, avec l'intention affichée d'apporter à des
peuples « attardés » les « bienfaits » de la civilisation.
La colonisation sioniste est d'abord l'entreprise, non pas d'une
nation souveraine, mais d'une communauté dont les membres dispersés
à travers le monde - les juifs - ont en commun un héritage d'ordre
religieux et culturel. Y figurent la tradition qui veut que certains
de leurs ancêtres aient vécu il y a deux millénaires auparavant
dans le pays nommé aujourd'hui Palestine, en même temps qu'une
donnée précise d'ordre racial.
Il s'agit d'abord et avant tout d'une colonisation de peuplement
destinée, à terme, à accaparer en toute propriété le territoire
en question, en repoussant progressivement à l'extérieur les
populations non-juives pré-existantes. L'expérience, s'étalant
maintenant depuis plus d'un siècle, montre que cette colonisation
commencée adroitement mais pacifiquement - suivant le plan élaboré
par ses premiers initiateurs - est montée ensuite en puissance
d'agressivité jusqu'à nos jours - surtout depuis la création de
l'État d'Israël - en usant de la force comme le firent les
colonialismes occidentaux.
L'Organisation sioniste mondiale, dont le siège est à Londres,
est à la base de cette entreprise de colonisation dont le rôle est
de susciter, de diriger et de coordonner les actions de toutes les
communautés sionistes (Yichouv) de par le monde. Le Yichouv juif de
Palestine, dont le président sera longtemps Ben Gourion, aura bien
entendu le rôle primordial.
On peut reconnaître trois périodes à la colonisation
sioniste de
la Palestine
:
1 - de la fin du XIXème siècle (1880) à la guerre de
1914-1918,
2 - de 1922 à 1947 - sous le Mandat britannique,
3 - de 1947 à nos jours - avec l'État d'Israël.
Avant la guerre de 1914-1918
Les colons qui arrivent en deux vagues successives sont surtout
des juifs jeunes venant de l'Europe de l'Est sous l'inspiration de
divers mouvements sionistes, notamment du mouvement travailliste
(socialiste). Pour tous, non-croyants comme croyants, politiquement
de "gauche" ou de "droite", la défense et la récupération
de
la Palestine
est le ciment de leurs communautés. Nombre d'entre eux adoptent un
mode vie égalitaire et communautaire consacré surtout au travail
manuel dans l'agriculture.
Le peuple arabe est l'adversaire commun à vaincre, autant que
possible « sans faire de vagues », notamment par l'achat de
ses terres grâce à l'argent provenant des communautés juives du
monde entier.
Les colons sont puissamment aidés par le "Fonds national
juif", organisme créé en 1901, dont la vocation est d'acquérir
les terres, lesquelles par la suite ne peuvent être ni revendues,
ni même louées à des non-juifs. Une loi viendra plus tard - en
1953 - institutionnaliser ce qui n'était jusqu'alors qu'une
condition nécessaire pour obtenir un prêt du Fonds National juif.
Désormais, toute aliénation à un non-juif d'une "Terre
d'Israël", est déclarée illégale.
De 1922 à 1947, sous le
mandat britannique
Ces colons viennent surtout de Pologne puis, à partir de 1933,
de l'Allemagne nazie.
Dans un premier temps, les Britanniques favorisent la
colonisation juive en Palestine pour suivre la déclaration
de leur ministre Balfour qui, en 1917, avait prévu de favoriser l'établissement
d' « un foyer national juif » en Palestine.
Quelques données chiffrées illustrent l'évolution démographique
de cette période :
- de 1922 à 1946 : le nombre des juifs vivant en Palestine passe de
84 000 (1/10 de la population) à 608 000 (1/3 de la population),
- de 1897 à 1947 la superficie possédée par les juifs passe de
20 000 hectares
à
608 000 hectares
soit 7% des terres) ; le nombre des colonies passe pendant la même
période de 27 à 300,
- de 1920 à 1937, la production industrielle de
la Palestine
, essentiellement du fait des juifs, passe de l'indice 100 à 1029 ;
tandis qu'à la fin de cette période le revenu moyen de ces
derniers atteint alors le double du revenu moyen arabe.
Seule la résistance des Arabes de Palestine limite quelque
peu cette gigantesque expansion
Les Arabes se révoltent de 1921 à 1929 d'abord, puis de 1936 à
1939. Comme nous l'avons vu précédemment, l'armée britannique,
aidée des forces armées juives clandestines et des groupes
terroristes armés par elle, mate violemment la révolte au prix
d'un grand nombre de victimes arabes.
Les Britanniques veulent alors limiter l'immigration juive
Le « Livre blanc » de 1939 prévoit ainsi :
- de limiter cette immigration à 75 000 personnes en 5 ans,
- de restreindre l'achat de terres par les Juifs,
- d'amener dans les dix ans
la Palestine
à l'indépendance avec au maximum 1/3 de Juifs. Ceci, en renonçant
au foyer juif autonome prévu par le ministre Balfour en 1917.
Comme nous l'avons vu aussi dans un chapitre précédent, ces
objectifs furent rejetés par les deux parties :
- par les Arabes parce que la proclamation de leur indépendance état
remise sine die,
- par les Juifs pour des raisons opposées.
Depuis 1947 et la création
de l'État d'Israël
Le nombre de juifs qui, en 1948, était de l'ordre de 600 000
environ a été multiplié depuis par plus de 8.
Cette spectaculaire expansion démographique a été permise
principalement :
- par l'immigration des juifs des autres pays encouragée par l'État
israélien avec l'aide des diverses communautés juives de ces pays,
- par la loi dite "du retour" qui accorde systématiquement
aux juifs la citoyenneté israélienne et l'aide à leur établissement
dans le pays,
- par l'usage de la force intervenant sur l'ensemble des territoires
occupés. Cette force de contrainte sur les populations arabes est
multiforme et parfaitement organisée : en dehors des militaires et
des policiers, les colons et nombre de religieux sont armés en
permanence,
- par les lois dites "d'urgence" qui permettent la
confiscation de terres appartenant aux Arabes (actuellement ils ne
possèdent plus que 10% de leur propriété foncière d'avant 1948),
- par l'afflux massif de capitaux en provenance des communautés
juives de l'Occident, capitaux qui permettent notamment de
subventionner les colons lesquels ne payent que 5% de la valeur des
terrains acquis aux Arabes.
Dans les années 70, les immigrés sont majoritairement des Juifs
d'Afrique et d'Asie.
Dans les années 80, la nouvelle vague provient avant tout d'URSS.
Après entente avec le Président Mikhaïl Gorbatchev, et moyennant
des sommes d'argent considérables, elle est faite en majorité de
gens d'un niveau professionnel élevé (ingénieurs, chercheurs,
professeurs d'Université, médecins...),
Les juifs d'Éthiopie (les Falashas, très pauvres) sont, quant à
eux, ramenés à l'occasion d'une terrible famine après que les
dirigeants israéliens se soient imposés près des autorités éthiopiennes
pour la mise en oeuvre de leur entreprise. Triés parmi les
populations affamées, ils sont transportés par avion en Israël.
La valeur des terres et des biens perdus par les Arabes au profit
des juifs par le processus de colonisation a donné lieu à bien des
estimations... Citons celle de la commission tripartite (anglo-franco-turque)
concernant simplement le bilan de la guerre de 1947-1948. Selon ses
conclusions, les biens abandonnés par les Palestiniens devaient être
estimés à
1 124 000 000 livres
sterling (ce qui représente aujourd'hui plusieurs centaines de
milliards de dollars).
Pour Dominique Vidal, journaliste au Monde, avec cette
colonisation, « la somme qui a été volée est phénoménale.
Les Israéliens se sont emparés de trois cent mille hectares, ce
qui est considérable compte tenu de la superficie du territoire, de
milliers de chambres d'habitation, de magasins, d'ateliers.»
Depuis la création de l'État d'Israël, la colonisation des
territoires occupés a toujours été une priorité des différents
gouvernements israéliens "de gauche" ou "de
droite" au mépris le plus total de la 4e Convention de Genève
de 1949 qui stipule dans son article 49 que : «
La Puissance
occupante ne pourra procéder au transfert d'une partie de sa propre
population civile dans le territoire occupé par elle ».
Les prétextes sont multiples pour exproprier, avec l'aide de
l'armée, de la police, des forces religieuses juives, les terres
des Arabes au profit des colons juifs, d'autant plus que la
jurisprudence rabbinique favorise systématiquement le juif dans les
conflits avec les non-juifs. Le nombre des colonies et leur étendue
n'ont ainsi jamais cessé de s'accroître dans la perspective
commune à tous les juifs sionistes : la récupération de
l'ensemble des territoires de l'ex-Palestine et la création de
Eretz Israël. Colonisation brutale ou rampante : la tactique a pu
changer en fonction notamment du contexte international mais la
stratégie : avancer, réduire le rythme (ou faire semblant de le réduire
ici pour occulter ce qui se passe là), jamais reculer... est restée
parfaitement immuable avec les années. Lorsque la communauté
internationale a d'autres préoccupations urgentes, telles la guerre
du Golfe ou celle de Yougoslavie, les implantations juives s'accélèrent
particulièrement. Comme le dit très simplement un rabbin opposé
au « processus de paix » il s'agit de « créer une situation
sur le terrain qui rende impossible tout réglement du conflit ».
« Chaque nouvelle colline conquise fait progresser la nation. Ce
n'est pas le gouvernement qui nous fait venir ici, ce sont
la Torah
et nos rabbins ». dit aussi Boaz Melet, un de ses
coreligionnaires.« Nous sommes là pout récupérer des terres
appartenant à Israël » rétorque un autre.
Le Général Sharon a aussi le mérite de la franchise.« Si
nous étions dix millions de juifs en Israël, nous n'aurions plus
de problèmes » affirme-t-il, en faisant un appel pressant aux
juifs du monde entier pour les engager à venir en Israël.
Tout un arsenal juridique inventé et adapté au but poursuivi
(parfaitement décrit dans le rapport d'Amnesty International de décembre
1999), les références au Talmud, les prétextes les plus divers
tels que la présence des ancêtres deux mille ans auparavant, ou
les nécessités stratégiques... sont toujours utilisés au service
des expulsions, des expropriations de terres, des destructions par
le feu ou les bulldozers des maisons palestiniennes indésirables.
C'est ainsi qu'en 1999, 40% de la bande de Gaza et 73% de
la Cisjordanie
(contre 41% en 1984) sont aux mains des juifs..
Certaines tactiques et astuces de colonisation nous sont
maintenant bien connues grâce aux archives israéliennes. L'une
d'elles est parfaitement décrite par le général Moshe Dayan, un
des principaux chefs miltaires d'Israël et ministre de
la Défense
d'avant
1967. A
propos des affrontements frontaliers entre
la Syrie
et Israël, affrontements qui officiellement étaient causés par
la Syrie
, Dayan dit ceci : « Pour au moins 80 % des affrontements, cela
se passait de la manière suivante : on envoyait un tracteur
labourer une parcelle, là où il était impossible de rien faire,
dans la zone démilitarisée. Si les Syriens ne tiraient pas, on
disait au tracteur d'aller plus loin, jusqu'au moment ou perdant
patience ils tiraient. Alors nous utilisions l'artillerie et ensuite
les forces aériennes. C'est ainsi que cela se passait ».
De son côté le général Mattiyahou Peled affirme que «
plus de 50 % des incidents frontaliers avec
la Syrie
avant la guerre des six jours étaient le résultat de notre
politique de colonisation dans la zone démilitarisée. »
Par ailleurs, le professeur Israël Shabak écrit aussi
dans "Le racisme de l'État d'israël ":« Pour
convaincre qu'avant Israël,
la Palestine
était un "désert", des centaines de villages ont été
rasés au bulldozer avec leurs maisons, leurs clôtures, leurs
cimetières et leurs tombes » .
Actuellement dans les territoires occupés, il y a, répartis
dans environ 150 colonies :
- 200 000 juifs en Cisjordanie,
- 180 000 à Jérusalem-Est,
- 6 500 à Gaza.
Comme l'affirmait en
1995 l
'organisation israélienne des droits de l'homme B'Tselem : «
Depuis vingt cinq ans, Israël viole la loi internationale et les
principes fondamentaux de la démocratie pour réaliser à Jérusalem
ses objectifs politiques : préserver la primauté démographique de
la population juive ».
Ainsi, chaque jour qui passe,
la Palestine
des Arabes, rongée kilomètre après kilomètre carré par une
colonisation silencieuse et inexorable, se rétrécit. Edward W. Saïd
(professeur de littérature à l'Université de Columbia - E. U.),
à l'occasion d'un voyage en Cisjordanie, note, par exemple, que : «
presque toutes les voies, toutes les voies de contournement et tous
les petits villages où nous sommes passés ont été le théâtre
d'une tragédie quotidienne : terre confisquée, champs saccagés,
arbres et plantes déracinés, moissons arrachées, maisons détruites
» exactions contre lesquelles les propriétaires sont totalement
impuissants.»
Trois institutions financées par les juifs du monde entier
contribuent puissamment à cette colonisation sioniste :
- l'Organisation juive mondiale, agence chargée d'aider concrètement
les immigrants à s'installer en Israël,
- le Keren Hayessod qui collecte des fonds dans la diaspora,
- le Fonds national juif chargé de l'achat et de la mise en valeur
des terres.
La colonisation israélienne qui porte sur tous les domaines
(politique, économique, culturel...) n'avait manifestement pas été
prévue par les pionniers du sionisme lesquels, malgré leurs
erreurs, étaient profondément marqués par l'idéalisme, le
pacifisme et le socialisme. Par l'impérialisme dont elle témoigne,
elle est sans nul doute la plus maléfique des temps modernes sur
les populations asservies. Assimilée à un « crime de guerre »
par
la Cour Pénale
Internationale depuis le 20 juillet 1998, elle n'en continue pas
moins d'avancer en toute impunité. Néanmoins, comme l'écrit fort
justement Danny Rabinowitz dans Haaretz (du 7/11/00) : « Les régimes
coloniaux restent intacts tant que les autochtones acceptent
passivement leur situation. Mais, quand l'obéissance silencieuse
est remplacée par la soif de liberté, le pouvoir de l'empire
colonial s'évapore simplement - comme un rêve au moment où vous
ouvrez les yeux ».
11
- NATIONALISME, APARTHEID ET RACISME ANTIARABE
EN ISRAËL
Avec le recul du temps - un siècle d'évolution et de développement
- qui permet de porter un jugement assez assuré - on peut définir
le contenu de l'idéologie sioniste comme un nationalisme à base
religieuse et raciale, s'exprimant par un colonialisme agressif, un
apartheid spécifique, voire un racisme caractérisé.
C'est un nationalisme
particulier de par ses deux composantes.
Apparu à la fin du XIXe siècle en même temps que les
nationalismes occidentaux, le nationalisme sioniste a sans doute
quelques ressemblances avec le nationalisme d'Europe centrale et
orientale, tel qu'on a pu le voir, par exemple, à l'époque
moderne, dans l'ex-Yougoslavie ou l'ex-URSS, nationalisme d'ordre
culturel et religieux s'appuyant sur un passé commun héroïque. Néanmoins,
il en diffère profondément par ses deux composantes spécifiques :
la composante mythique d'une part, celle de «
la Terre
promise » par le dieu Yahveh à un « Peuple élu », la composante
raciale d'autre part, cette dernière étant définie très précisément
à partir de l'hérédité au sens strict et basée sur le droit du
sang : "est juif celui qui a une mère juive".
Malgré leur incroyance religieuse généralisée, tous les
dirigeants israéliens de droite ou de gauche - ces derniers
mobilisant le socialisme non pas pour un objectif social avec ses
valeurs universalistes mais pour un objectif étroitement national -
ont partagé depuis cinquante ans cette mystique nationaliste réclamant
les territoires antiques dont il est question dans
la Bible. Tous
ont intégré cette idée d'un peuple spécifique « qui n'est pas
comme les autres », à qui appartient une terre de toute éternité.
Tous ont pratiqué parallèlement une solidarité de « race ».
Les religieux sont néanmoins à la pointe du combat. « Cette
terre est ma terre, donnée par Dieu à mon peuple » proclame,
par exemple, le député et rabbin israélien Avraham Ravitz, tandis
que que l'ex-grand rabbin français, René-Samuel Sirat, de son côté,
n'hésite pas à écrire que « personne ne peut nier les droits
d'Israël sur les terres de le Promesse » et à revendiquer, pour
les juifs exclusivement, et le droit « du sol » et celui du «
retour à Jérusalem ».
Le juif israélien " moyen" d'aujourd'hui partage bien
entendu ces mêmes convictions.
Israël est ainsi le seul pays établi sur de tels fondements théoriques,
des fondements aussi contraignants l'un que l'autre, le premier
portant sur un territoire précis, le second sur un groupe d'hommes
parfaitement désigné.
En ce qui concerne la composante raciale, on peut dire que la
constatation de son existence est particulièrement surprenante et
affligeante. On sait, en effet, que l'État d'Israël a vu le jour récemment
et ce, grâce à une communauté de nations. On sait d'autre part,
que la notion de "race" est non seulement vide de sens
mais qu'elle corrompt automatiquement et profondément toute idéologie
qui l'intégre.
Ce nationalisme engendre un
apartheid spécifique
La pureté ethnique pour que soit évité le mélange du sang
juif et du "sang impur" des non-juifs, souci constant dans
certaines couches des populations juives, repose sur de nombreux
textes de
la Thora
que les sionistes ont retenus électivement :
- « Tu ne donneras pas ta fille à leur fils et tu ne
prendras pas leur fille pour ton fils » ordonne le Deutéronome
(VII, 3).
- Dans l'Exode (XXXIV, 16) il est dit aussi que Moïse reçoit un
ordre de Dieu pour que son peuple n'épouse pas les filles des étrangers.
- Esdras, quant à lui, pleure parce que « la race sainte
s'est mêlée avec les peuples des pays voisins » (Esd. 9,2) et
ordonne la sélection : « Tous ceux qui avaient pris des femmes
étrangères, ils les renvoyèrent, femmes et enfants » (Esd.
10, 44).
Néhémie dit aussi des juifs : « je les purifiais de tout élément
étranger » (Neh. 13, 30).
Dans son livre Le Talmud le rabbin Cohen formule sans
ambages le grand principe : « Les habitants du monde peuvent être
répartis entre Israël et les autres nations prises en bloc. Israël
est le peuple élu : dogme capital. »
La pression des rabbins a certes toujours existé pour que
l'ordre biblique de non-assimilation des juifs soit respecté et
qu'il n'y ait pas de mariages mixtes, mais elle s'est faite
particulièrement insistante en Occident depuis la création de l'État
d'Israël. « Je voudrais que des jeunes gens juifs n'épousent
jamais que des jeunes filles juives » écrit, Joseph Sitruk, le
grand rabbin de France en 1993. Si les juifs incroyants ne
respectent pas toujours cet ordre il n'en est pas de même chez les
juifs croyants pour qui il s'agit d'un impératif absolu.
Comme l'écrit en 1998 Zeev Sternhell (professeur de sciences
politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem) : « Le
nationalisme juif n'éprouve aucune difficulté à refuser à autrui
les mêmes droits élémentaires qu'avec une tranquillité d'esprit
absolue il exige pour lui-même. Confiant dans son bon droit à réclamer
toute la terre antique de nos rois et de nos prophètes, le sionisme
ne pouvait concevoir qu'une autre légitimité pût aussi exister au
pays de
la Bible
».
Face aux pratiques de pureté ethnique mises en ¦uvre par les
sionistes, Haïm Cohen (qui fut juge à
la Cour Suprême
d'Israël) évoque sans hésitation les lois nazies. Il écrit ainsi
: « L'amère ironie du sort a voulu que les mêmes thèses
biologiques et racistes propagées par les nazis et qui ont inspiré
les infamantes lois de Nüremberg, servent de base à la définition
de la judaïcité au sein de l'État d'israël ».
L'apartheid engendre lui-même
un sectarisme ethnique, voire un racisme caractérisé
Là aussi, pour justifier et appuyer leur démarche, les
sionistes, peuvent trouver des références bibliques :
- « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le
pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les
voueras totalement à l'interdit » lit-on dans le Deutéronome
(Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras. » (Deut. VII,
24).
- « Dans le monde à venir aucune nation n'a de place à
l'exception d'Israël » affirme le grand mystique Moshe
Luzzatto (1706-1746).
- Shneur Zalman (1745-1813), fondateur du mouvement Habad,
mouvement qui a pris un extraordinaire essor dans le monde juif et
particulièrement dans l'État moderne d'Israël où il se range à
l'extrême droire de l'échiquier politique, ne comparait-il pas «
les âmes des nations à celles des porcs, les juifs ayant seuls une
âme divine » ?
- En 1974, Menahem Barash dans le journal Yediot Aharonot
peut ainsi parler des Palestiniens : « Cette peste déjà dénoncée
dans
la Bible
[...] Pour nous emparer de la terre promise par Dieu à Abraham,
nous devons suivre l'exemple de Josué pour conquérir la terre
d'Israël et nous y installer, comme le commande
la Bible
[...] Il n'y a pas de place, en cette terre, pour d'autres peuples
que celui d'Israël. Ce qui signifie que nous devons en expulser
tous ceux qui y vivent [...] C'est une guerre sainte exigée par
la Bible
».
Face à de tels propos, Moshe Zimmermann (chef du département d'études
germaniques à l'Université hébraïque de Jérusalem) n'hésite
pas à parler d'un « judéo-nazisme populaire » sévissant parmi
les juifs d'Israël et des pays anglo-saxons : « Il y a un
secteur entier de la population juive que je définis, sans hésitation,
comme une copie des nazis allemands. Regardez les enfants des colons
juifs d'Hébron, ils ressemblent exactement à la jeunesse hitlérienne.
Depuis leur enfance on les imprègne de l'idée que tout Arabe est
mauvais, et que tous les non-juifs sont contre nous. On en fait des
paranoïaques : ils se considèrent comme une race supérieure,
exactement commme les jeunesses hitlériennes ».
Cette terrible similitude explique d'ailleurs parfaitement que
les juifs sionistes furent longtemps tolérés en Allemagne nazie,
voire qu'ils ont "collaboré" dès 1933 sur la base de «
la communauté d'idées existant entre le nationalisme sioniste et
le nationalisme nazi », communauté idéologique dont parlait
Blumenfeld le chef des sionistes allemands. Ilan Greilsammer peut écrire
à ce sujet : « Les deux partenaires y trouvent leur compte :
les sionistes deviennent l'organisation dirigeante de la communauté
juive, et les nazis trouvent en eux un instrument pratique pour séparer
les juifs du reste de la population ». À ce propos, Y.
Leibowitz nous apprend aussi que l'organisation sioniste des juifs
allemands avait une existence légale jusqu'en 1938, cinq ans après
l'avénement d'Hitler et que son journal,
la Jüdische Rundschau
, parut parallèlement jusqu'à cette même année.
Fait tout à fait singulier que nous avons déjà signalé, ce
sont les juifs religieux qui, après avoir combattu avec force le
sionisme jusqu'à la création de l'État d'Israël en 1947, sont
devenus depuis cette création, les partisans les plus farouches de
cette idéologie et les plus acharnés à sa mise en ¦uvre en
s'appuyant sur les écrits xénophobes du judaïsme.
À ce propos, Israël Shahak relève que l'enseignement biblique
traditionnel joue auprès des enfants isaéliens un rôle décisif
dans le mépris vis-à-vis des Palestiniens volontiers identifiés
aux Philistins dont l'élimination fait partie du plan divin.
Si le racisme anti-non-juif, surtout antiarabe, est banal en Israël,
puisqu'il concerne d'après les sondages une nette majorité de la
population juive, il est évident que certains couches de la société
sont particulièrement marquées. Il en est ainsi de la police. À
propos des pogroms de Nazareth, de Tel-Aviv, de Jaffa... perpétrés
lors de l'Intifada 2000 sur des Arabes par des nervis juifs le
chroniqueur juridique israélien Moshé Hanegbi a pu écrire «
que ces progroms ont renforcé le sentiment que la police est une
police raciste engagée seulement dans la défense des juifs : elle
n'a tiré pour tuer que sur les émeutiers arabes ». Comment s'étonner
d'un tel phénomène ? Pour toute la droite israélienne, et une
partie de la gauche, les villes et villages arabes d'Israël ne
sont-ils pas considérés comme « un cinquième front » ?
Les Nations Unies, tout en n'appliquant par faiblesse aucune
sanction pratique envers Israël, ont néanmoins dénoncé les
discriminations raciales dont sont porteuses de nombreuses lois de
ce pays, lois contribuant à faire deux types irréductibles de
citoyens : des citoyens à part entière, les juifs, des citoyens de
seconde zone, les non-juifs. Elles en ont recensé 17.
Parmi elles, on peut citer :
- la loi du "retour" qui accorde systématiquement aux
juifs du monde entier la citoyenneté israélienne alors que les réfugiés
arabes n'ont pas le droit de revenir en Israël sur leurs propres
terres,
- la loi suivant laquelle les citoyens arabes d'Israël ayant épousé
des non-israéliens se voient refuser la réunification familiale,
- les lois qui interdisent la participation aux élections de tout
parti arabe n'ayant pas reconnu le caractère juif de l'État,
- les lois d'urgence qui permettent la confiscation de terres
appartenant aux Arabes,- les lois qui interdisent aux Arabes
d'acheter des terres à des juifs,
- la loi sur l'éducation qui fixe parmi ses objectifs la promotion
de la culture juive et de l'idéologie sioniste,
- la loi qui interdit formellement aux non-juifs d'habiter certaines
villes.
A propos de discrimination il est tout à fait instructif de
savoir que l' Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution
3379 datant de
1975 a
condamné le sionisme comme « une forme de racisme et de
discrimation sociale ». Il faut se souvenir aussi que les Israéliens
et leurs protecteurs américains parvinrent en 1991, à l'occasion
de l'effondrement du bloc soviétique qui modifiait la répartition
des votes aux Nations Unies, à faire annuler à
la Conférence
de Madrid, la résolution en question !
On peut ajouter que cette notion de "race", entretenue
voire exaltée par les sionistes et tous les juifs religieux et qui,
depuis un siècle, a fait tant de mal aux Arabes de Palestine, n'est
pas sans conséquences potentiellement funestes pour les juifs eux-mêmes.
Faut-il rappeler que pour les nazis, un juif converti au
christianisme, tel le protestant Victor Klemperer, restait juif
(comme il en est aussi pour le Talmud) et qu'il était voué, de par
sa "race", à l'extermination commune ?
« Il est étonnant, écrit Edmond Amran El Maleh (écrivain
juif marocain), que personne n'ait osé entreprendre, au-delà
des critiques du régime israélien, une analyse philosophique des
bases racistes du sionisme. Raciste, parce que la patrie par le
sang, l'exclusion des non juifs et, dans la foulée, l'expansionisme
territorial, la terreur, la violation des lois internationales. »
Toutes ces données expliquent fort bien qu'en Israël, si les
non-juifs sont susceptibles d'avoir des droits en tant qu'individus
isolés, ils n'en ont pas comme membres d'une communauté et qu'il a
fallu attendre les accords d'Oslo (en 1993) pour que les dirigeants
Israéliens arrivent à réviser leur position traditionnelle et à
admettre qu'il y avait une communauté arabe en Palestine, communauté
que les livres d'Histoire à l'usage des enfants israéliens
ignorent toujours.
12
- L'APARTHEID AU QUOTIDIEN
DANS L'ÉTAT D'ISRAËL ET LES TERRITOIRES OCCUPÉS
Citons pêle-mêle quelques manifestations de ce type
d'apartheid :
En Israël : la singulière
citoyenneté des non-juifs.
Descendants des 160 000 Arabes restés dans le pays après la
guerre de 1948, ils sont généralement désignés sous les
expressions : "Arabes israéliens" ou bien "Israéliens
arabes" ou encore "Israéliens palestiniens". Fait
tout à fait particulier, alors que dans des expressions telles que
: "Français catholiques" ou "Français
musulmans" quelque chose est ajouté à la citoyenneté
française des personnes ainsi désignées, pour les Arabes en Israël
le qualificatif vient retranchéer quelque chose à leur
citoyenneté israélienne... Dans cet "État juif" qu'est
Israël - formé des territoires attribués par les Nations Unies
aux Sionistes et de ceux qui ont été annexés d'autorité ou par
conquête guerrière par les Israéliens - on peut retenir les données
suivantes :
- les non-juifs - avant tout des Arabes, au nombre de 970 000
(sur 6 millions d'Israéliens) et en petit nombre les chrétiens et
les Druzes - sont des citoyens israéliens ayant le droit de vote et
jouissant de certaines libertés mais leurs droits sociaux et
civiques ne sont néanmoins que partiels : nombre de fonctions leur
sont absolument interdites. Alors qu'ils représentent 17% de la
population ils occupent à peine 1% des emplois du service public et
pour la plupart des emplois subalternes,
- les budgets alloués aux villes arabes sont bien inférieurs à
ceux alloués aux villes juives. Selon le rapport même du centre d'études
Adva de Tel-Aviv en 1998, le rapport des subventions entre les
municipalités arabes et les municipalités juives est de un pour
trois, tandis que le taux de chômage est de 20 % chez les
Palestiniens contre 10% pour l'ensemble des habitants,
- l'éducation est l'un des secteurs où les disparités entre les
deux communautés sont les plus évidentes. L'allocation aux élèves
en difficulté, par exemple, se monte à plus de 1000 shekels pour
un écolier juif et à 25 shekels pour un écolier arabe... À 17
ans, 42 % des Arabes israéliens ont déjà abandonné leurs études,
- le taux de mortalité des enfants arabes est presque le double de
celui des enfants juifs (9,6 pour 100 000 en 1996 contre 5,3),
- les ressources en eau (ressources particulièrement précieuses au
Moyen-Orient) qui se trouvent essentiellement en Cisjordanie occupée
ont été accaparées entièrement par Israël au bénéfice de ses
colons et au détriment des non-juifs,
- une loi interdit formellement aux non-juifs d'habiter certaines
villes. Israël Shahak cite Carmel, Nazareth, Illith, Hatzor, Arad,
Mitzphen-Ramen..
Fait significatif : ce n'est qu'en mars 2000, après 52 ans de
totale et impitoyable discrimination religieuse et ethnique, que
la Cour
suprême israélienne a, dans un cas isolé, permis à un Arabe
d'acheter une terre dans un « lotissement réservé aux Juifs ».
L'opposition des députés de droite à cette décision inédite fut
d'ailleurs farouche. « C'est un nouveau clou sur le cercueil du
sioniste » proclama l'un ; « c'est la fin d'Israël en tant
qu'État juif » a prédit un autre; tandis qu'une nouvelle
proposition de loi était déposée pour « arrêter cette dérive
antinationale et antisioniste » car « la loi juive interdit
de vendre la terre d'Israël à des non-juifs » .
Même si les travaillistes au pouvoir depuis quelque temps ont
permis quelques investissements dans les localités arabes, il n'en
reste pas moins que la politique de discrimination poursuivie depuis
toujours n'est pas le fait de quelque retard ou seulement mauvaise
volonté : elle n'est pas fortuite mais constitutive de l'État
juif.
C'est ce qui explique aussi que l'expression même de
"peuple palestinien", peuple dont l'indépendance était
pourtant prévue depuis 1947 par l'ONU, fut exclue du vocabulaire et
de la pensée des Israéliens et qu'il a fallu les accords d'Oslo de
1993 pour que les dirigeants au pouvoir (qui ne sont d'ailleurs pas
suivis par la majorité des juifs) consentent à réviser leur négationnisme
systématique quant à l'existence de ce peuple.
Bien entendu, dans une telle situation de servitude, les
comportements des non-juifs vis-à-vis des maîtres du pays ne
peuvent être que fort divergents. Pour les uns, tributaires de
leurs intérêts immédiats ou de ceux de la communauté arabe,
c'est la collaboration plus ou moins affirmée ; pour les autres,
ayant quelque fierté et souci de justice, l'opposition franche ;
pour d'autres enfin, percevant particulièrement la disparité des
forces antagonistes, l'attentisme et la désespérance.
On peut ajouter que tous ces non-juifs sont des
"suspects" aux yeux de la grande majorité des Israéliens
et que le gouvernement n'a pas hésité à réprimer brutalement
leurs manifestations pacifiques comme ce fut le cas en octobre 2000
lors de la seconde Intifada où l'on a pu parler de véritable
pogrom anti-arabe. Treize personnes.furent tuées par balles.
Fait notable, avec ces nouveaux événements dramatiques pour
leur communauté, nombre de ces Arabes israéliens, à l'opinion
jusqu'ici mal assurée, sont parvenus à mieux comprendre la
malignité de l'idéologie qui les maintient en servitude, eux et
leurs frères des territoires occupés. Certains d'entre eux ne se
considèrent-ils pas désormais "Palestiniens d'Israêl" ?
Dans les territoires occupés
Si l'apartheid régnant dans les frontières d'Israël et les
territoires annexés est assez sophistiqué, l'apartheid des
territoires occupés est beaucoup moins "civilisé". Tout
en relevant d'un plan établi avec soin, ses manifestations sont
plus brutales et sommaires
Ainsi, par exemple, on constate que :
- les villages arabes, isolés par les Israéliens et leurs
colonies, forment, à l'image de l'ancienne Afrique du Sud (avec ses
bantoustans), de véritables enclaves où toute organisation des
habitants dans quelque domaine que ce soit : agriculture, commerce,
enseignement, santé... est extrêmement difficile ou impossible.
Ceci est permis grâce à des routes dites de « contournement »
qui assurent la séparation entre les colonies israéliennes et les
villes, villages et camps palestiniens, ces routes formant un réseau
qui, pour l'essentiel, n'est accessible qu'aux seuls colons juifs,
- les 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ne
peuvent pas entrer dans Jérusalem depuis le 30 mars 1993,
- en 1998, alors qu'il n'y avait plus un seul Palestinien dans la
partie juive de la ville, 170 000 juifs résidaient dans sa partie
arabe. Ce nombre a depuis augmenté notablement avec l'implantation
quotidienne de nouvelles habitations.
- dans la bande de Gaza, 5 000 colons juifs possèdent de luxueuses
villas tandis que 700 000 Palestiniens vivent le plus souvent dans
des taudis et travaillent comme journaliers chez les colons ou
partent vendre leur force de travail en Israël.
Et comment ne pas parler du "bouclage", cette
invention machiavéique des sionistes depuis 1967, pour « gérer,
par l'intermédiaire d'un permis, la circulation des personnes et
des biens dans les territoires occupés (Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est)
». Selon sa rigueur, ce bouclage revêt trois niveaux : le "général",
niveau le moins restrictif, le "strict", et le
"total". Ces deux derniers sont institués pour des périodes
variables en fonction des raisons évoquées : par exemple, de
septembre 1993 à juin 1996 il y eut 100 jours de bouclage
"strict" et 200 jours de bouclage "total".
Que dire de la torture légalisée et réglementée, fait
unique dans l'Histoire actuelle des nations, par
la Justice
israélienne et appliquée couramment sur les Arabes jusqu'à une
date récente par le Shin Beth, le Service de sécurité intérieure
d'Israël. Cette torture a fait dire au philosophe israélien Y.
Leibovitz : « Israël compte aujourd'hui parmi les États les
plus barbares du monde : torturer, c'est un acte de barbarie
primitive... Dans un État où on légalise la torture, moi, je dis
sans ambages : « judéo-nazi ».
Ce n'est, en effet, qu'en septembre 1999 que
la Cour Suprême
Israélienne a, sous les pressions réitérées du Comité des
Nations Unies contre la torture, consenti à la condamner (sans
toutefois la rendre illégale, cette décision ne pouvant procéder
que d'une loi nouvelle).
Selon le centre israélien des droits de l'homme Betselem il
s'agit de « pressions physiques modérées : coups, secousses
violentes (c'est le Shabeh), privations de sommeil, ligotage dans
des positions douloureuses (c'est le Qambaz), expositions au froid,
écartèlement des bras jusqu'à une douleur intense (c'est le Qas'
al-Tawleh), humiliations et menaces diverses ».
De son côté, Amnesty international (dans son rapport de 1991) décrit
ainsi cette torture : «Les méthodes systématiquement utilisées
comprennent : le port de cagoules faites de sacs crasseux, parfois
humides, pouvant empêcher le détenu de respirer, la privation de
nourriture et de sommeil pendant la détention à l'isolement, le
port prolongé de menottes en plastique ou en métal, le maintien du
détenu dans des positions inconfortables (une pratique appelée le
shabah), l'internement dans des cellules minuscules et obscures
appelées "placards" ou "cercueils" ou dans de
petites cellules glaciales appelée "réfrigérateurs",
les coups sur tout le corps, souvent violents, visant parfois les
organes génitaux, les brûlures de cigarettes, l'interdiction
prolongée pour le détenu de se rendre aux toilettes, les insultes
et menaces de toute sortes, enfin le harcèlement sexuel dont sont
surtout victimes les femmes ».
En 1996, le rapport d'Amnesty signale notamment que quarante-neuf
Palestiniens ont été abattus par les forces israéliennes dans des
circonstances évoquant parfois des " exécutions
extra-judiciaires".
Quant à Betselem, dans son rapport de mai 1998, il précise
qu'Israël arrête chaque année entre 1000 et 1500 Palestiniens
« soupçonnés d'activités hostiles » dont 80% sont questionnés
avec violence, au motif qu'ils représentent « une menace
imminente ».« On a torturé beaucoup d'innocents pour
soi-disant 100% de sécurité » écrit par ailleurs le
chroniqueur judiciaire Moshe Negbi.
Que dire également du bilan de la première Intifada, cette révolte
qui dura six ans à partir de décembre 1987 où 1116 Palestiniens
(dont 233 de moins de dix-sept ans) furent tués, 20 000 furent
blessés, 15 000 faient prisonniers lors de gigantesques opérations
de police. (Le Monde « Dossiers et documents 1997) ? Que
dire à ce propos de la recommandation faite aux militaires par
Yitzhak Rabin, alors général en chef (avant de devenir premier
ministre), de casser les bras des enfants lanceurs de pierres ?
Que dire aussi du bilan de la seconde Intifada où les trois
premiers mois ont fait près de trois cents morts et une dizaine de
milliers de blessés, le quart d'entre eux atteints à la tête ou
au thorax par les balles israéliennes restant à jamais de grands
mutilés?
L'apartheid qui a régné pendant des siècles aux États-Unis,
en Afrique du Sud, en Australie et ailleurs s'est évanoui
relativement facilement en quelques dizaines années : il n'était
porté que par une tradition "primitive"... Il en va tout
autrement avec l'apartheid israélien dont la malignité est spécifique.
Basé sur une idéologie faite de données mythiques et raciales, se
complètant et se "perfectionnant" avec le temps, il représente
une donnée non contingente mais constitutive de l'État d'Israël
avec son appareil religieux d'État, État où la "démocratie"
n'appartient, et ne peut appartenir, qu'à une seule catégorie de
personnes.
13
- LE SIONISME :
TROISIÈME GRANDE IDÉOLOGIE (OU UTOPIE) DU XXème
siècle
A côté des deux grandes idéologies qui ont marqué le XXème
siècle, communisme et nazisme, c'est une grave erreur que de méconnaître
le sionisme, d'autant plus que, contrairement aux précédentes idéologies,
il n'est pas éteint et que ses méfaits passés pourraient bien être
légers par rapport à ceux qui sont prévisibles.
Si le bilan des terribles manifestations du communisme et du
nazisme est loin d'être achevé - il n'est même qu'à peine amorcé
pour le communisme - on peut néanmoins l'apprécier
approximativement en chiffres de mortalité : quelques 100 millions
de morts (en 72 ans) pour le communisme, quelques 15 millions (en 12
ans) pour le nazisme... En ce qui concerne le sionisme, le jugement
collectif est par contre terriblement déficient. Certes, cette idéologie
inventée à la fin du XIXème siècle et qui n'a cessé de monter
en puissance, n'a jamais engendré (sauf en quelques occasions) et
n'aboutira sûrement jamais à des horreurs semblables aux précédentes,
mais il n'en est pas moins vrai que le sionisme a depuis cinquante
ans engendré quatre guerres locales, des exactions sans nombre et
qu'il est porteur, par son contenu militariste unique au monde, de
puissants germes d'un affrontement guerrier qui pourrait fort bien
être dramatique non seulement pour les juifs et les Palestiniens
mais pour bien d'autres populations. Sa malignité est manifestement
méconnue du grand nombre...
L'aide inconsciente des Nations
Unies a favorisé le développement du sionisme.
Contrairement à ce qui s'est passé avec le nazisme et le
communisme, le sionisme n'a pas été seulement le fait d'un
inventeur et d'un groupe d'activistes. Dans sa manifestation
majeure, l'État d'Israël, c'est aussi le fait de l'ONU se laissant
aller, exemple absolument unique et qui sans nul doute le restera,
à créer ex nihilo en 1947, ce nouvel État, en négligeant
l'ensemble des populations qui, dans la continuité des générations,
y vivaient antérieurement.
Certes, tous les motifs qui ont guidé les Nations Unies en créant
l'État d'Israël n'étaient pas impurs, après les terribles
souffrances infligées aux juifs européens par l'Allemagne nazie ou
les exactions diverses subies à de multiples reprises dans divers
pays. On peut même dire que leur intention d'apporter la sécurité
aux juifs était parfaitement louable en soi mais, terrible ironie
du sort, elles ont créé un État qui, par nature, est voué perpétuellement
à l'insécurité intérieure et extérieure et est incapable
d'apporter aux juifs cette sécurité recherchée, à juste titre,
comme le bien le plus précieux. Avoir négligé la population
autochtone et méconnu ce que recélait en malignité l'idéologie
sioniste (ignorance très analogue à celle qui prévalut longtemps
en Occident quant aux idéologies communiste et hitlérienne)
explique manifestement leur légèreté et leur funeste erreur.
C'est dire que ces Nations (notamment les États-Unis et
la France
), d'abord par leur malheureuse initiative de 1947 sous la pression
d'un lobby habile, ensuite par leur incapacité à faire respecter
leurs propres résolutions successives destinées à réduire les méfaits
d'Israël, portent dans le développement du sionisme sur le terrain
une énorme responsabilité.
Il ne fait aucun doute aujourd'hui que, si les délégués de
l'ONU avaient mieux connu l'idéologie sioniste telle qu'elle était
exposée simplement dans les écrits des fondateurs (on peut
rappeler, à ce propos, que le programme nazi fut librement et
largement exposé dans Mein Kampft sans que le monde ne s'en
soucie), ou s'ils avaient expérimenté sur le terrain sa malignité
- comme ce fut le cas de
la Grande Bretagne
pendant son mandat sur
la Palestine
à partir de 1922 - ils auraient été mieux armés pour ne pas céder
au lobby porteur de cette doctrine et ne se seraient pas laissés
circonvenir par lui.
Rappelons que
la Grande Bretagne
, après avoir favorisé initialement le sionisme (notamment avec la
déclaration Balfour) l'a combattu à partir d'une certaine période,
après en avoir été une singulière victime. Si
la Grande Bretagne
n'eut pas, en définitive, le courage de voter contre la création
de l'État d'Israël en 1947, on sait au moins qu'elle s'abstint
d'apporter sa voix à une entreprise qu'elle jugeait à juste titre
inconsidérée, et qu'elle refusa de participer de façon catégorique
à la mise en place du projet retenu par l'ONU.
L'idéologie sioniste est
destinée à s'évanouir et son entreprise territoriale isarélienne
à échouer...
A l'instar du communisme et du nazisme, le sionisme est une
utopie reposant sur des idées aberrantes, en la circonstance le
mythe de la "Terre promise", avec comme objectif final,
monstrueux et dérisoire, celui de réaliser un État spécifiquement
juif pour les juifs... Certes, il y a un "monde juif" et
des "populations juives" mais nous savons aujourd'hui
qu'il ne peut y avoir de "nation juive" ou de "race
juive"... Nous voyons aussi qu'Israël, dans une contradiction
insurmontable, est acculé à la fois à admettre en son sein des
populations non-juives (faute de pouvoir faire autrement sous le
regard des nations) et à rejeter par son idéologie fondatrice ces
populations de seconde zone.
Les succès et réalisations spectaculaires de l'État d'Israël
d'aujourd'hui et de demain, voire ses triomphes dans de nombreux
domaines et la "fuite continue" à laquelle il se
consacre, ne peuvent occulter cette donnée incontournable : ces
populations "inférieures" méprisées voire détestées
resteront à jamais son tendon d'Achille.
14
- LES PARTIS et MOUVEMENTS ISRAÉLIENS
NATIONALISTES et RACISTES
À noter tout d'abord que les partis d'Israël - y compris les
partis de gauche - se réclament tous du sionisme, à l'exception du
parti communisme et des petits partis arabes.
Les principaux partis ou mouvements où fleurit le racisme
antiarabe sont les suivants :
ceux de la droite israélienne :
- le Likoud, parti laïc qui, pour arriver au pouvoir en
1996, s'est allié au mouvement Gesher et aux partis religieux
ultra-orthodoxes tous partisans du Grand Israël
- les partis russes
ceux de l'extrême droite israélienne :
les partis religieux :
- le Shass (composé de séfarades gardiens de le Torah),
- Agoudat Israël (Le Rassemblement d'Israël),
- Deguel Hatorah (Le Drapeau de
la Torah
),
- le Mafdal (le parti national religieux).
Ces 4 partis d'extrême-droite - sous la domination des rabbins -
sont ultra orthodoxes et ultranationalistes. Pour eux, la
colonisation de tous les territoires occupés est un impératif
religieux et sacré dans la perspective du Grand Israël dépouvu de
non-juifs.
Divers mouvements ont également pour seul but la main
mise des juifs sur toute
la Palestine. On
peut citer notamment :
- le mouvement Kach ("C'est ainsi"). Fondé en
1971 par le rabbin Meir Kahane il vise à « l'expulsion de
tous les Arabes du Grand Israël » pour que
la Terre Sainte
soit débarrassée de toute « souillure étrangère ». Il a été
interdit en 1994 mais il poursuit néanmoins son activité au grand
jour. Son idéologie raciste caractérisée, et revendiquée avec
force dans un discours férocement anti-non-juif, se retrouve
semblable dans :
- le mouvement Tehiya où sont présents de nombreux
immigrants de l'Union soviétique,
- le mouvement Modelet dont le but avoué est également
l'expulsion de tous les Arabes du Grand Israël,
- le mouvement Tsomet (le Renouveau sioniste),
- Goush Emounim (le Bloc de la foi). Ce mouvement idéologique
est particulièrement agressif. Parfaitement organisés en milices,
puissamment armés et fanatiques, ses partisans ne se laissent arrêter,
ni par les risques d'affrontements avec les Arabes qu'ils se
plaisent à agresser, ni par la loi (à leurs yeux la loi humaine
est sans valeur par rapport à la loi divine qui exige la possession
par les juifs de toute
la Palestine
), ni par les décisions éventuelles du gouvernement israélien. En
son sein se sont formés de nombreux petits groupes d'individus
particulièrement violents se consacrant à des actions terroristes
caractérisées. Ceux de la grande colonie de Kyriat Arba qui domine
la ville arabe de Hébron , par exemple, font chaque semaine une expédition
dans un quartier différent de la ville en s'en prenant aux
voitures, aux vitrines et aux habitants. Il en est ainsi dans bien
d'autres villes : Rammah, El Bireh, Naplouse ... À plusieurs
reprises il y eut mort d'hommes. Deux idées maîtresses
l'animent. La première : les temps messianiques ont commencé avec
la création de l'État d'Israël en 1947 et la libération de
la Judée-Samarie
en 1967. La seconde : l'arrivée finale du Messie et la rédemption
qui l'accompagne pour les juifs ne pourra intervenir que lorsque le
peuple juif sera en possession de toute "sa" terre.
Pour la plupart des membres de ces partis ou mouvements c'est
l'Arabe qui est devenu l'ennemi à combattre. A noter qu'ils bénéficient
toujours d'une grande indulgence de la part des tribunaux. L'immunité
est pratiquement de règle. Comme le montre le rapport Karp de
1982, stigmatisant la banalisation de la violence antiarabe, «
la plupart des crimes et des délits ne donnent lieu à aucune
poursuite judiciaire».
La prépondérance des religieux dans les partis israéliens
et partant leur rôle politique majeur est un bon témoin du pouvoir
contaminateur exceptionnel du sionisme.
En Allemagne, les instances religieuses ont pu se laisser
contaminées par le nazisme pendant quelques années, mais leur
culpabilité a relevé essentiellement de la passivité : elles
n'ont été que rarement des supporters actifs du nazisme. En Israël,
phénomène très différent, ce sont les religieux qui, dans leur
immense majorité, se sont révèlés, depuis plus d'un demi-siècle,
par leur activisme, être les supporters les plus zélés de l'idéologie
sioniste avec son racisme anti-non-juif et les plus grands défenseurs
de ses actions criminelles.
C'est dire qu'il ne faut pas être surpris que les Organisations
israéliennes pour les droits de l'homme n'aient pas échappé
elles-mêmes au pouvoir de corruption du sionisme. En effet, la
plupart de ces organisations :
- acceptent sans protester les différentes lois édifiées par l'État
qui fondent une citoyenneté de seconde zone et un rigoureux et
humiliant apartheid
- se sont absoutes de la responsabilité des pertes subies par les réfugiés
dépossédés par l'État « au nom du peuple juif » de leurs
maisons et de leurs terres
- acceptent l'annexion du Golan et de Jérusalem
- dénient le droit au retour des Palestiniens
- ne demandent même pas la fin de l'occupation de
la Cisjordanie
et de Gaza.
15
- EXPULSÉS, DÉPORTÉS et RÉFUGIÉS
L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés
de Palestine (UNRWA) a recensé, au 30 juin 1999, 3,6 millions de réfugiés
palestiniens, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines de milliers de
personnes de Cisjordanie et de Gaza déplacées pour la plupart vers
la Jordanie
en 1967. Enfin il existe plusieurs centaines de milliers de réfugiés
non recensés.
À l'occasion des diverses guerres ayant ensanglanté
la Palestine
depuis la création de l'État d'Israël (guerre judéo-palestinienne
de 1947-48, guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973, guerre du
Liban de 1982), les Palestiniens ont connu en effet plusieurs vagues
d'exil.
Dans la plupart des guerres - comme celles que
la France
a bien connues - la motivation essentielle de la quasi totalité des
réfugiés est la peur devant les combats et pour une très petite
minorité la volonté d'entrer "en résistance" pour préparer
la revanche. Mais, dans ces conflits issus de l'idéologie
sioniste, s'ajoute une donnée nouvelle et spécifique : la volonté
délibérée de ses tenants de faire un État réservé à une
population déterminée, les juifs.
C'est ainsi, dans la circonstance, que quelques questions
particulières se posent :
1 - Y a-t-il eu un plan d'expulsion systématique des
Palestiniens de la part des dirigeants sionistes?
2 - Y a-t-il eu déportation organisée des populations ?
3 - Y a-t-il eu pressions des sionistes pour que les Palestiniens
quittent en masse leur pays ?
4 - Les Palestiniens sont-ils partis sur la demande des nations
arabes de voisinage dans la perspective de revenir ultérieurement
en vainqueurs ?
Globalement, on peut dire tout d'abord, d'après le compte rendu
de Moshe Sasson, adjoint du Chef du Département arabe des services
de renseignements de Tsahal fin juin 1948, compte rendu qui semble
représenter une référence valable, que la fuite vers l'exil à la
suite d'attaques sionistes ou par peur de nouvelles attaques a
concerné, selon Vidal et Algazy, 70% des Palestiniens.
Pour l'historien israélien Tom Segev, ce sont ainsi 400 000 «
unités de logement » qui ont changé de mains, ce qui signifie
sans doute bien plus que les 800 000 Palestiniens reconnus de la
guerre de 1948 (auxquels s'ajouteront 440 000 autres lors de la
guerre de 1967). En ce qui concerne les biens abandonnés,
Greilsammer écrit « qu'il s'agissait de millions de dounams, de
dizaines de milliers de maisons, et de biens estimés à des
milliards de dollars d'aujourd'hui".
Pour Ilan Pappé, un « nouvel historien » , dans The Making
of the arab-Israeli Conflict 1947-1951, il ne fait aucun doute
que les dirigeants du Yichouv (la communauté juive de Palestine)
ont bien mis en oeuvre un plan d'expulsion des Arabes hors des
territoires. Le Plan Dalet de l'état-major sioniste notamment, prévu
pour être mis en place au départ des Britanniques de Palestine et
qui fut appliqué en fait dès le début de 1948, comportait l'évacuation
des civils et des opérations d'expulsion en direction de la frontière
la plus proche.
« Alors que les expulsions forcées avaient été rares
pendant les premiers mois de la guerre cette pratique devint plus
systématique au cours de l'été 1948 afin de réaliser une
continuité territoriale "purement juive" » nous dit
Alain Dieckhoff. Dans les rares archives israéliennes encore
accessibles sur le sujet, les historiens ont retrouvé des ordres
caractérisés d'expulsion, tel ceux d'Itzhak Rabin (reconnus
d'ailleurs dans ses mémoires) concernant la ville de Lydda (70 000
habitants) et des importantes agglomérations de Ramleh (30 000
habitants) et de Mjdlet où la population arabe fut, ou contrainte
par les bataillons israéliens de vider les lieux, ou embarquée «
à froid » sur des camions en direction de Gaza. On sait aussi
qu'en octobre-novembre 1948 ce sont de 100 000 à 150 000
Palestiniens qui furent expulsés et jetés sur les routes de l'exil
lors d'attaques menées en Galilée et dans le Néguev.
Si l'existence d'un plan concerté au plus haut niveau de
l'Organisation sioniste pour éliminer la population non juive de
la Palestine
est soutenue par certains historiens juifs modernes, cette donnée
est néanmoins contestée par d'autres. Tel est le cas de Benny
Morris dans The Birth of the Palestinian Refugee Problem 1947-
1949. L
'historien conteste tout plan
d'expulsion globale et systématique mais, par contre, démonte avec
force arguments la thèse officielle israélienne selon laquelle les
Palestiniens seraient partis de leur plein gré ou à l'appel
radiophonique de
la Ligue
arabe. Pour lui, les Arabes de Palestine sont partis, avant tout
sous la contrainte des forces sionistes, en raison des pillages et
atrocités commis destinés plus ou moins volontairement à créer
la panique.
Si les dirigeants sionistes, de 1947 et d'avant cette date, n'ont
sans doute pas élaboré un plan général pour éliminer les Arabes
de Palestine - l'unanimité n'existe d'ailleurs guère dans les
communautés juives - on peut affirmer par contre qu'il y a bien eu
des plans partiels tel le « plan D » de
la Haganah
visant à expulser tous les habitants d'une zone précise en préparation
de l'attaque arabe prévue. On peut affirmer, aussi et surtout,
qu'il y a eu depuis le début de l'aventure sioniste un climat
tendant à préparer cette "élimination" et que nombre de
responsables sionistes avaient bien eu cette volonté de voir procéder
à des "transferts" plus ou moins forcés, avaient réfléchi
sérieusement aux modalités pratiques d'exécution et imaginé les
solutions les plus efficaces. Pour Uri Ben Eliezer, comme le
rapporte Grilsammer « il y avait la volonté d'expulser, il y
avait une idéologie, il y avait une connivence non écrite entre la
direction politique et les militaires et pour cela un ordre
explicite n'était pas nécessaire ... L'ordre tacite d'expulser
n'est que la partie visible de l'iceberg, le reflet d'une culture
politique datant d'avant 1948 selon laquelle le départ des Arabes
de Palestine allait de soi, était normal et inévitable ».
Selon les nouveaux historiens, commente Greilsammer : « il ne
fallait pas le dire, il ne fallait pas l'écrire, il fallait le
faire ». On sait qu'il s'agit d'une tactique banale des Israéliens,
appliquée depuis toujours notamment aux armements et à la bombe
atomique.
Il faut d'ailleurs savoir que, bien avant la création de l'État
d'Israël, il existait des "Commissions de tranfert"
des populations non juives, commissions qui, nous dit le même
auteur, devaient agir« comme une sorte de lobby. auprès du
gouvernement et organiser elles-mêmes la destruction de villages
abandonnés». Elles avaient aussi pour but affiché « de
faire en sorte que les Arabes qui avaient fui ne puissent pas
revenir sur leurs domaines ».
Les textes qui témoignent
de cette ferme volonté de récupérer tout le territoire de
la Palestine
pour les juifs, sont multiples et parfaitement explicites. Ils ne
sont pas tous dépouvus d'un certain cynisme !
Dès 1895, Theodor Herzl note dans son Journal du 18 juin :«
Nous tenterons d'encourager la population miséreuse à passer la
frontière en lui procurant de l'emploi dans les pays de passage,
tout en lui refusant tout travail dans notre pays. Le double
processus d'expropriation et de déplacement doit être mené de façon
à la fois prudente et discrète. Que les propriétaires fonciers
s'imaginent qu'ils nous roulent et nous vendent leurs biens à des
prix exagérés ; nous, pour notre part, ne leur revendrons rien ».
Israël Zandwill, écrivain juif de Grande Bretagne et
porte-parole du mouvement sioniste écrit en 1905 : «Si nous
voulons donner un pays à un peuple sans pays, il serait absolument
fou de lui permettre d'être le pays de deux peuples. Cela ne peut
que créer des problèmes. Les juifs souffriraient, et nos voisins
aussi. De deux choses l'une : il faut trouver un autre lieu, soit
pour les juifs, soit pour leurs voisins ».
Et en 1920 : « Nous ne pouvons pas permettre aux Arabes de se
mettre en travers d'une entreprise de reconstruction historique
aussi précieuse... Aussi devons-nous les convaincre gentiment de
"prendre la piste". Après tout ils ont l'Arabie avec ses
millions de kilomètres carrés... ils n'ont aucune raison de
s'accrocher à ces quelques kilométres carrés. Plier leur tente et
disparaître en silence est leur habitude : qu'ils la mettent donc
maintenant en pratique ».
Moshe Beilinson, écrivain et proche collaborateur de Ben Gourion,
écrit de même en 1929 : « Il y a une différence fondamentale
et décisive entre la situation des Arabes en tant que nation et
celle des Juifs en tant que nation. Les Arabes, du point de vue
national, n'ont pas besoin de
la Palestine. Ils
sont liés à d'autres centres. Là, en Syrie, en Irak, dans la péninsule
arabique, gît la patrie des Arabes... Nous ne sommes pas
responsables du fait que tel individu est né à tel endroit, et non
pas quelques kilomètres plus loin.»
En 1937, Bonné, directeur d'un Institut au Fonds national juif,
lors d'une réunion du "Comité du transfert" peut
dire : « Les arguments pour ou contre le caractère obligatoire
du transfert doivent être énoncés en détail. Il est vital de ne
pas renoncer trop facilement à la proposition de
"coercition" qui a originellement été suggérée, non
par les juifs, mais par les Anglais ».
« Je suis convaincu, dit de son côté Shmuel Zukhovitsky,
spécialiste des questions agricoles, lors d'une réunion de l'exécutif
de l'Agence juive, qu'il sera tout à fait impossible d'accomplir
le transfert sans coercition. Je ne vois dans cette mesure rien
d'immoral. Je veux aider les juifs à rejoindre l'état juif et je
veux aider les Arabes à rejoindre l'État arabe ».
À la même réunion de 1938, Menahem Ussishkin : « Si vous
me demandez s'il est moral de déplacer 60 000 familles de leur lieu
de résidence et de les transférer ailleurs... je dirai que c'est
moral ... Je suis prêt à aller défendre la moralité de la chose
devant le Tout-Puissant et devant
la Société
des Nations... Il n'y a pas que le gouvernement britannique qui
puisse procéder au déplacement forcé et, à cet effet, deux
choses sont nécessaires : de la poigne anglaise et de l'argent juif
».
Tandis que pour David Remez, Président du Comité national, secrétaire
général de
la Histradout
: « Il y a des choses délicates dont il n'est pas facile de
parler. Néanmoins nous devons dire ces choses en dépit du risque
que cela comporte. Nous devons avoir la force de confisquer des
terres dans l'État juif pour le développement et la mise en oeuvre
du plan de colonisation qui est à la base de la structure tout entière
».
Quant au directeur du "Fonds national juif", Yosef
Weitz, il écrivait en 1940 : « Il n'y a pas de place pour deux
peuples dans ce pays. Si les Arabes le quittent, cela nous suffira
(....) sinon il n'existe pas d'autre moyen que de les déplacer tous
; il ne faut pas laisser un seul village, une seule tribu... Il faut
expliquer à Roosevelt, et à tous les chefs d'États amis, que la
terre d'Israël n'est pas trop petite si tous les Arabes s'en vont,
et si les frontières sont un peu repoussées vers le nord, le long
du Litani, et vers l'est, sur les hauteurs du Golan ».
Et en 1941 :« Pendant tout le voyage, mes réflexions
tournaient autour de ce plan auquel nous pensons depuis des années.
Le plan d'évacuation du pays à notre profit, je connais les
difficultés... mais c'est seulement du transfert des populations
que le salut viendra. Il n'y a pas de place pour nous avec nos
voisins... Le développement est un processus trop lent... Ils sont
sont trop nombreux et trop enracinés... La seule manière, c'est de
les éradiquer, d'arracher leurs racines ».
En 1947, Yosef Weitz écrit encore dans son Journal : « J'ai
dressé la liste des villages arabes qui doivent être nettoyés
afin d'homogénéiser les zones juives ».
Dans ses écrits, Baruch Kimmerling, professeur de l'Université
de Jérusalem, rapporte aussi, nous dit Joseph Algazy, les propos du
premier président de l'État d'Israël Haïm Weizmann selon lequel
le vrai « miracle » lors de la guerre de 1948 n'avait pas
été la victoire juive, mais le « nettoyage » du pays par
l'éviction des Arabes. « Tout le monde le savait, mais ce sujet
a toujours figuré parmi les "tabous" de l'historiographie
israélienne ». Et Kimmerling d'ajouter : « Historiens et
sociologues, tous ceux qui font ce que l'on exige d'eux - fournir au
"peuple" une histoire partielle, préfabriquée, déformée,
fondée sur des mythes, abusent de leur fonction de scientifiques
comme de leur fonction intellectuelle».
Dans le grand journal israélien Yediot Aharonoth du 14 juillet
1972 , Yoram Ben Porath rappelle avec force l'objectif à atteindre
: « C'est le devoir des dirigeants israéliens d'expliquer
clairement et courageusement à l'opinion un certain nombre de faits
que le temps fait oublier. Le premier de ceux-ci, c'est le fait
qu'il n'y a pas de sionisme, de colonisation, d'État juif, sans l'éviction
des Arabes et l'expropriation de leurs terres ».
Ben Gourion, qui fut sans sans doute le plus grand théoricien et
praticien des "transferts" massifs de populations arabes,
considérait d'ailleurs le "transfert" comme «
une idée humaniste et sioniste importante ». En effet, pour
lui, le transfert permettait de donner des terres nouvelles à la
fois aux juifs (venant en Palestine) et aux Arabes (transférés en
Jordanie, en Syrie, ou en Irak.. ). On peut noter, à ce propos, que
le « transfert » des Arabes figurait dans le programme du
Labour Party britannique en 1944.
Rehavam Zeevi (ministre dans le gouvernement Shamir en 1983) n'hésite
pas, quant à lui, à demander le "transfert" de tous les
Palestiniens de Samarie et de Judée vers d'autres terres arabes au
motif que Staline et les Polonais ont pratiqué ainsi en Poméranie,
en Silésie, en Prusse en 1945 sans que le monde réagisse.
Favoriser le départ des populations arabes de Palestine en
exploitant leur faiblesse ou organiser méthodiquement leur irréversible
"transfert", à l'occasion des diverses guerres qui ont
ensanglanté
la Palestine
, a manifestement été une préoccupation majeure et quotidienne de
nombreux sionistes depuis le début de leur entreprise, mais
surtout, bien entendu, depuis 1947 et la création de l'État d'Israël.
Si le « transfert » des Arabes n'est plus actuellement que dans le
programme politique de l'extrême droite israélienne, il n'en reste
pas moins que tous les gouvernements qui se sont succédé ont eu
comme objectif prioritaire cette purification ethnique absolument nécessaire
au but final à atteindre : "un État juif pour les (seuls)
juifs" et qu'en cette année 2000, 60% des juifs israéliens,
nous disent les sondages, sont partisans du "transfert" !
Comme le montrent les statistiques, la réussite de ce plan,
élaboré avec soin et mis en oeuvre avec une persévérance
diabolique, est incontestable et spectaculaire...: une population de
plusieurs millions de personnes a perdu sa place et ses biens au
profit exclusif d'une autre population choisie sur un critère
racial.
Néanmoins, quelques "grains de sable" enrayent la
machine infernale : désormais il y aura toujours des non-juifs en
Israël... tandis que l'utopie sioniste dévoile progressivement sa
malignité foncière à un nombre croissant de personnes et que s'évanouit
lentement le rêve de ses supporters.
16
- SIONISME ET ANTISIONISME CHEZ LES JUIFS
Deux périodes sont schématiquement à distinguer :
- 1900-1947 : avant la création de l'État d'Israël,
- 1947-2000 : depuis cette création.
1) - avant 1947 et la création
de l'État d'Israël, les partisans du sionisme sont très
minoritaires
À cette époque, les juifs pour une proportion fort importante
d'entre eux sont parfaitement assimilés dans les nombreux pays où
ils vivent, pays d'Europe notamment tels
la France
, l'Allemagne,
la Grande Bretagne...
Ces juifs sont d'abord Français, Allemands, Anglais avant d'être
juifs : leur patrie est celle qui les a vu naître, grandir,
accomplir leur service militaire, exercer leur profession, faire la
guerre comme soldats ou officiers. La culture, l'histoire de ces
pays est leur culture et leur histoire. Ce sont des Français juifs,
des Allemands juifs, des Anglais juifs comme il y a des Français
catholiques, des Allemands protestants, des Anglais agnostiques. En
dehors de l'agriculture il y des juifs dans toutes les professions,
y compris dans l'armée.
C'est dire, à ce propos, qu'il était absolument inconcevable
pour les juifs allemands particulièrement bien assimilés de penser
que les nazis étaient susceptibles de les exterminer. Beaucoup payèrent
de leur vie leur attachement à la patrie allemande.
Marcel Bloch, historien torturé et fusillé par
la Gestapo
en 1944 pouvait crier son amour de
la France
et écrire dans « L'étrange défaite » : «
La France
, dont certains conspirent à m'expulser aujourd'hui et peut-être
(qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie
dont je ne saurais déraciner mon coeur. J'y suis né, j'ai bu aux
sources de sa culture, j'ai fait mien son passé, je ne respire bien
que sous son ciel, et je me suis efforcé à mon tour de la défendre
de mon mieux ».
Chez un grand nombre de Juifs éloignés de leur religion, la
notion raciale issue de la loi rabbinique, suivant laquelle les
femmes transmettent à leur descendance le caractère de juif, s'est
elle-même estompée dans les esprits au point d'être totalement négligée.
S'appuyant sur la dimension universaliste et spirituelle du Judaïsme
présente dans
la Bible
et dans divers autres textes, l'opposition juive au sionisme - née
d'abord chez les croyants - s'est manifestée dès l'apparition de
l'entreprise sioniste et n'a jamais cessé jusqu'à la guerre de
1939-1945. La plupart de ces juifs refusèrent l'émigration en
Palestine. De multiples données historiques, de multiples textes émanant
de religieux, de laïcs ou d'historiens juifs en font foi. Citons
par exemple :
- la motion votée, sur la proposition du rabbin Isaac Meyer
Wise, lors de
la Conférence
des Rabbins américains à Montréal en 1897 : « Nous désapprouvons
totalement toute initiative visant à la création d'un État juif.
Des tentatives de ce genre mettent en évidence une conception erronée
de la mission d'Israël que les prophètes juifs furent les premiers
à proclamer... Nous affirmons que l'objectif du judaïsme, n'est ni
politique, ni national, mais spirituel... Il vise une époque
messianique où tous les hommes reconnaîtront appartenir à une
seule grande communauté pour l'établissement du Royaume de Dieu
sur la terre ».
- les propos du Baron de Rotschild à qui Théodor Herzl était
venu demander son soutien : « Un état juif serait un ghetto et
subirait les mêmes préjugés. L'état des Juifs, lui, serait
mesquin, petit, intolérant, non libéral et orthodoxe. Il
excluerait les non-Juifs et les chrétiens ».
- l'opposition violente à l'entreprise sioniste naissante du
Bund. Cet organisme créé à la fin du XIXème siècle et
rassemblant des ouvriers juifs socialistes de Russie, de Pologne et
de Lituanie prône une assimilation d'ordre universaliste.
- la déclaration d'Albert Einstein en 1938 : « La conscience
que j'ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l'idée
d'un État juif doté de frontières, d'une armée, et d'un projet
de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. Je crains les dommages
internes que le judaïsme subira en raison du développement dans
nos rangs, d'un nationalisme étroit... Devenir une nation, dans le
sens politique du mot, équivaudrait à se détourner de la
spiritualisation de notre communauté que nous devons au génie de
nos prophètes ».
Stefan Zweig fustige, lui aussi, le sionisme promu par Theodor
Herzl. Pour lui la grandeur du peuple juif réside dans le fait
qu'il n'a ni territoire, ni armée et qu'il n'existe que par sa référence
à
la Bible.
« Je tiens , écrit-il,les idées nationales pour
dangereuses comme toutes les limitations et je vois dans le projet
de réalisation du judaïsme un recul et un renoncement à sa
mission la plus haute ».
- Judah Magnes, président à l'Universite hébraïque de Jérusalem,
lors de son allocution d'ouverture à la rentrée de 1946 prend lui
aussi résolument parti contre l'idéologie sioniste de plus en plus
pressante : « Nous ne pouvons pactiser avec une société où le
nationalisme est devenu un credo imposé... A la lumière de notre
conception universaliste de l'histoire du destin juif, et aussi
parce que nous sommes préoccupés par la situation et la sécurité
des juifs dans les autres parties du monde, nous ne pouvons
souscrire à l'orientation politique qui domine le programme
sioniste actuel, et nous ne la soutenons pas. Nous pensons que le
nationalisme juif tend à créer la confusion chez nos compagnons
sur leur place et leur fonction dans la société, et détourne leur
attention de leur rôle historique : vivre en communauté religieuse
partout où ils sont. »
Parallèlement, de nombreuses organisations juives, notamment
d'Allemagne (l'Association des rabbins), de France (l'Alliance israélite
universelle), d'Autriche (l'Israelitische Allianz), l'Association de
la communauté juive de Londres montrent la même opposition déterminée
au sionisme, une opposition formelle toujours basée sur la vocation
essentiellement spirituelle de
la Bible
et du judaïsme.
Par ailleurs, les juifs religieux et les rabbins avaient des
raisons supplémentaires de s'opposer à l'entreprise sioniste :
d'une part ils constataient que la grande majorité des sionistes étaient
des incroyants ne respectant pas le shabbat, d'autre part ils
refusaient qu'une terre soit gagnée par la violence préconisée
par les sionistes. Beaucoup s'opposèrent de toutes leurs forces à
l'entreprise sioniste sur le point de triompher en 1947 : « Les
sionistes impies veulent substituer le nationalisme à
la Torah
» dit l'un, tandis qu'un autre, Yoël Teitelbaum, écrit :
« En tentant de précipiter
la Rédemption
d'Israël, Israël a commis la pire des transgressions envers
la Torah. Les
nazis ne sont qu'un instrument de la colère divine, le sionisme qui
l'a provoquée est le véritable responsable d'Auschwitz. Son succès
n'est qu'un piège de Satan ».
Le parti communiste, fondé en 1922, pourfend lui aussi la
sionisme au nom de la libération de tous les Palestiniens, juifs et
Arabes.
Considérer la communauté juive comme une entité culturelle et
spirituelle en refusant tous les éléments nationaux telle fut la
pensée largement dominante chez les juifs, religieux ou non, jusqu'à
la création de l'État d'Israël.
2) - Avec la création de l'État
d'Israël, un revirement spectaculaire a lieu dans les communautés
juives : l'idéologie sioniste triomphe tandis que s'effondre
l'opposition antisioniste.
C'est à un changement radical, chez les non-croyants comme chez
les croyants, que l'on assiste après la guerre de 1939-45. Avec la
vision des camps de la mort et le judéocide hitlérien organisé,
les masses juives de par le monde appuient cette création qui a
aussi la sympathie de l'opinion mondiale. De plus, la guerre judéo-arabe
de 1947-48 avec la peur d'un anéantissement de la communauté juive
de Palestine, suivie de la victoire triomphale de son armée,
accentue cette adhésion et entraîne un véritable enthousiasme
mobilisateur d'énergies. C'est le temps des Kibboutzim et des
pionniers jeunes et ardents. Une nouvelle nation est née qui
devient pour beaucoup de juifs la vraie patrie de coeur et d'esprit
comme le fut l'URSS, pendant longtemps, pour nombre de communistes
occidentaux sincères. Fait caractéristique : il n'y a plus
d'officiers juifs dans l'armée française et les jeunes juifs français
- à la faveur d'une disposition légale instituée par un
gouvernement français favorable au nouvel État - font volontiers
leur service militaire en Israël.
Bref, un revirement brutal et spectaculaire s'opère :
l'opposition antisioniste s'effondre chez les juifs et ce sont désormais
les religieux dans leur ensemble qui, après avoir été à la période
précédente (tout au moins par leurs prédécesseurs) les plus
opposés à l'entreprise sioniste, deviennent les partisans les plus
résolus de cette entreprise visant à la colonisation juive de
toute l'ancienne Palestine. Les religieux israéliens sont partout
en tête du combat sioniste en faisant appel à tous les textes
nationalistes, voire xénophobes de leur religion. Ce sont eux qui
manifestent le plus d'agressivité envers les Arabes dont le nombre
croissant est susceptible, un jour, de menacer la spécificité
d'Israël si des "transferts" massifs ne sont pas effectués.
Ne parlons pas de leur hostilité inexprimée mais ancestrale envers
les chrétiens qui se sont servis d'un juif, Jésus, pour imaginer
avec
la Trinité
divine, suprême horreur à leurs yeux, une nouvelle forme de polythéisme.
Ainsi, depuis la création de l'État d'Israël, alors
qu'agnostiques et religieux se détestent, une étrange collision,
entre eux - les premiers cultivant leurs intérêts électoraux, les
autres cultivant leurs intérêts financiers - aura permis au
sionisme de se développer de façon extraordinaire.
La surenchère des dirigeants
sionistes occidentaux et notamment des rabbins
Depuis le début du sionisme, mais plus particulièrement depuis
la création d'Israël, les Juifs du monde entier, ceux de France
notamment, sont constamment sollicités par de nombreux rabbins et
dirigeants d'organisations juives, d'aller vivre en Israël pour
contribuer à peupler le pays ou, à défaut, en guise de
compensation partielle, d'aider l'État d'Israël en lui apportant
une contribution quelconque dans tous les domaines possibles :
politique, défense, diplomatie, finances, technologie, information,
espionnage...
Theodor Herzl avait d'ailleurs bien précisé sa pensée dès le
début de son entreprise : « Un homme doit choisir entre Sion et
la France... Les
Français israélites - s'il en est - ne sont pas des juifs à nos
yeux et notre cause n'a rien à voir avec leurs affaires ».
Par la suite, au 23ème Congrès de l'organisation sioniste
mondiale, Ben Gourion ne manquait pas de rappeler les devoirs de
tous les juifs sionistes : « l'obligation collective de toutes
les organisations sionistes des diverses nations d'aider l'État
juif en toute circonstance doit être inconditionnelle, même si une
telle attitude entre en contradiction avec les autorités de leurs
nations respectives ».
De telles sentences continuent manifestement à résonner dans
les esprits, contribuant à ce qu'un nombre notable de juifs
occidentaux soient des inconditionnels de l'État d'Israël. Mais,
en perdant leur liberté de jugement, ils vont montrer volontiers
une indulgence coupable vis-à-vis des actions les plus contestables
des dirigeants, de l'armée ou des colons israéliens et s'engager
dans des directions tout à fait regrettables.
Comment expliquer que ni les dirigeants des organisations juives
ni les dignitaires religieux n'aient élevé la voix devant les
prises d'otages ou la torture légalisée en Israël ? Comment
expliquer les graves insuffisances de l'information dont le monde
occidental est toujours victime ? Comment expliquer que les grands
rabbins des pays visités par le pape - tous menant la charge comme
un seul homme - l'aient sollicité systématiquement, pour la
reconnaissance de l'État d'Israël jusqu'à ce que cette
reconnaissance soit acquise en 1995 ? Comment apprécier la
franchise d'Elie Wiesel, Prix Nobel de
la Paix
, lorsqu'il dit: « Je ne critique jamais lsraël hors d'Israël,
c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y vivre » ou
lorsqu'il déclare au moment de la guerre du Liban : « Comme
juif je suis totalement solidaire de ce qui se passe en Israël et
ce que fait Israël le fait en mon nom aussi ». Comment apprécier
le fait que le Consistoire de Paris, alors que l'Intifada a fait, au
mois d'octobre 2000, plus de deux cents morts et des milliers de
blessés, « tient à réaffirmer sa solidarité avec Israël »
?
Tout en étant tributaires de l'idéologie sioniste omniprésente,
nombre de juifs occidentaux sont néanmoins victimes d'un malaise
manifeste, écartelés qu'ils sont par cette « double loyauté »
qui s'impose à eux, comme l'évoquait le philosophe israélien Y.
Leibovitz à l'occasion de la guerre de 1967. À ce moment, les
officiels israéliens et le mouvement sioniste avaient demandé aux
Juifs de France de s'opposer à la politique du gouvernement français
et, plus précisément, au Général de Gaulle qui avait qualifié
cette guerre de guerre d'agression et refusait tout envoi d'armes à
Israël.
C'est dire aussi qu'il n'est pas surprenant que les juifs
totalement libres de leur jugement et de leur action en même temps
que de la notion raciale et des données religieuses portées par le
judaïsme ne soient qu'une minorité discrète.
L'opposition anti-sioniste
actuelle chez les juifs
Si les juifs en dehors d'Israël sont en majorité sionistes,
tout au moins ceux qui s'expriment d'une manière ou d'une autre, il
reste que les anti-sionistes, réduits au silence par les médias ou
choisissant de se taire par peur de s'attirer les foudres de leur
communauté, ne sont pas quantité négligeable même en Israël et
que leur nombre croît notablement avec le temps. Y. Leibovitz (dans
ses entretiens avec J. Algazy) affirme ainsi qu'il y a cent mille
juifs israéliens qui ne reconnaissent pas l'État d'Israël.
Certains appartiennent au parti communiste créé en 1992 (seul
parti rassemblant des Arabes et des juifs), d'autres sont des juifs
de stricte observance qui dénoncent le sionisme comme une
entreprise humaine impie. Parmi ces derniers on peut citer notamment
le groupe Netouri Karta dont les membres, au nombre de plusieurs
dizaines de milliers, vivent au coeur du quartier religieux de Jérusalem
et ne cessent de dénoncer le sionisme comme un faute grave contre
la foi juive. Et on peut même signaler que l'un d'entre eux, le
rabbin Moshe Hirsch, est devenu un des conseillers de Yasser Arafat
et membre de la délégation palestinienne lors de plusieurs négociations
avec les Israéliens :«Les sionistes ont transformé le concept
de nation juive en le réduisant à un nationalisme fondé sur la
langue et sur la terre... proclame-t-il. Nous, nous savons
que le peuple juif est défini par sa foi et par son observance de
la Torah
» ! Pour ce rabbin, comme pour la plupart de ses prédécesseurs
d'avant 1947 :« Le sionisme est diamétralement opposé au judaïsme.
Le sionisme veut définir le peuple juif comme une entité
nationale... C'est une hérésie ».
En cette année 2000, le débat entre sionistes et anti-sionistes
est particulièrement intense en Israël. « Jamais le remise en
cause de nos mythes fondateurs n'avait été aussi répandue »
écrit Zev Sternhell. Beaucoup de juifs, manifestement malheureux
devant les violences suscitées, voire honteux devant le
comportement inadmissible de leur État vis-à-vis des Arabes, et
sentant que tourne le vent de l'Histoire, tentent de dessiner
l'avenir. Certains proposent que l'« État juif » devienne l'« État
des juifs et de ses autres citoyens ». D'autres enfin, bien plus
audacieux encore, souhaitent qu'Israël devienne simplement comme
les autres États modernes, l'« État de ses citoyens », c'est-à-dire
qu'il soit totalement neutre vis-à-vis des identités ethniques,
confessionnelles et culturelles, bref, qu'Israël ne soit plus Israël...
!
Dans la même perspective, certains auteurs, en France notamment,
élaborent un « Israël post-sioniste ». Ils ont tort : d'une
part, Israël qui s'est défini explicitement comme « un État juif
en terre d'Israël » est fondamentalement lié au sionisme ;
d'autre part, après le sionisme (si cette idéologie est neutralisée
par la force des Nations Unies), Israël ne sera plus Israël, mais
un État qui aura un autre nom, une autre constitution, un autre
drapeau...
Bien entendu, les sionistes crient au scandale devant de telles
idées sacrilèges... La violence de leurs propos n'a d'égale que
la haine qu'ils manifestent à l'encontre de leurs adversaires.
17
- SIONISME et ANTISÉMITISME
À propos d'une définition
Les dictionnaires nous apprennent que les Sémites représentent
un ensemble de peuples issus d'un même groupe ethnique et que les
principaux de ces peuples sont les Juifs et les Arabes. Pourtant, à
la définition de l'antisémitisme relevant de la simple étymologie
qui voudrait que « l'antisémitisme soit le racisme dirigé contre
les Sémites », ces mêmes dictionnaires en donnent une autre à
savoir que " l'antisémitisme est le racisme dirigé contre les
Juifs".
Dans cette acception concernant les seuls juifs, on peut noter
que le terme n'a été forgé qu'à la fin du XIXe siècle par
l'Allemand Wilhelm Marr lequel, dans son ouvrage "La victoire
du judaïsme sur l'Allemagne" (ouvrage devenu le "premier
best-seller antisémite") démontrait que son hostilité à l'égard
des juifs obéissait non pas à des motifs religieux mais au rôle
social et économique prépondérant des juifs vus comme
d'"origine étrangère".
Comment expliquer la survivance de cette définition
restrictive et a priori surprenante ?
La raison essentielle me paraît être la caractère très récent
du racisme anti-arabe alors que le racisme anti-juif - disons
l'antisémitisme banal des dictionnaites - est à la fois fort
ancien et qu'il a été souvent spectaculaire par sa violence.
Depuis le grammairien grec Apion et l'historien romain Tacite qui
accusèrent les Juifs des pires abominations, depuis les Empereurs
romains (Vespasien, Trajan, Hadrien) qui menèrent des guerres
antijuives particulièrement sanglantes jusqu'aux théoriciens nazis
et à
la Shoah
en passant par Holbach, Voltaire et Karl Marx..., les formulations
théoriques anti-juives ou les manifestations sur le terrain,
brutales voire sanglantes, n'ont jamais cessé au cours des deux
derniers millénaires.
À côté de cet antisémitisme laïc très virulent, que dire de
l'antisémitisme chrétien, et plus particulièrement de l'antisémitisme
catholique, bien analysé depuis un demi-siècle ?
Quant au racisme anti-arabe, peut-être est-il apparu chez les
chrétiens dans leur reconquête de la "Terre Sainte" -
bien qu'il ait procédé avant tout d'un sentiment antimusulman : :
les chrétiens allaient combattre les Infidèles - mais c'est
manifestement le développement de l'idéologie sioniste qui, depuis
un siècle et plus particulièrement depuis la création de l'État
d'Israël, l'a engendré et ce avec une ampleur inégalée.
Et l'Occident, n'est pas sans avoir subi une certaine contagion
de ce racisme antiarabe engendré par le sionisme. En
1947, l
'attribution par l'ONU aux sionistes des terres possédées par les
Arabes tenus pour "quantité négligeable" est un exemple
de cette "culture du mépris" (selon l'expression de Jules
Isaac appliquée aux chrétiens vis-à-vis des juifs) culture à
laquelle succède volontiers le racisme lorsque, comme c'est le cas,
une ethnie est en cause.
À l'époque actuelle, à partir des réalisations des Israéliens
depuis 50 ans, réalisations qui ne manquent pas certes d'être
remarquables dans bien des domaines, un certain discours ne
justifie-t-il pas à retardement l'attribution autoritaire des
terres aux sionistes « puisque les Arabes sont incapables de
faire fructifier leur pays » et qu'ils « peuvent aller dans
les pays musulmans de voisinage » ?
L'antisémitisme lié au
sionisme
Fait remarquable, le racisme anti-arabe caractérisé de nombre
de juifs israéliens n'a guère engendré de racisme anti-juif.
Alors que l'antisémitisme ordinaire a toujours sévi et sévit
toujours à l'époque moderne, notamment dans sa manifestation dite
"négationnisme", dans les populations de tradition chrétienne,
croyantes ou non-croyantes, politiquement "de gauche" ou
"de droite" et d'autant plus qu'elles sont
"croyantes" ou "extrêmistes", il est resté
marginal ou inexistant chez les Arabes. Bien des autorités arabes
(Mohammed V au Maroc, Bourguiba en Tunisie...) ont toujours défendu
leurs ressortissants juifs et c'est dans le monde arabe que les
juifs chassés d'Espagne se sont refugiés tout au long de
l'Histoire.
Certes, certains milieux islamistes peuvent parfois faire
ressurgir quelques différends survenus jadis entre le prophète
Mahomet et les tribus juives de l'Arabie, mais il n'y a jamais eu de
contentieux doctrinal entre le judaïsme et l'Islam alors que
l'antagonisme entre les religions juive et chrétienne, qui s'est
manifesté de façon dramatique à de mutiples reprises, est
fondamental et à jamais irréductible. On sait que les juifs mépriseront
toujours les chrétiens pour avoir fait d'un juif un dieu et que les
chrétiens, de leur côté, déploreront toujours avec une certaine
condescendance que les juifs se soient, par leur rejet du Christ,
amputés de
la Rédemption
chrétienne.
C'est ainsi que l'opposition des Arabes est dirigée
essentiellement en Palestine/Palestine, non pas contre les juifs
avec leur tradition ou leur culture d'origine religieuse, mais
contre les sionistes dont l'idéologie les opprime depuis plus d'un
siècle. L'antisémitisme chez les Arabes a essentiellement vu le
jour il y a quelques années lorsque, en Europe, ont circulé les thèses
niant le génocide juif, thèses adoptées alors par quelques
intellectuels
Il reste malgré tout que les violences et les injustices inouïes
engendrées par le sionisme pendant tant d'années à l'encontre
d'un peuple totalement innocent des malheurs juifs - et ce avec le
soutien aveugle de nombre de juifs occidentaux - auront finalement
abouti, par un phénomène de généralisation abusif mais banal, à
faire pénétrer durablement l'antisémitisme au sein de populations
qui précédemment en étaient pratiquement indemnes !
Si le sionisme a manifestement fait naître l'antisémitisme chez
les Arabes, il est évident que le phénomène peut, en Occident où
il est endémique, revêtir une tout autre ampleur. Les attaques de
synagogues ou la destruction des symboles juifs à la suite de la
sanglante répression contre les Palestiniens lors de l'Intifada
2000, sont des exemples caractéristiques où un amalgame se créé
à l'occasion de l'opposition justifiée aux sionistes d'Israël.
Mais, par delà ce type d'antisémitisme "primaire"
suscité par les exactions sionistes il y a des attitudes
collectives bien plus efficaces pour perpétuer l'antisémitisme.
Comment le statut hors-normes d'Israël, à la fois revendiqué par
les sionistes et accordé par le monde non-juif pour des motifs
divers : ignorance de l'idéologie sioniste, intimidation face au
lobby, intérêt quelconque..., avec l'indulgence coupable qui en découle,
pourrait-il ne pas être un de ces facteurs en faisant des juifs,
non pas des hommes "différents", tous les hommes le sont,
mais fondamentalement "autres". Comment l'exploitation
caractérisée par les sionistes de
la Shoah
- exploitation dénoncée par tant de juifs lucides, telle Esther
Benbessa dans un article de Libération (11/09/00) : « La shoah
comme religion » - pourrait-il ne pas être un autre de ces
facteurs ?
18
- OU EN EST ISRAËL ?
Par sa capacité intellectuelle, gage d'une recherche de pointe
dans de nombreux domaines, par ses réalisations industrielles, son
commerce, son agriculture, son armée... Israël est devenu en
cinquante ans une super-puissance régionale et a surpassé nombre
de nations, telles l'Espagne ou
la Nouvelle-Zélande
.
Pourtant, malgré cette force, Israël est de plus en plus
fragile...
Une société minée par le
doute et la mauvaise conscience
Certes, ce doute et cette mauvaise conscience ne concernent pas
les juifs religieux, ni les juifs inconditionnels que l'on trouve
dans de nombreux pays occidentaux, mais un nombre notable d'Israéliens
instruits lesquels ont commencé, grâce au travail de leurs
historiens modernes, à ouvrir les yeux sur les mensonges perpétués
par les sionistes depuis 50 ans, à s'interroger sur la légitimité
d'Israël, voire à la contester ouvertement comme le font certains
intellectuels.
« L'ouverture des archives de 1948, nous rapporte
notamment Dominique Vidal, ont permis de faire voler en éclats
trois mythes essentiels : celui du petit David contre Goliath, celui
du refus arabe de la paix, et surtout, celui d'une non-expulsion des
Palestiniens de leur terre. »
En fait, tous les domaines sont intéressés par le malaise qui
ronge la société Israélienne.
La nature même de l'État d'Israël, cet État théoriquement «
juif et démocratique » est d'abord un sujet permanent
d'affrontements entre démocrates et nationalistes... Comment
pourrait-il en être autrement puisque Israël n'a pas réalisé, et
ne pourra jamais réaliser la « ghettoïsation » de son
territoire, cette ghettoïsation qui est le fondement monstrueux de
l'idéologie sioniste et dont rêve toujours une partie de la
population juive dans l'attente ancestrale de quelque événement
messianique ?
L'exemple de l'armée israélienne, pourtant forte de sa
puissance de feu considérable, de ses succès spectaculaires, de
son service d'espionnage le plus sophistiqué au monde, est aussi un
exemple particulièrement caractéristique du malaise israélien. À
son propos Martin Van Creveld (professeur d'histoire à l'université
hébraïque de Jérusalem) parle « du poison moral qui consume
mortellement Tsahal appelée à tirer sur des femmes et des enfants
», tandis qu'il demande instamment à ses enfants de ne pas
faire leur service militaire en Palestine occupée : « Vous y
perdriez votre âme. Si vous tuez, vous serez des criminels. Si vous
êtes tués vous serez des crétins. Je vous préfère morts plutôt
que rongés par ce dilemme insoluble et pervers ».
Après avoir vécu hors normes pendant plus de cinquante ans et
reçu - par référence à
la Shoah
habilement "exploitée" et à des intérêts financiers
considérables - la protection et l'aide de nombre de nations
occidentales, Israël, ce membre de l'ONU qui en défie de façon
permanente les représentants de moins en moins dupes, est acculé
à brève échéance à un choix "impossible"... Comme l'écrit
l'historien politique Zeev Sternhell :« Pour la première fois
de son histoire, Israël doit décider de sa forme de nationalisme :
devenir une communauté de citoyens ou conserver la vision organique
d'une tribu soudée par des liens qui s'apparentent quasiment à des
liens du sang ». Pour cet écrivain et pour bien d'autres, il
est évident qu' « Israël ne sera jamais un État juif » puisqu'il
doit « aussi » intégrer des populations arabes.
Car concilier dans une constitution les deux caractères de
"juif" et de "démocratique" sera toujours la
quadrature du cercle.
Et puis, n'y a-t-il pas parmi les juifs croyants et non-croyants
d'Israël et d'ailleurs, tous ceux, profondément malheureux, pour
qui le peuple palestinien est une victime obsédante de l'entreprise
sioniste ?
Un fossé de plus en plus
profond entre les communautés juives.
En Israël s'opposent deux options, deux cultures
fondamentalement opposées : d'un côté, les lois laïques, de
l'autre
la Halakha
, cette loi religieuse qui s'impose à chaque croyant dans sa vie
quotidienne.
Du fait qu'il n'y a pas de démocratie sans laïcité et que le
fondement de l'État d'Israël est religieux - la séparation de l'Église
et de l'État est exclue par les religieux comme par
la Constitution
- l'unité nationale ne peut, bien entendu, être qu'un leurre.
Donnée de plus en plus insupportable parmi bien d'autres à
beaucoup d'Israéliens : ce sont les rabbins (les hommes en noir)
qui décident de l'octroi de la nationalité, du mariage, du
divorce, des enterrements, des conversions, du contenu de
l'enseignement... qui surveillent strictement le shabbat, qui
veillent à l'observance de la kashrout (lois religieuses
alimentaires) dans l'armée, les institutions d'État ou les
avions... Alors que 22 000 couples se marient religieusement, 20 000
vont ainsi se marier dans un consulat à l'étranger ou vivre en
concubinage. Il est dit en effet dans
la Loi
que : « Tout ce qui concerne le mariage ou le divorce des Juifs
en Israël, nationaux ou résidents, est exclusivement de la compétence
des tribunaux rabbiniques et que : « Les mariages et divorces des
Juifs s'effectuent, en Israël, en vertu de la loi établie par
la Thora
»
Bien entendu, tout mariage d'un juif avec une non-juive ou
vice-versa est impossible...
Ainsi se développent et s'amplifient avec le temps les haines
intercommunautaires et les violences entre les religieux et les laïcs,
les faucons et les colombes, les ultranationalistes et les
internationalistes, les fondamentalistes et les libéraux, les
fascistes et les socialistes, les séfarades et les ashkénases...
Les affrontements ne sont pas que verbaux : en 1989-1990 les
incendies de voitures et d'appartements appartenant à des représentants
de la gauche israélienne, les menaces de mort adressées aux députés
ou aux dirigeants du "Mouvement de la paix maintenant" ont
véritablement inauguré une « guerre des cultures ». Celle-ci est
telle que le Premier Ministre Yitzhak Rabin en est mort - après que
les malédictions religieuses aient été appelées sur lui - tué
par un de ses compatriotes, Yigal, considéré par toute une
communauté comme « messager de Dieu ». « Rabin sera chassé par
le feu et dans le sang » hurlait la foule quelque temps avant son
assassinat. « Si
la Cour
suprême continue à se mêler de nos affaires il y aura une guerre
ici », proclame en 1999 le ministre de l'intérieur Eliahou Suissa.
Effectivement, compte tenu de la haine développée à un degré
inouï par une partie notable de la droite israélienne à
l'encontre ceux qui sont prêts à céder quelques pouces de terrain
aux Arabes, une guerre civile n'est pas exclue malgré le tabou
puissant pesant sur le meurtre d'un juif. À propos de l'implosion
hautement probable de la mosaïque israélienne faite de tant
d'antagonismes et de contradictions, certains n'hésitent pas à
rappeler la destruction du royaume juif en 70 de notre ère. Lors du
siège de Jérusalem par Titus, les juifs divisés en trois camps
passèrent plus de temps à se massacrer qu'à affronter les soldats
de l'empereur romain. La dispersion générale s'ensuivit avec ses
deux mille ans d'exil.
Les menaces de mort notamment, pesant sur nombre de personnes et
émanant notamment des haredim (ces "craignants Dieu" qui,
selon les statistiques, font peur à 70% des Israéliens) sont
telles que les 14 juges de
la Cour
suprême, par exemple, bénéficient d'une protection policière
permanente.
Il n'y a guère que l'antagonisme envers les Arabes qui puisse réunir
quelque peu les sionistes israéliens, encore que les nuances soient
grandes entre les partisans d'un certain respect et ceux qui,
voulant expulser les Arabes jusqu'au dernier, défilent en masse en
hurlant « Mort aux Arabes ! » , n'hésitent pas à
promouvoir la violence, voire le meurtre et à approuver
ostensiblement les assassins.
Quant à l'écart entre les populations juives et non-juives
de l'ex-Palestine il est bien entendu considérable
Certes, les Arabes israéliens ont un niveau de vie supérieur en
Israël à celui des Arabes des pays du voisinage mais ils sont néanmoins
les derniers dans l'échelle sociale israélienne. Plus grave que le
niveau de vie matérielle, est leur situation "normale" de
citoyens de seconde classe et d'apatrides voués, de par la
constitution même, à être des étrangers perpétuels dans un État
qui leur est octroyé par une certaine condescendance, qui les
exclut de multiples fonctions, qui les discrimine perpétuellement,
qui les considère comme des suspects sinon des "ennemis de
l'intérieur" et qui, pire que tout, les humilie chaque jour
sur la terre de leurs ancêtres. Alors qu'ils ont perdu de multiples
lieux de mémoire effacés à jamais par les bulldozers, ils ont
chaque jour devant les yeux, émaillant tout le pays, les lieux que
les Israéliens ont élevé par centaines pour célébrer leurs
victoires sur les Arabes, stèles, plaques, monuments... honorant,
nous dit Greilsammer, les défenseurs, les héros, les sites
conquis, les forces combattantes, les soldats inconnus, les pilotes,
les unités de volontaires...
Quant aux Arabes des territoires occupés, un journaliste a parlé
à leur propos « d'un océan de pauvreté face à un havre de
richesses ». Algazy rapporte, par exemple, que dans la bande de
Gaza, 5 000 colons juifs vivent dans de luxueuses villas tandis que
700 000 Palestiniens ne possèdent le plus souvent que des taudis,
travaillent comme manoeuvres chez les colons juifs ou partent vendre
leur force de travail en Israël. Écrasés dans leur culture (il
n'y a aucune maison d'édition et très peu de librairies car les
frais de douane rendent tout achat impossible), "bouclés"
dans leurs villages, entourés de colonies juives hostiles, repoussés
sans cesse plus loin comme le furent jadis les Indiens d'Amérique,
surveillés à l'intérieur de leurs propres communautés par un
service d'espionnage sophistiqué, massacrés par les militaires au
moindre sursaut de colère, ils sont réduits, dans une rage intérieure,
au silence et à l'impuissance.
Et si l'État palestinien voit le jour à côté de l'État juif,
peut-on imaginer - sans une situation pérenne d'affrontement - deux
États voisins aussi disparates quant à leur culture, à leur
puissance et à leur richesse ? Même si la réalisation ne peut être
que lointaine comment ne pas voir que sur cette terre de Palestine,
seul, un État unique, laïc et démocratique est suceptible de
faire vivre en paix les diverses communautés : juifs, musulmans,
chrétiens... ?
19
- QUELLE "GUERRE" DE LIBÉRATION ?
LA DÉ-SIONISATION
condition nécessaire de la paix en Palestine
En posant un regard d'ensemble sur l'Histoire de
la Palestine
depuis un siècle, on peut manifestement considérer que les
malheurs de cette région découlent essentiellement du développement
et de la mise en application sur le terrain de l'idéologie
sioniste. C'est dire que l'extinction de cette idéologie, ou de façon
plus réaliste sa neutralisation - aboutissant à la destruction des
structures politico-sociales d'Israël - est la condition nécessaire
à la paix.
Mais il faut bien voir tout d'abord que la dé-sionisation
suppose rien de moins que l'évanouissement d'un des mythes
fondateurs du judaïsme, le mythe de la "Terre promise".
C'est ce mythe - véritable matrice de la pensée sioniste - qui
sous-tend à lui seul toute l'idéologie et qui a engendré l'autre
composante fondamentale et non moins pesante du sionisme : l'élément
racial. Or, les mythes défient le temps, les siècles, voire les
millénaires ! Ils n'ont pas qu'une dimension religieuse, qui peut
être plus ou moins éphémère, mais une dimension culturelle qui
imprègne profondément les peuples à leur insu et de façon pérenne.
Le sionisme est un exemple particulièrement caractéristique de
cette donnée : le plus grand nombre de ses fondateurs et de ses
supporters n'est-il pas composé d'athées théoriquement indifférents
à la dimension religieuse ?
Dire qu'"un mythe ne meurt pas", c'est dire aussi que
les idéologies qu'il suscite ne peuvent pas s'éteindre spontanément.
Seuls les conflits qui en résultent sont susceptibles d'en réduire
les effets si les éléments antagonistes sont capables de s'imposer
par une force supérieure qui peut être de nature fort diverse.
Cette force antisioniste peut-elle être d'essence démocratique
?
Théoriquement, ce n'est pas exclu puisqu'Israël se dit un État
démocratique dont les citoyens non-juifs ont en principe "les
mêmes droits sociaux et civiques" que les juifs. Actuellement,
en Israël, les citoyens arabes sont au nombre de 970 000 ce qui
représente 17% de la population ; dans 25 ans leur nombre représentera
entre 21 et 26% de la population israélienne. À terme plus
lointain les non-juifs peuvent donc théoriquement représenter le
groupe majoritaire et vaincre pacifiquement l'idéologie sioniste.
À plus forte raison en serait-il ainsi si les réfugiés
palestiniens, qui attendent dans leurs camps depuis des dizaines
d'années, revenaient en Israël conformément au droit
international, ce droit dont le rappel exaspère les Israéliens..
Mais il faut bien savoir aussi - et ceci témoigne de la
perversité foncière et spécifique de l'inspiration sioniste :
1- que les droits sociaux et civiques des non-juifs par rapport à
ceux des juifs sont à la fois "les mêmes", comme il est
dit plus haut, et "partiels" comme le veulent lois et réglements
de l'État !
2 - que les partis qui ne reconnaissent pas le caractère juif de l'État
ne peuvent pas participer aux élections.
Même si l'évolution démographique permet théoriquement aux
citoyens non-juifs de former un jour le groupe dominant, il est donc
totalement exclu qu'Israël puisse respecter cette évolution qui
signifie sa mort en tant qu'État sioniste et puisse devenir spontanément
un État démocratique, suivant le sens donné généralement à ce
qualificatif dans la mentalité occidentale. La "démocratie
israélienne" où il y a "les juifs" et les "non-juifs"
séparés par la frontière de race qu'impose le sionisme, « frontière
de feu » (selon le rabbin A. Cohen), est une démocratie spéciale.
Elle n'est pas sans rappeler, en effet, les anciennes "démocraties
populaires" où il y avait "les membres d'un parti"
et "les autres".
Cette force capable de contrer les forces oppressives du
sionisme ne peut être représentée que par l'ensemble des nations
Le nazisme a été vaincu par la seule force militaire des
quelques alliés de 1940, le communisme par la seule force économique
des "nations libres", le sionisme, parce que plus complexe
que les précédentes idéologies - et parce qu'il ne s'agit pas
seulement d'un problème local ou régional - ne peut être
neutralisé que par des forces diverses à l'échelon mondial. En
premier lieu il ne peut s'agir que des forces démocratiques
agissant au sein des partis et des associations diverses - en union
avec celles qui existent - ou qui doivent obligatoirement se faire
jour - au sein des populations palestiniennes. Comme l'écrivait Ben
Barka en 1965 quelques mois avant son assassinat : « La question
palestinienne [...] n'est pas une affaire entre Juifs et Arabes,
mais un mouvement de libération nationale qui doit être considéré
sans aucun chauvinisme racial. C'est en raison de sa dimension
humaine et rationnelle que la cause palestinienne est en droit de
compter sur la solidarité et l'appui des forces progessistes dans
le monde .»
Ensuite, il appartient, bien sûr, à l'ONU, d'une part de
prendre véritablement conscience de son erreur du 29 novembre 1947,
d'autre part de stopper par la contrainte l'entreprise sioniste
avant qu'elle n'entraîne de nouveaux malheurs pour la communauté
humaine, et notamment pour la communauté juive.
Mais le rapport de forces est actuellement terriblement inégal...
Indépendamment de la disparité militaire, il suffit, pour se
convaincre de cette inégalité, de constater l'incapacité de l'ONU
depuis plus de cinquante ans à faire respecter ses propres et
multiples résolutions et à envisager des sanctions capables d'arrêter
les exactions d'Israël. Qu'est-ce le Droit d'un petit peuple face
au sionisme qui imprègne et conditionne une part notable du
comportement extérieur des États-Unis, de
la France
, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de tant d'autres
nations aveugles, tributaires avant tout de leurs intérêts immédiats
? Les États arabes eux-mêmes ne sont-ils pas incapables de rompre
leurs simples relations diplomatiques ou économiques avec Israël
qui, pourtant, écrase l'un des leurs ?
UN COMBAT DE LIBÉRATION INÉDIT
Beaucoup de stratèges pensent que la paix est possible au
Proche-Orient, du fait, évident, que des pays très divers quant à
leur puissance économique, militaire ou autre, l'ont établie entre
eux après des affrontements durables comme l'Histoire en a toujours
connu. De multiples plans sont ainsi élaborés émanant non
seulement des deux parties en cause mais de nombre d'organismes
occidentaux, voire d'essayistes généreux. Tous passent en revue
avec application les conditions d'ordre économique, diplomatique,
culturel, militaire... de la réconciliation sincère et profonde
entre Israéliens et Palestiniens devant aboutir progressivement à
la paix dans cette partie du monde dans deux États, l'un juif,
l'autre palestinien. Ainsi par exemple, Michael Ben Leir, conseiller
du gouvernement israélien de 1983 à 1988, période durant laquelle
il justifiait légalement la colonisation, écrit en novembre 2000 :
« Comme toutes les guerres modernes de libération celle-ci s'achévera
par une victoire des Palestiniens. Reste à savoir combien de temps
et de sang s'écouleront jusque-là. Voilà pourquoi notre
obstination à conserver des colonies illégales qui empêchent la
conclusion d'un accord de paix, n'a pas de sens ».
Ce qui frappe d'emblée quand on examine les travaux des "spécialistes"
du Proche-Orient c'est que les analyses des facteurs de conflit avec
leurs multiples interférences sont poussées très loin dans les détails
et souvent avec une grande pertinence, mais qu'il manque dans la
plupart des cas une vision d'ensemble allant à l'essentiel : l'idéologie
sioniste (avec ses deux piliers mythique et racial), moteur de ce
conflit où s'affrontent non seulement des Israéliens et des étrangers,
des juifs et des non-juifs avec l'apartheid irréductible qui en résulte,
mais des laïcs et des religieux, des démocrates et des fascistes,
des universalistes et des nationalistes, des libéraux et des
fanatiques.
C'est dire, par exemple, que le démantèlement des multiples
colonies israéliennes dans les "territoires occupés" - démantèlement
qui est loin d'être acquis - ne peut être lui-même qu'une étape
d'un combat déjà séculaire, combat qui n'est qu'accessoirement un
problème de "frontières" (contrairement aux cas
habituels de l'Histoire) mais un combat idéologique pour lequel le
raisonnement en années, voire en dizaines d'années, n'est pas de
mise. Seul, le siècle (avec ses multiples) peut représenter une
unité de mesure adéquate...
La désislamisation de l'Entité palestinienne fait également
partie de ce combat
Il s'agit là de la seconde condition indispensable pour que, par
delà les différences ethniques ou religieuses et par delà les
frontières actuelles, puisse s'établir une démocratie par la réunion
- élément incontournable de la paix - de toutes les forces démocratiques
de
la Palestine
mandataire. Ce combat pour la laïcité à l'intérieur de la société
palestinienne ne peut être que celui de ses habitants, habitants
des territoires occupés ou exilés. Inutile de préciser que, lui
aussi, ne peut être que fort long et difficile dans cette société
traditionnelle où la religion est profondément imbriquée dans le
gouvernement de la cité.
C'est dire aussi que ce conflit inédit du Proche-Orient ne
concerne pas seulement les deux parties qui s'affrontent
actuellement sur le terrain - des parties qui ne peuvent en aucune
manière résoudre seuls le conflit qui les oppose entre eux - mais
l'ensemble de la communauté internationale. Or, cette communauté,
qui par sa méconnaissance du potentiel pervers de l'idéologie
sioniste lui a permis de s'épanouir sur le terrain à partir de
1947, n'a fait depuis un demi-siècle que des progrès fort minimes
dans l'"intelligence" de cette idéologie. Certes des
crises aiguës telles que les Intifadas récentes ont permis - à la
vue des multiples et terribles exactions israéliennes - un certain
réveil des opinions publiques par l'intermédiaire de
la Presse
, mais on sait bien que des émotions de ce genre ne sont que fort
éphémères lorque les forces en présence sont si différentes.
Malgré tout, en cinquante ans, un nouveau peuple est né, ce qui
n'est pas rien !
De plus la mémoire des peuples s'est singulièrement allongée :
désormais aucun combat pour la démocratie et la laïcité n'est
jamais totalement vain...
Même s'il n'y pas de paix possible à vue humaine dans ce que
fut
la Palestine
, ce n'est pas une raison pour ne pas y travailler dans la
perpective d'un pays où les communautés seront réunies, réconciliées
et apaisées. Or, seule une démocratie authentique, à inventer
dans cette partie du monde, peut vraiment permettre cet avenir. Il
faut bien se souvenir aussi que l'idéologie sioniste a toujours été
dénoncée avec force par une part éminente de la communauté juive
d'où elle a émergé pour tant de malheurs passés et pour tant de
malheurs annoncés. Ne doutons pas, dans cette "guerre de libération",
d'avoir affaire à des prophètes qui crient "dans le désert"
avant leur lointain, mais assuré, succès.
20
- DE QUELQUES QUESTIONS OU INTERROGATIONS...
Comment l'ONU peut-elle accepter d'Israël, un des ses membres
à part entière depuis 1949 :
l'annexion et la colonisation progressive de tout un territoire,
fait qu'elle range depuis 1998 dans les « crime de guerre »)
- la violation des droits de la personne tels qu'ils sont définis
par
la Déclaration
universelle
- le non-respect les Conventions de Genève dans les territoires
occupés avec les destructions de maisons, les contraintes de
circulation pour le personnel médical, les vivres et les médicaments...
- la violation permanente des frontières
- le refus de tout contrôle par l'Agence Internationale sur l'Énergie
atomique et sur la production d'armes chimiques et biologiques
- la prétention à résoudre seul (avec les États-Unis, son
soutien inconditionnel) les conflits qu'il a lui-même provoqués ?
Sait-on, en ce qui concerne l'Europe Unie, qu'il a fallu attendre
juin 1980 pour qu'elle prenne position sur le conflit israélo-arabe
et déclare à Venise : « le Conseil européen reconnaît le
droit à l'autodétermination du peuple palestinien et l'OLP comme
représentant du peuple palestinien et condamne l'occupation des
territoires par Israël et les colonies de peuplement »?
Quel pays autre qu'Israël aurait pu se permettre, sans représailles
de la part des Nations Unies et sans la réprobation de toutes les
nations occidentales, de pratiquer légalement la torture, la prise
d'otages et les représailles sur des civils pendant plus de
cinquante ans ?
Jusques à quand les juifs israéliens revendiqueront-ils une
quasi-immunité par le fait que leurs frères ou leurs pères ont été
persécutés en Occident ?
Si Israël n'était pas un État juif, ne serait-il pas au ban
des nations comme le fut l'Afrique du Sud pendant son apartheid, ne
serait-il pas contraint par l'ONU de revenir dans le droit chemin
international comme ce fut le cas de
la Yougoslavie
et de l'Irak ?
Il a fallu plusieurs siècles aux catholiques pour qu'ils
reconnaissent, en majorité, la malignité de l'Inquisition...
comment de temps en faudra-t-il à la communauté juive dans son
ensemble en ce qui concerne le sionisme ?
N'est-il pas singulier de voir que le qualificatif de
"nazi" vienne spontanément à l'esprit de personnalités
juives éminentes (comme Yechayahou Leibovitz, Haïm Cohen, Moshe
Zimmermann que nous avons cités), pour qualifier certains
comportements où éclate le racisme antiarabe en Israël ?
Les sionistes d'Israël, principalement les religieux, sont en
fait très malheureux : la simple vue d'un non-juif leur est
insupportable, tout collaborateur arabe leur apparaît même comme
un suspect, voire un ennemi. Faut-il les plaindre ?
Comment se fait-il que les religieux, religieux occidentaux
notamment, se soient tus face à la torture, face aux prises
d'otages, face aux bombardements-représailles ?
N'a-t-on pas le droit d'évoquer une "double allégeance"
et de parler d'une coupable solidarité, lorsque Élie Wiesel, prix
Nobel de
la Paix
, disait au moment de la guerre du Liban : « Comme juif je suis
totalement solidaire de ce qui se passe en Israël et ce que fait
Israël le fait en mon nom aussi » , lorque le grand rabbin de
France Joseph Sitruc déclarait au Premier Ministre israélien
Itzhac Shamir : « Chaque juif en France est un représentant
d'Israël ... Soyez assuré que chaque juif de France est un défenseur
de ce que vous défendez » ; ou lorsque le responsable du CRIF
lors de l'Intifada 2000 exhortait les « juifs de France »
à « s'identifier » aux juifs israéliens ?
Comment se fait-il que tant de journalistes occidentaux adoptent
systématiquement le langage habile des Israéliens en parlant, par
exemple, des "Territoires" et non des "territoires
occupés" ?
Comment peut-on imaginer à vue humaine que puissent s'éteindre
les sentiments de haine et de vengeance que l'entreprise sioniste a
fait naître chez les Arabes spoliés, violentés et humiliés par
elle pendant des dizaines d'années ?
Comment un non-juif théoriquement citoyen d'Israël et ayant
quelque honneur pourrait-il se sentir chez lui dans un pays se
nommant Israël, dont le drapeau est frappé de l'Étoile de David,
dont
la Constitution
ne fait de lui qu'un citoyen de seconde zone et où il ne peut être
qu'un apatride ?
Comment n'y aurait-il pas des collaborateurs et des mercenaires
arabes ou chrétiens en Israël et dans les territoires occupés,
alors qu'il y en a dans toutes les situations d'oppression et de
servitude ? Comment n'y aurait-il pas non plus des Palestiniens résistants
au péril de leur vie et des attentistes par intérêt ?
Quand on sait que la « ghettoïsation » des juifs sur un petit
territoire - générant des élites intellectuelles jalousées ou
entraînant des solidarités exclusives et donc mal supportées par
les populations de voisinage - a souvent eu dans le passé des conséquences
désastreuses pour eux, comment ne pas voir les dangers mortels
encourus avec l'État-ghetto prévu par les sionistes et mis
volontairement en chantier en Israël ?
N'est-il pas surprenant de voir les sionistes français ou américains
aussi sûrs d'eux-mêmes dans leur soutien à Israël, alors qu'une
fraction notable des juifs israéliens est de plus en plus en proie
à l'interrogation et au doute quant à la légitimité de
l'entreprise sioniste et pessimiste quant à son avenir ?
Comment ne pas rapprocher le négationnisme des sionistes
concernant l'existence du peuple palestinien du négationnisme
concernant le génocide des juifs par les nazis et voir que si le
second n'est l'affaire que de quelques individus en Europe, le
premier possède une multitude de supporters en Israël et ailleurs
?
La mauvaise conscience qu'ont certains juifs français de ne pas
aller vivre en Israël, malgré les multiples incitations de leur
communauté et des rabbins en particulier, ne serait-elle pas à
l'origine d'une surenchère en matière de soutien aveugle aux
gouvernements israéliens et, partant, d'une coupable indulgence ?
Elie Wiesel, en écrivant : « Je ne critique jamais lsraël hors
d'Israël, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y vivre
» n'a-t-il pas le mérite d'une rare franchise ?
Comment un État dont le fondement est théocratique et racial
pourrait-il ne pas fonctionner selon les lois de l'apartheid ?
Quel autre État qu'Israël, membre de l'ONU, peut se permettre
dans l'indifférence des autres nations, d'avoir comme chefs de
gouvernement des ex-terroristes comme Ben Gourion, Shamir ou Begin
(reçus même en grande pompe à l'étranger), comme ministres des
criminels de guerre, tel par exemple A. Sharon et de réprimer des
émeutes avec des mitrailleuses, des chars et des hélicoptères de
combat ?
N'est-il pas surprenant de voir les juifs sionistes professer une
idéologie qui inclut la « défense du sang » lorsqu'on sait que
c'est cette même idéologie qui a conduit Hitler à faire des juifs
les victimes du génocide que l'on sait ?
Comment espérer que le racisme des sionistes à l'égard des
non-juifs n'engendre pas, par un processus de généralisation
injuste mais banal, un courant d'antisémitisme ?
Au vu des quatre guerres et des drames sans nombre entraînés
par la création de l'État d'Israël (drames parfaitement prévus
par certains pays, comme le Royaume-Uni, mais aussi par bien des
juifs lucides), quel pays, responsable par son vote aux
Nations-Unies de cette création en 1947, oserait soutenir
aujourd'hui qu'il ne s'est pas trompé ?
La capitulation permanente des Nations Unies - se contentant de
paroles pieuses - face aux conquêtes territoriales du sionisme, ne
rappelle-t-elle pas celle des nations européennes face à la montée
du nazisme ?
La volonté de détruire les lieux de mémoire des peuples
vaincus a toujours été une pratique barbare... Sait-on que sur
l'emplacement du village de Deir Yassin, où furent massacrés en
1948 par les organisations terroristes sionistes 254 Arabes, les
Israéliens (tout en reconnaissant leur responsabilité dans le
massacre) ont édifié des habitations ? Nul doute que les nazis -
s'ils avaient été victorieux - eussent fait de même à
Oradour-sur-Glane ou à Auschwitz.
Par quelle aberration mentale un ex-Grand Rabbin français, René-Samel
Sirat, peut-il oser dire, sans se moquer de la quasi-totalité des
hommes, que « personne ne peut nier les droits d'israël sur les
terres de
la Promesse
» et revendiquer pour les juifs exclusivement le droit « du
sol » et du «retour à Jérusalem » ?
Sait-on qu'un colon juif qui abat un Palestinien n'est jamais
condamné qu'à une amende de principe ou que les militaires
coupables de "bavures" graves, ou bien ne sont pas condamnés,
ou bien bénéficient très rapidement de grâces et, une fois libérés,
de protections (comme ce fut le cas à l'occasion du massacre de
Kafr Kassem du 29 octobre 1956 où 43 villageois - 26 hommes, 10
femmes et 7 enfants - furent assassinés par des miliciens israéliens)
?
Dans toutes les situations de détresse la religion est un
recours et un refuge... Comment être surpris que l'intégrisme
musulman - d'autant qu'il a en face de lui un intégrisme juif
particulièrement agressif - se développe en Israël et dans les
territoires occupés et "fabrique" des fanatiques
islamistes et des terroristes ?
Les Allemands, les Japonais, les Espagnols... ont formulé
excuses et repentir pour les fautes respectives de leurs ancêtres,
les catholiques avec le pape Jean Paul II ont fait de même pour les
crimes de l'Église catholique à l'encontre des protestants et des
juifs... Quand les rabbins exprimeront-ils un repentir pour avoir été,
depuis le milieu du XXème siècle, largement complices des membres
de leur communauté qui se sont approprié en quelques cinquante ans
les trois quarts de
la Palestine
au mépris de tout un peuple et ont promu une purification ethnique
caractérisée ?
Avec tous les colonialismes : colonialisme français, anglais,
espagnol, néerlandais... les populations autochtones souvent
maltraitées, ont pu néanmoins, dans certains domaines, tirer des bénéfices
appréciables. Peut-on dire la même chose du colonialisme sioniste
?
Comment de ne pas être troublé devant le spectacle des
rencontres Arafat-Barak : le premier, malade, vieilli, n'ayant pour
lui que les droits que lui donnent les résolutions des Nations
Unies (droits voués au néant par les États-Unis) ; le second
plein de vigueur, doué d'une subtilité dialectique redoutable et
d'un froid cynisme, dans une rencontre sous la houlette du Président
des États-Unis dont les intérêts électoraux sont directement liés
à la communauté juive sioniste de son pays et dont beaucoup de
conseillers adhèrent à la même idéologie ? Peut-on imaginer une
rencontre aussi piégée, un rapport de forces aussi disparate, une
hypocrisie aussi patente et, face à ce spectacle, une lâcheté
aussi manifeste de la part des Nations occidentales ?
« Quand l'État juif, devenu l'État de tous ses citoyens se
muera-t-il en société multiculturelle dans laquelle toutes les
communautés, juives et non-juives, pourront vivre en harmonie ? »
(Amnon Kapeliouk, journaliste à Jérusalem).
21
- DE QUELQUES LOIS, RÈGLEMENTS, COMPORTEMENTS, ARGUMENTS, MÉTHODES,
PENSÉES, MOTS...
particulièrement
cyniques utilisés par les Sionistes
Ce chapitre pourrait être fort long et les exemples
multiples.. Citons un échantillon... :
La loi dite "du retour"
qui donne à tous les juifs du monde (le "juif" étant défini
au départ par son hérédité) le droit être reçus en Israël et
d'en devenir citoyens (sous le prétexte que leurs ancêtres y
auraient résidé il y a deux mille ans) et qui interdit aux
non-juifs partis pour faits de guerre en perdant tous leurs biens,
d'y revenir.
La "Loi fondamentale" qui stipule qu'il ne peut y avoir
en Israël « d'atteintes à la vie, à l'intégrité ou à la
dignité de la personne... pas de violations du droit à la propriété...
pas de privation ou de restriction à la liberté de la personne par
emprisonnement, arrestation ou extradition ».
La "Loi fondamentale" qui veut qu'une terre acquise
d'une manière ou d'une autre par le Fonds national juif, soit une
terre "juive" qui ne pourra ni être vendue, ni être louée
à un non-juif... Dans l'esprit des sionistes, il s'agit même d'une
terre "libérée", "rachetée", "sauvée",
voire "sanctifiée" après avoir été "
impure".
La loi 124 qui donne au Gouverneur militaire la possibilité de
suspendre tous les droits des citoyens, y compris le droit de se déplacer.
Si cette autorisation est supprimée, la terre est déclarée
"inculte" et le ministère de l'Agriculture peut «
prendre possession de terres non cultivées afin d'en assurer la
culture ».
La loi qui interdit formellement aux non-juifs d'habiter
certaines villes...
Israël Shahak dans "Le racisme de l'État d'Israël" cite
notamment : Carmel, Illith, Hatzor, Arad, Mitzphen-Ramen...
Le non respect par Israël des accords qu'il a lui même signés,
tels les accords d'Oslo en 1993 ou de Wye River en 1998.
Le terme de "transfert" en lieu et place d'expulsion ou
de déportation.
L'expression "pressions physiques" en place de torture.
Le terme "Territoires" au lieu des "Territoires
occupés"
La pensée de Ben Gourion (ex-terroriste devenu Premier Ministre
d'Israël) relative au "tranfert" des Arabes... :
« une idée humaniste et sioniste importante qui permet de
donner des terres nouvelles à la fois aux juifs (venant en
Palestine) et aux Arabes (transférés en Jordanie, en Syrie, ou en
Irak...)».
Faire porter aux Arabes la responsabilité de leur exode de
1948...
Ne s'agissait-il pas d'une « juste punition » pour leur
coupable aveuglement d'avoir refusé le plan de partage de
la Palestine
?
Ces paroles d'un ministre religieux du gouvernement israélien
devant le spectacle des enfants abattus par balle durant
l'Intifada... : « Dieu ne pardonnera pas aux Palestiniens de
nous avoir contraints de tuer leurs enfants »
Golda Meir, en son temps, avait déjà dit la même chose à
l'adresse des Arabes : « le plus impardonnable c'est de nous
obliger à tirer sur vos enfants ».
Les paroles du conseiller juridique du gouvernement israélien,
Rubinstein, lors de pourparlers entre la délégation palestinienne
et les Israéliens...
Alors que la résolution 194 de l'ONU prévoit le retour des réfugiés
palestiniens sur leurs terres ou une juste réparation de leurs
biens abandonnés (biens estimés, notamment en 1949 après la
guerre de 1947-1948, par une commission tripartite
anglo-franco-turque à
1 124 000 000 livres
sterling soit plusieurs centaines de milliards de dollars
d'aujourd'hui), le conseiller répond : « Ces sommes n'existent
plus. Nous les avons utilisées. C'est à la communauté
internationale de créer des fonds pour cette tâche ».
L'accusation portée par Israël sur la délégation
palestinienne aux "pourparlers de paix" de l'été 2000,
d'être - par sa non acceptation d'un compromis et son intolérance
- responsable de l'échec de ses pourparlers...
On sait que la colonisation israélienne de
la Palestine
n'a jamais cessé de s'étendre chaque jour depuis plus de cinquante
ans, que des territoires (Jérusalem-Est, le Golan... ) ont été
purement annexés, qu'Israël n'a respecté aucun des accords qu'il
a lui-même signés et qu'il a tenu les résolutions des Nations
Unies pour nulles et non avenues.
Le prétexte invoqué pour ne pas respecter la quatrième
Convention de Genève...
Alors qu'Israël a ratifié en 1951 cette Convention relative au
fonctionnement des tribunaux et à la protection des personnes
civiles dans les territoires occupés, il considère depuis 1967,
contrairement à l'ONU, que cette convention ne s'applique pas à
la Cisjordanie
et à la bande de Gaza sous le prétexte que ces territoires ne
relevaient pas antérieurement d'un État souverain (pour Israël
c'est l'Empire ottoman qui fut, jusqu'à 1919, ce dernier État
souverain,
la Jordanie
n'ayant été qu'un occupant de fait). Pour les Israéliens - dans
leur perspective constante mais toujours plus ou moins dissimulée
du Grand Israël - il ne s'agit donc pas de territoires "occupés"
ni même "administrés" (selon le mot préféré des
travaillistes), mais de territoires proprement « libérés »!
Lorsque quelques lambeaux de ces territoires sont restitués aux
Palestiniens il s'agit d'une « offre », d'un « don », d'un «
sacrifice » en faveur de la paix consentis par « générosité »
à laquelle ne répond qu' « ingratitude ».
Le mot « Jérusalem ».
Cette « capitale réunifiée et éternelle » de l'État juif ne désigne
pas comme on le laisse croire la ville que l'armée a occupée en
1967 mais une « métropole » treize fois plus vaste, sa superficie
étant passée de 73 à
953 kilomètres
carrés.
Le mot « guerre »
Ce terme ne désigne nullement les opérations militaires de l'armée
israélienne mais les « hostilités » déclenchées et planifiées
par les Palestiniens en inventant un « prétexte »
D'ailleurs les offensives sanglantes de l'armée à l'aide de
l'artillerie lourde, des chars, des hélicoptères et des fusées,
menées notamment lors de l'Intifada 2000 contre des lanceurs de
pierres, ne sont que de nature « défensive ».
La prétention du gouvernement israélien de faire condamner
l'antisionisme par l'ONU...
On se rappelle que la résolution 3379 des Nations Unies avait
condamné en 1975 le sionisme comme « une forme de racisme et de
discrimation sociale » et que cette condamnation avait été annulée
en 1991 avec la complicité des États Unis et à la faveur de
l'effondrement du bloc soviétique modifiant la répartition des
votes. On sait aussi que cette demande inouïe de condamner
l'antisionisme fut tout de même rejetée par l'ONU...
Les paroles de Ben Gourion prononcées à la suite de la
proposition de
la Grande Bretagne
de transférer chez elle des milliers d'enfants allemands à la
suite de
la Nuit
de cristal de 1938 :
« Si je savais qu'il était possible de sauver tous les
enfants d'Allemagne en les installant en Angleterre, ou juste la
moitié en les installant en Eretz-Israël, je choisirais cette
deuxième solution ».
L'exploitation de
la Shoah
pour obtenir une aide financière de l'Allemagne en « faisant
l'amalgame entre ennemis arabes et nazis, en assimilant Nasser,
Saddam Hussein et Arafat à Hitler ou en évoquant en permanence la
menace d'extermination ».
Les efforts déployés pour inciter les populations arabes israéliennes
désemparées après la guerre de 1947-1948, à fêter dès
1949 l
'Indépendance israélienne, cette indépendance qui représentait
pour elles
la Naqba
: l'écrasement des forces armées arabes et l'exil d'un grand
nombre d'entre eux...
Greilsammer écrit à ce sujet : « La minorité non juive fut
vivement encouragée par les autorités à participer.... En
l'honneur de la fête le gouvernement militaire levait brièvement
les restrictions de circulation et les Arabes pouvaient prendre part
aux célébrations... On leur faisait chanter
la Hatikva
avec une soumission apparemment totale. Une minorité culturelle désorganisée,
et qui avait perdu son leadership, devait adopter les symboles qu'au
fond elle rejetait » Imagine-t-on les Allemands, à la commémoration
de leur victoire écrasante sur
la France
de 1940, invitant les Français à y participer et à chanter le
Deutschland über alles ?
S'attirer les sympathies des paysans arabes israéliens pauvres
et peu instruits en leur distribuant largement pendant de nombreuses
années des récompenses diverses pour obtenir d'eux qu'ils votent
pour le parti au pouvoir...
Entre 1949 et 1965, de 75% à 90% des Arabes ont voté pour un parti
sioniste, généralement le MAPAI prédécesseur de l'actuel parti
travailliste, ou plutôt pour les listes qui lui étaient inféodées
car le MAPAI était interdit aux Arabes !
Admettre démocratiquement des députés arabes à
la Knesset
tout en leur demandant de prêter serment d'allégeance à l'État
d'Israël, de sièger sous le portrait de Théodor Herzl et du
drapeau à l'Étoile de David, de voir se développer sous leurs
yeux une législation discriminatoire à l'encontre de leur
communauté, d'être voués chaque jour à de pénibles compromis.
Faire étudier aux enfants arabes divers aspects du nationalisme
juif ("les relations entre le Diaspora juive et la terre d'Israël",
"le mouvement sioniste et son développement",
"l'immigration juive"...) tout en proscrivant de façon
absolue le nationalisme arabe ; leur faire consacrer plus de temps
à l'étude de l'hébreu qu'à celle de l'arabe, plus de temps à l'étude
de la religion juive qu'à celle de la religion musulmane.
Les propos de Jean Kahn, président du Consistoire central israélite
lors de l'Intifada d'octobre 2000:
« Cela fait deux mille ans que les juifs sont des boucs émissaires.
Il faut dire la vérité et ne pas oublier qu'Arafat, en fermant les
écoles, est le responsable de la mort des enfants ».
La progression à un rythme toujours plus rapide de la
colonisation de
la Cisjordanie
et de Gaza, malgré toutes les allégations et les dissimulations
des gouvernements israéliens...
Entre le second trimestre 1999 et le second trimestre 2000, cette
progression a été de 51% !
Considérer que les expulsions des Arabes de Palestine depuis 50
ans ont été compensées par les expulsions des juifs des pays
arabes après la guerre de 1948...
Si ces dernière expulsions entreprises comme des représailles sont
éminemment regrettables, il faut bien voir néanmoins que ce type
d'exaction comporte des degrés. Les juifs n'ont pas été expulsés
parce qu'ils étaient juifs mais sionistes (ennemis avoués ou
potentiels), qu'ils n'ont pas perdu la vie (sauf exceptions), que
leurs biens perdus ont été largement compensés en Israël et
qu'ils y ont été ils reçus à bras ouverts en tant que colons. On
peut ajouter, en ce qui concerne la communauté syrienne, que son départ
fut même xigé par le Congrès juif mondial et le gouvernement américain,
les autorités syriennes se contentant d'accepter ce départ.
Se proclamer une démocratie et institutionaliser une citoyenneté
de seconde zone
22
- DES RESPONSABILITÉS MULTIPLES
- Responsabilités des représentants
des nations à l'ONU et particulièrement des Occidentaux
Responsabilités des représentants des nations à l'ONU et
particulièrement des Occidentaux
- qui n'ont pas accueilli chez eux, la guerre terminée, les juifs
européens rescapés du génocide nazi (à signaler en particulier
la formidable hypocrisie des Américains qui se firent en 1947 les
promoteurs du sionisme en Palestine en affichant un objectif moral,
la sécurité des juifs, alors que les deux critères qui les ont
guidés ont été essentiellement le poids financier et électoral
de la communauté juive des États-Unis et la volonté de ne pas
ouvrir leurs frontières aux réfugiés juifs d'Europe de l'Est
pauvres pour la plupart et malheureux),
- qui ont permis au sionisme de se développer sur le terrain et qui
ont créé arbitrairement un nouvel État au mépris de tout un
peuple tenu pour quantité négligeable, voué à l'exil ou à
l'occupation,
- d'avoir agi, par ignorance de la nature du sionisme, par faiblesse
face à sa propagande et, pour quelques uns d'entre eux, par intérêt
électoral,
- qui ont supporté, sans réagir vraiment, la torture
institutionalisée ayant parfois entraîné la mort, les prises
d'otages pour servir de monnaie d'échange, le nettoyage ethnique,
les représailles sur des civils, l'utilisation d'armes à feu pour
réprimer de simples émeutes, les arrestations arbitraires...
toutes exactions pourtant dénoncées à de multiples reprises par
l'ONU, Amnesty international et le Comité international de la
Croix-Rouge,
- qui se sont contentés de menaces verbales face à la politique
d'expansion d'Israël qui étend progressivement son hégémonie par
ses conquêtres coloniales,
- qui ont "supporté" depuis plus de 50 ans des millions
de réfugiés palestiniens "interdits de retour" et qui
ont préféré dépenser des sommes gigantesques pour les entretenir
dans des camps, sans imposer à Israël ni leur retour, ni une juste
indemnisation selon les conditions posées par l'ONU,
- qui n'ont pas reconnu l'injustice originelle dont l'ONU s'est
rendue coupable envers tout un peuple.
Responsabilités de nombreux
politiques occidentaux et notamment européens
- qui sont tributaires de leurs intérêts électoraux au mépris
de la justice et de la simple humanité en flattant volontiers les
communautés juives acquises à la cause sioniste,
- qui acceptent sans protester que les rencontres entre Arafat et
les Israéliens se fassent sous la houlette des États-Unis alliés
inconditionnels d'Israël, qui le soutiennent ouvertement dans tous
les domaines, notamment dans le domaine militaire ;
- qui, par le statut particulier qu'ils accordent à Israël, avec
l'indulgence qui en découle; sont responsables d'antisémitisme réactionnel
;
- qui ne prévoient nullement l'arrestation des responsables israéliens
venant dans leur pays, alors que
la Cour Pénale
Internationale a assimilé en 1998 « la colonisation de
territoires par une puissance occupante à un crime de guerre » (jugement
approuvé par 121 pays dont
la France
).
Responsabilités particulières
du gouvernement français
- qui a permis aux jeunes juifs français d'aller faire leur
service national en Israël (où ils vont "casser" du
Palestinien comme certains reportages en font foi)
- qui a commémoré en grande pompe, en
1998, l
'anniversaire de la création de l'État d'Israël (alors que bien
d'autres anniversaires d'indépendance, notamment celui de l'Inde
par exemple en 1997, ou de nos ex-colonies, ne le furent pas....).
Cette commémoration eut lieu de surplus sur le parvis du Trocadéro
qui évoque les droits de l'homme (alors qu'Israël nie les droits
fondamentaux du peuple palestinien reconnus par l'ONU depuis 1947).
Responsabilités de nombreux
rabbins et dirigeants d'organisations juives de France
- qui sont d'une indulgence coupable envers les fautes de leurs
coreligionnaires d'Israël, alors qu'ils sont si acharnés à
traquer chaque mot suspect en Occident et si prompts à exiger la
repentance des chrétiens pour leurs fautes vis-à-vis des juifs.
- qui en appelant « tous les Juifs » de France à faire
bloc derrière Israël et ses dirigeants, notamment lors de
l'Intifada 2000, en cherchant à identifier tous les juifs à l'État
juif et à sa politique, en s'attribuant le monopole de la judéité
avec son contenu religieux et culturel, font un vol manifeste de la
mémoire, un grossier détournement d'héritage.
Responsabilités de nombre d'hommes politiques, intellectuels,
journalistes et religieux chrétiens
- qui, jusqu'à une période récente (schématiquement les
accords d'Oslo en 1993), ne "connaissaient" ni
la Palestine
, ni les Palestiens, mais Israël
- qui sont étrangement « absents » du conflit israélo-palestinien...
« Où êtes-vous donc, "génération morale", bruyants
partisans du droit d'ingérence, donneurs de leçons en tout genre ?
» (Danièle Sallenave)
23
- en VRAC et en GUISE DE CONCLUSION :
REMARQUES,
SENTENCES, HUMEURS et PROPHÉTIES "FACILES"
Le caractère néfaste du sionisme réside essentiellement dans
le fait qu'il a retenu et exalté en priorité deux éléments
potentiellement pervers : le mythe de "
la Terre
promise" à un « Peuple élu » au nom de son « Alliance »
avec Yahveh et l'élément racial concernant la transmission héréditaire
de la qualité de « juif »... Il en résulte que l'idéologie
sioniste ne peut pas ne pas être, par essence, nationaliste et
dominatrice.
Un "État juif pour les juifs" tel que l'avaient rêvé
les sionistes, et tel que l'avaient accepté les Nations Unies, est
une monstreuse aberration à classer parmi les grandes utopies de
l'Histoire.
Les trois grandes religions monothéistes - parce qu'elles
s'appuient sur des mythes, événements imaginaires générant des
textes sacrés aux interprétations des plus variées voire opposées
- ont inspiré, au cours de l'Histoire, le meilleur et le pire, la
paix et la guerre, la justice et l'injustice, la tolérance et
l'intolérance, l'exaltation du fort et celle du faible... De même
que les promoteurs catholiques de l'Inquisition, des croisades, des
guerres contre les Protestants, des pogroms contre les Juifs ont
trouvé dans l'Évangile des textes justifiant parfaitement leur
action, les promoteurs du sionisme ont trouvé dans
la Torah
et autres textes du judaïsme, notamment dans ceux qui représentent
la tradition mystique, des idées portant au particularisme, au
communautarisme, au nationalisme et à la xénophobie. Ils les ont
adoptées délibérément en négligeant toutes celles d'inspiration
universaliste qui ont tant modelé la pensée juive et occidentale.
Si les intérêts financiers ou électoraux de certains représentants
des Nations-Unies ont joué un rôle primordial dans le vote à
l'arraché de 1947 créant l'État d'Israël, et si ces intérêts
interviennent toujours depuis et expliquent grandement la tolérance
de ces Nations vis-à-vis des exactions d'Israël, deux autres éléments
n'ont cessé de jouer un rôle primordial : la méconnaissance du
potentiel raciste de l'idéologie sioniste, la déformation de
l'opinion publique par une information à sens unique.
Par l'ardeur et le courage, les sionistes, dans leur utopie, ont
entrepris depuis un siècle en terre de Palestine un édifice
exceptionnel : Israël..., qui peut, de prime abord, être regardé
et admiré sous bien des aspects.
Mais cet édifice est également exceptionnel par les contradictions
de ses bâtisseurs...Une expérience de ce genre, inspirée par une
idéologie messianique comparable, l'Histoire en a connu une au siècle
dernier avec l'URSS. C'est dire que
la Mythologie
(juive) qui a inventé
la Tour
de Babel - avait nettement précédé l'Histoire !
Israël...: un piège redoutable, une impasse dramatique pour le
judaïsme !
Le Sionisme aura permis entre autres méfaits :
- l'extension accélérée du racisme anti-arabe chez les juifs ;
- l'apparition du racisme anti-juif chez les Arabes et son
aggravation en Occident ;
- l'"exclusion" d'ue catégorie d'hommes au nom de
l'"élection", par un dieu de la mythologie antique, d'une
autre catégorie ;
- l'émergence de
la Violence
, au sein du judaïsme qui, jusque là, en était pratiquement
indemne ;
- l'abandon par le judaïsme de sa vocation spirituelle
universaliste pour une entreprise territoriale étroitement
nationaliste ;
- la transformation de frères et de fils de persécutés en persécuteurs
;
- l'irruption en Israël de pogromes dirigés non plus contre des
juifs (suivant le définition classique des dictionnaires) mais
contre des non-juifs ;
L'idéologie sioniste a réussi de plus deux
"performances" non inédites mais néanmoins spécifiques
par leurs méthodes et leur efficacité : le colonialisme et
l'apartheid israéliens.
Enfin, "performance des performances" : sa réussite de
1947 et son épanouissement sur le terrain avec l'aval de l'ONU.
La possession de "
la Terre
promise" par les sionistes, n'est pas sans rappeler, par le
nationalisme et le racisme qui l'inspirent, celle de "l'Espace
vital" par les nazis.
Les antagonismes existant actuellement dans le monde (tels
l'antagonisme catholiques-protestants en Irlande,
orthodoxes-musulmans au Kosovo, Russes et Thetchènes en ex-URSS,
Coréens du Nord et du Sud, Chinois du Continent ou de Taïwan... ),
à l'instar de ceux que nous avons connus dans le passé : Français-Allemands,
Français-Algériens, catholiques-protestants en France, Blancs et
Noirs aux États-Unis ou en Afrique du Sud..., seront un jour dépassés
et suivis d'une réconciliation. Ces antagonismes ne reposent - ou
ne reposaient - que sur des motifs d'ordre "historique"
qu'une nouvelle Histoire se charge d'abolir. Le conflit entre juifs
et non-juifs en Palestine/Israël est d'une tout autre nature. Le
motif de leur antagonisme, le sionisme, sur lequel est fondé Israël
constitue un vice irrémédiable près duquel naissance illégitime
ou crimes ne sont rien.
Le doute qui assaille nombre d'intellectuels iraéliens, quant à
la signification et le devenir d'Israël, augmentent manifestement
avec le temps. Comment pourrait-il en être autrement !
Parmi tous les pays du monde, c'est manifestement en Israël que
l'association : nationalisme, intégrisme, racisme s'applique à une
fraction notable de la population.
Les blockhaus, les barbelés, les miradors, les barrières de
contrôle... sont un spectacle quotidien pour les Palestiniens des
territoires occupés. Ils ne sont pas sans rappeler aux Français
d'un certain âge qu'eux aussi ont eu droit à un spectacle voisin
mis au point par une communauté mue par la « volonté de puissance
» et l'esprit de domination.
Les entraves à la circulation des personnes, les multiples contrôles
d'identité, les fouilles, les mises en détention, les couvre-feux,
le morcellement et le grignotage des territoires peuplés de
non-juifs, le démantèlement d'une société dans tous les domaines
: économique, culturel, politique, sanitaire... la fragmentation
des familles font de l'occupation israélienne une occupation sans
doute moins sommairement et brutalement criminelle que l'occupation
de
la France
par les nazis, mais à coup sûr plus réfléchie et plus efficace.
En Afrique du Sud il y avait, pour les hommes indésirables, des
"bantoustans" attribués par les maîtres d'alors ; en Amérique
du Nord il s'agisssait de "réserves" bien délimitées ;
en Palestine il y a des "territoires" méthodiquement et
savamment lacérés, comprimés et asphyxiés.
Tous les peuples, à l'instar des individus, sont porteurs de
quelque tare héréditaire les incitant à développer des
sentiments de supériorité - dans un domaine ou un autre - d'où
leurs multiples entreprises de domination à l'égard des autres
peuples. Les juifs, en s'attribuant par héritage à la fois la découverte
du "vrai dieu" (pour les croyants, l'invention suprême près
de laquelle les autres inventions ne feront jamais que pâle figure)
et la parole de ce Dieu leur donnant en toute propriété un
territoire déterminé de la planète-terre, ont trouvé là leur
propre raison de domination, d'autant plus que cet héritage s'est
vu conforté et légitimé par les chrétiens... L'déologie
sioniste est fondée sur cette tare héréditaire.
Un peuple palestinien qui, en 1947, n'existait pas en tant que
"peuple" différencié parmi les Arabes est né des
violences de la colonisation israélienne comme est né un peuple
algérien sous la colonisation française... Sur fond de domination
sioniste, la guerre de
1973, l
'Intifada et toutes les répressions où l'armée israélienne
massacre de jeunes Palestiniens auront été des moments particulièrement
révélateurs de la naissance et de la prise de conscience de ce
peuple, désormais tendon d'Achille d'Israël.
Il est stupéfiant et déslant de voir des juifs occidentaux,
notamment nombre de rabbins et de responsables d'organisations
juives, qui dénoncent (non toujours sans raison mais avec une
application peu commune) l'antisémitisme dans les populations européennes,
ne pas apercevoir le racisme antiarabe sévissant en Israël et dont
ils se font les complices par leur inconditionnalité.
Plus le temps passe, plus l'augmentation du décalage entre juifs
et non-juifs dans l'ex-Palestine se manifeste avec ses haines
inexpiables ou ses jalousies croissantes et plus apparaît énorme
l'erreur de l'ONU d'avoir permis la transplantation des juifs
sionistes, essentiellement tributaires de la culture occidentale,
dans cette partie orientale du monde.
Parce que le sionisme repose sur une discrimination fondamentale
entre les Juifs et les Arabes et, d'une manière générale, entre
les juifs et les non-juifs, Israël ne sera jamais l'État de ses
citoyens : les non juifs y seront toujours des étrangers, des
goyim.
Contrairement à la colonisation française qui - à l'instar des
autres colonisations menées par les pays occidentaux - avait, à côté
de motifs intéresés, quelques "bonnes" raisons de
transmettre des éléments positifs, la colonisation israélienne
revêt une malignité foncière : celle de s'approprier une terre,
de prendre la place d'une population par tous les moyens possibles,
notamment par la guerre - et ce pour un motif d'ordre religieux : le
mythe de la "Terre promise".
L'Histoire de l'État d'Israël telle qu'elle a été écrite
jusqu'à une date récente par les Israéliens (et telle qu'elle est
connue de la plupart des individus dans le monde entier) l'a été
plus par un nationalisme aveugle que par un souci de vérité. Il
est clair que l'opinion publique en Occident n'a pas encore su
distinguer clairement en Palestine les oppresseurs et les opprimés,
les occupants et les occupés et n'a pas pris la juste mesure de
l'idéologie sioniste.
Quand on voit le fanatisme et le nationalisme qui règnent en
Israël dans certains partis ou mouvements, comment être surpris
que les historiens israéliens actuels qui démystifient cette
Histoire avec beaucoup de courage et de désintéressement, soient
traités dans leur pays de « traîtres » à la patrie, de "révisionnistes",
voire de nazis !
Parler des "multiples exemples de discrimination en Israël"
est dérisoire. La discrimination entre les juifs et les non-juifs
n'est ni "fréquente", ni "importante" : elle
est une donnée constitutive de cet État d'inspiration sioniste, au
coeur même de cet État qui, autrement, ne serait pas.
Il est surprenant et effarant de voir que le sionisme qui s'est
donné pour vocation première et légitime de protéger les juifs,
est lié fondamentalement aux notions de « nationalité » et de «
race » alors que les juifs ont été persécutés, et pour leur
nationalité (notamment en Union soviétique où leur carte
d'identité portait la mention » juive »), et pour leur race
(notamment en Allemagne et dans
la France
de Vichy) où l'hérédité et non la croyance déterminait le «
juif »).
Si les généreuses idées universalistes (contenues notamment
dans certains écrits du judaïsme et du christianisme) ont pu, déviées
ou poussées à l'extrême, devenir folles et engendrer le système
communiste, les idées nationalistes, quant à elles, sont d'emblée
perverses : elles s'épanouissent presque immédiatement, ici dans
le nazisme, ailleurs dans les fascismes, en Israël dans le
sionisme... Elles ont un point commun : la violence
institutionnelle.
Comme l'ont montré nombre d'expériences historiques, « ghettoïser
» un territoire de quelques kilomètres carrés est une entreprise
difficile mais humainement réalisable... « Ghettoïser » un
territoire de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés
est par contre une utopie typiquement messianique assez voisine à
ce titre de l'utopie communiste. Comment n'aurait-elle pas le même
destin !
Toutes les armées du monde ont pratiqué la torture... mais peu
d'Autorités d'État l'ont institutionnalisée. On peut néanmoins
citer le Pape Innocent IV au XIIIème siècle, Israël au XXème.
Le sionisme est sans doute l'unique exemple d'un mouvement
d'inspiration initialement pacifique se transformant
progressivement, par sa logique interne, en un mouvement de plus en
plus agressif pour aboutir au pays le plus militariste et le plus
militarisé du monde.
Si
la Shoah
désigne une « catastrophe » subie par les juifs pendant une
dizaine d'années, massacre spécifique dans l'histoire de l'humanité
par ses motivations, son ampleur et ses méthodes, il n'en reste pas
moins que
la Naqba
est aussi une « catastrophe » pour les Arabes, plus banale certes
que la précédente, mais qui perdure depuis plus de cinquante ans
et dont la fin n'est pas prévisible.
La Shoah
que les sionistes ont "exploitée" habilement, voire sans
pudeur, pour promouvoir leur entreprise territoriale - en donnant
mauvaise conscience aux Européens, et notamment aux Allemands - ne
justifiera jamais, comme l'a exprimé le philosophe israélien
Yeshayahu Leibowitz, les souffrances que les sionistes ont imposées
aux Arabes.
Alors que ce sont des juifs parmi les plus religieux qui se sont
opposés à l'idéologie sioniste dès sa naissance et pendant la
première moité du XXe siècle au nom de la vocation spirituelle
universelle du judaïsme, ce sont ensuite les juifs religieux,
d'Israël et d'ailleurs, qui sont les plus acharnés à soutenir
cette idéologie avec sa dimension territoriale, nationaliste et
raciste et qui développent les haines les plus farouches, et vis-à-vis
des juifs non-religieux, et vis-à-vis des non-juifs. Il n'y a pas
lieu d'en être surpris... On sait que les écrits religieux, qui
reposent sur des mythes, valent moins par leur contenu que par les
interprétations qui en sont faites. D'autre part, le sionisme
comporte un intégrisme, très analogue dans sa démarche à l'intégrisme
catholique ou islamiste. Comme eux, il ne retient qu'une partie de
la tradition spirituelle dont il émane.
Si l'Inquisition et le Sionisme, générés respectivement par le
christianisme et le judaïsme, ont en commun une grande malignité,
bien des éléments les séparent. Alors que l'Inquisition est une
guerre civile entre les chrétiens, le sionisme est une guerre étrangère
contre les non-juifs. Par ailleurs, l'Inquisition a été inventée
et menée pendant trois siècles par les religieux, tandis que le
Sionisme a été créé et promu par des athées malgré
l'opposition des religieux, avant que les successeurs de ces
derniers en deviennent les plus ardents défenseurs.
La tactique "représailles-dissuasion" (largement
appliquée par l'armée israélienne) est assez banale... Qu'elle
soit décidée de sang-froid par le gouvernement d'un Etat membre de
l'ONU et où siègent de nombreux religieux, l'est moins !
Tant que subsistera l'idéologie sioniste selon laquelle le judaïsme
est considéré comme un fait national et non pas, à l'instar du
christianisme, de l'islam, du bouddhisme... comme un système
religieux ayant seulement une vocation culturelle et spirituelle, il
est vain d'espérer la paix dans l'ex-Palestine !
C'est au moment où Israël, cette suprême réalisation du
sionisme, apparaît invincible par sa force intellectuelle,
technologique et militaire, que sa disparition apparaît inéluctable
à une élite intellectuelle et libérale israélienne, élite qui,
tant qu'Israël sera Israël, ne sera pas en paix avec elle-même.
Parmi les intégrismes qui sévissent à travers le monde, l'intégrisme
juif - parce qu'il repose sur les liens du sang - est le seul qui,
typiquement d'essence raciale, prédispose d'emblée au racisme.
Le sionisme peut triompher en Israël pendant de nombreuses
dizaines d'années, son échec final est assuré pour deux raisons
totalement imprévues initialement : il a échoué dans la prétention
insensée, inscrite dans sa constitution, d'être un "État
juif pour les juifs" ; il a provoqué la naissance d'une
nouvelle identité nationale, d'un nouveau peuple arabisant, le
peuple palestinien.
Si l'opposition à Israël est justifiée, ce n'est pas parce que
sa naissance est illégitime (il y bien d'autres États dans ce cas)
mais parce qu'il est porté par une idéologie où les non-juifs
sont, et seront toujours, de par
la Loi
, des citoyens de seconde zone...
Quelles que soient les forces militaires et policières d'Israël,
cette machine de guerre particulièrement sophistiquée, la sécurité
des juifs israéliens ne sera jamais assurée. Cette sécurité ne
peut découler que de la justice rendue aux non-juifs dans un pays
authentiquement démocratique, ce qui exige avant tout la dé-sionisation.
En créant l'État d'Israël les Nations Unies avaient une
intention tout à fait louable : la sécurité des juifs victimes
d'antisémitisme. Mais, terrible ironie du sort, ce sont les juifs
d'Israël qui, depuis plus de cinquante ans, sont les seuls juifs du
monde à vivre dans la peur et l'insécurité permanente, à subir
la guerre et à attaquer pour se défendre. Quant à l'antisémitisme,
en apparaissant dans de nouvelles couches de population, il s'est
aggravé par une fatale réaction antisioniste.
Israël reste sans nul doute le dernière survivance du
colonialisme conquérant.
La progression démographique et la montée en puissance en Israël
du bloc national-religieux, intégriste et "fasciste",
représente en définitive le plus grand danger pour les juifs israéliens.
Seul un renversement démographique donnant la majorité aux
non-juifs, ou aux juifs totalement libres vis-à-vis des fondements
religieux de leur culture, est susceptible un jour lointain
d'aboutir, avec l'intervention de l'ONU, à la réunification et d'éviter,
dans cette région, une nouvelle tragédie.
La plupart des dirigeants israéliens depuis la création d'Israël
ont été, soit des anciens terroristes (Ben Gourion, Yitzak
Shamir..) soit des chefs de guerre impitoyables (Moshe Dayan, Rabin,
Barak, Sharon...) Comment être surpris de la politique qu'ils ont
poursuivie en étant au pouvoir !
Israël : une formidable victoire matérielle, une non moins
formidable défaite spirituelle pour le judaïsme !
De tous les mythes inventés par les hommes, celui du « Peuple
élu » et d'une « Terre promise » est sans doute celui qui aura
eu les conséquences les plus désastreuses. Les juifs ont été
persécutés pendant deux millénaires en grande partie au nom du «
Peuple élu », les non-juifs de Palestine depuis près d'un siècle
au nom de la « Terre promise ».
Malgré des origines contestables Israël a droit à l'existence
mais la communauté des Nations, d'autant plus qu'elle est
responsable de sa naissance, a au moins le devoir d'arrêter ses
violences et ses agressions.
Israël est assurément le seul pays au monde ou une catégorie
de citoyens, les Arabes, au nombre d'environ un million, est faite
d'apatrides, sinon juridiquement mais de fait, sur la terre de leurs
ancêtres.
Autant, et peut être plus encore, que les déportations, les
spoliations et les crimes dont ils ont été victimes ce sont sans
doute les humiliations subies chaque jour par les Arabes - Arabes
israéliens comme Arabes des territoires occupés - qui rendent
toute réconciliation impossible dans un pays modelé par le
sionisme.
Ce n'est pas parce que les sionistes et leur protecteur américain
ont obtenu en 1990 - après l'effondrement du bloc soviétique qui
modifiait la répartition des votes aux Nations Unies - l'annulation
de la résolution 3379 de 1975 de l'Assemblée générale des
Nations Unies condamnant le sionisme comme « une forme de racisme
et de discrimination sociale »., que cette sentence a cessé d'être
juste !
Israël représentera toujours une greffe hétérogène appliquée
sur le territoire de
la Palestine... On
connaît le devenir inexorable d'une telle opération chirurgicale :
d'abord l'antagonisme permanent entre les deux parties et, à terme,
la mort du greffon ou la mort simultanée du receveur et du greffon.
L'apartheid qui a régné pendant des siècles aux États-Unis et
en Afrique du Sud disparaît progressivement : il n'était porté
que par une idéologie sommaire. L'apartheid qu'engendre le sionisme
est d'une tout autre malignité : basé à la fois sur des données
religieuses et des données raciales (ces dernières découlant
elle-mêmes des premières), c'est une donnée constitutive de l'État
d'Israël.
La méconnaissance du potentiel raciste de l'idéologie sioniste
par la plupart des représentants des Nations Unies, dupés en 1947
par le lobby sioniste avec son habileté dialectique et sa puissance
financière, a été l'un des éléments déterminants ayant présidé
à la création de l'État d'Israël.
Il n'y a pas lieu d'être surpris des déchirures des
Palestiniens entre eux : dans toutes les situations de servitude il
en est ainsi.
Les premiers sionistes, pour qui "ne plus être
victime" était l'objectif essentiel, n'avaient manifestement
pas prévu que leurs descendants en maniant le fusil envers des
enfants lanceurs de pierres (avec des balles "réelles"
qui tuent ou des balles "en caoutchouc" qui déchiquettent)
se comporteraient en bourreaux.
Indépendamment
- du type contestable de légalité qui a présidé à la création
de l'État d'Israël,
- de l'ignorance des représentants des Nations Unies quant à l'idéologie
sioniste,
- de la faiblesse insigne de ces mêmes représentants face au
lobby,
il faut considérer que cette création arbitraire d'un nouvel État
par l'ONU (première création qui sera sans doute la dernière) a généré
en un demi-siècle quatre guerres, des crimes sans nombre, des
malheurs de toutes sortes, a attisé deux intégrismes, deux
fanatismes et deux terrorismes opposés, a maintenu les juifs israéliens
en insécurité permanente, a entraîné l'expulsion-représaille
des 800 000 juifs des pays arabes et réduit une catégorie de
personnes à être définitivement des personnes de seconde zone...
Devant cette malheureuse expérience et ces tragédies en cascade,
qui peut nier aujourd'hui que la création d'Israël ait été une
tragique erreur!
Ce n'est pas parce que les colons juifs ont réalisé dans le
pays conquis, une mise en valeur sans égale de l'agriculture, du
commerce, de l'industrie, des sciences... dont certains Palestiniens
d'Israël ont tiré profit, que ce succès justifie a posteriori la
légitimité de la création d'Israël. Tous les nationalismes
modernes, le nazisme allemand, le fascisme italien, le communisme
russe ou chinois, n'ont-ils pas eu à leur actif - toujours au prix
du sang - des réalisations "admirables" !
Le nazisme, c'était "la race", notion fort vague au
nom de laquelle ont été exterminées massivement les communautés
juive et tzigane d'Europe. Le sionisme, c'est "le sang"
plus "le sol", plus Yahveh : la notion est bien plus précise
et exclusive. Comment ce communautarisme qui, au nom de la race et
de par
la Loi
, sépare en Israël les non-juifs des juifs, qui n'admet que la
"juxtaposition" de deux communautés, qui exclut toute
"assimilation", toute "intégration" de la
communauté minoritaire par la communauté majoritaire, pourrait-il
ne pas engendrer un racisme caractérisé ?
Le sionisme est au Judaïsme ce que l'Inquisition, les croisades,
les guerres de religion sont au Catholicisme ou ce que l'islamisme
est à l'Islam : un rejeton pervers, un malheureux avatar, une plaie
vouée à la chronicité, une tare déshonorante que les siècles ne
sont pas près d'oublier.
Une guerre civile en Israël par les antagonismes croissants
entre les religieux et les laïcs, entre les juifs et les non-juifs,
entre les démocrates et les autres, n'est pas une hypothèse d'école
!
Que des athées, comme Herzl, Ben Gourion, Golda Meir et tant
d'autres, aient pu être des fondateurs, ou des pionniers, d'un
sionisme reposant sur le mythe du « Peuple élu » pour une «
Terre promise » par un Dieu auxquels ils ne croyaient pas, illustre
parfaitement la dimension non religieuse mais culturelle des mythes.
Par définition, tous les sionistes adhèrent à ce mythe fondateur.
Le statut économique des Arabes israéliens, bien que supérieur
à celui des autres Arabes, n'effacera jamais ni leur statut
humiliant d'apatrides et de suspects, ni le régime d'apartheid.
A l'instar des Allemands d'aujourd'hui qui regrettent profondément
l'attitude de leurs pères face à l'idéologie nazie, il est hors
de doute, comme l'ont prévu bien des juifs depuis un siècle, que
les juifs regretteront un jour l'entreprise perverse de leurs aînés.
Israël n'aura jamais la paix tant qu'il ne sera pas un État laïc
et démocratique semblable aux autres ne reposant ni sur la religion
ni sur les liens du sang, en somme tant qu'il sera l'État « juif»,
où l'apartheid est une donnée constitutive incontournable...
Israël est incapable de résoudre seul les problèmes concernant
l'avenir des juifs et des non-juifs de cette région... Seule une
contrainte extérieure venant des Nations Unies, contrainte
pacifique par des sanctions diplomatiques et économiques, voire une
coercition prolongée jusqu'au succès démocratique éliminant
toute donnée théocratique ou raciale, est susceptible de supprimer
l'impasse dramatique où se trouve le pays et de déboucher un jour
lointain sur un « Ètat de tous ses citoyens » ::une
Palestine/Israël laïque et démocratique
Que d'analyses savantes en perspective, quand les Européens
d'une future génération s'apercevront que l'aide financière,
diplomatique, technologique, guerrière apportée par leurs pères
à Israël relevait d'une gigantesque méprise, d'une erreur de
jugement analogue à celle qu'ont commise tant d'individus instruits
- en Allemagne quant au nazisme et dans le monde entier quant au
communisme !
Israël, avec son armement nucléaire et ses missiles
antimissiles (développés grâce notamment à l'Aipacc, le
redoutable lobby américano-israélien pour les Affaires publiques),
avec le nationalisme dont il est porteur, constitue manifestement
une menace pour la paix mondiale. Alouph Hareven, ancien responsable
des renseignements militaires israéliens, dans une tribune du
Maariv ne déclarait-il pas le 18 août 1998 : « la question
n'est pas la probabilité de la guerre, mais dans quelles conditions
elle éclatera et quelles seront ses retombées ».
Le sionisme, ainsi que depuis sa naissance l'ont pensé et le
pensent toujours de nombreux juifs, va à l'encontre de la vocation
essentiellement spirituelle du judaïsme. En lui faisant perdre son
âme par une entreprise territoriale et les violences qui
l'accompagnent, il lui prépare inexorablement de nouveaux malheurs.
Deux raisons expliquent essentiellement le silence habituel des
chrétiens face au sionisme et à ses entreprises d'oppression :
leur participation au mythe de «
la Terre
promise » et du « Peuple élu » ayant passé une « Alliance »
avec Dieu, mythe qu'ils ont adopté et intégré comme une donnée
fondamentale de leur doctrine ; leur part de responsabilité dans le
génocide hitlérien.
Les réalisations spectaculaires d'Israël depuis sa création,
notamment ses exploits qui ont fait réellement "fructifier le
désert", resteront à n'en pas douter dans l'Histoire mais, à
l'instar de celles de bien des civilisations passées, elles auront
utilisé, à partir d'une certaine période, des hommes de seconde
zone, des manoeuvres, des domestiques, de "nouveaux"
esclaves.
Si le terme hébreux de "Shoah" (qui se traduit par
"catastrophe") appliqué au génocide dont la communauté
juive a été massivement victime est tout à fait adéquat, il n'en
est pas de même pour celui d'"Holocauste". En incluant
une notion religieuse et plus précisément sacrificielle - alors
qu'il n'y a eu ni volonté de se sacrifier de la part des juifs, ni
volonté d'offrir un sacrifice à Dieu de la part des nazis - en
attribuant aux victimes un destin spécifiquement divin, en
sacralisant un fait historique pour lui donner une dimension
transhistorique, en voulant y voir "une révélation à
l'envers" (selon l'expression d'Ernst Nolte de l'Université hébraïque
de Jérusalem)... ce mot "Holocauste" totalement
inapproprié mais qui vient rajouter quelque chose à
la Shoah
, qui veut monopoliser à jamais l'Horreur subie par les Juifs en éclipsant
toutes les horreurs du passé et du futur subies par les autres, ne
peut que paraître abusif et insupportable à beaucoup. Si son
utilisation (hélas devenue courante) n'est déjà pas anodine en
soi que dire lorsqu'elle est le fait d'un grand rabbin français,
pour justifier Israël et sa politique d'oppression !
(À noter que le terme d'"holocauste" semble, hors d'un
contexte religieux, avoir été utilisé pour la première fois par
Churchill pour qualifier le massacre des Arméniens par les Turcs en
1915. Bien entendu le mot ne comportait pas de majuscule).
Suivant une interprétation très courante dans le judaïsme -
interprétation qui relève manifestement de la pensée magique -
les malheurs des juifs représentent la rédemption de leurs propres
péchés et les responsables des malheurs en question, un simple
instrument dans les mains de Dieu. C'est ainsi que le rabbin Ovadia
Yossef, une des personnalités religieuses actuellement les plus
influentes d'Israël, guide spirituel du puissant parti religieux
Shass, n'hésite pas à considérer
la Shoah
comme la conséquence de l'idolâtrie de ses ancêtres juifs !!...
Si la honte pour les crimes d'Israël perpétrés quotidiennement
contre les Arabes hante déjà bien des juifs, ne doutons pas, qu'un
jour, quelques nouveaux malheurs soient considérés par certains
d'entre eux comme la rédemption du péché d'idolâtrie spécifique
des sionistes : la terre nouvelle idole...
Les Arabes (sauf la petite minorité de Druzes, de chrétiens et
de bédouins) n'ont pas le droit de servir dans l'armée d'Israël.
Ce non-droit et cette discrimination basés sur la déloyauté
potentielle des Arabes a au moins quelque intérêt pour eux ! Mais,
comment un non-juif israélien bien né, mais forcément dépourvu
de vraie patrie, pourrait-il être loyal à Israël !
L'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme est
volontiers, pour les gens bornés ou malhonnêtes, une arme de prédilection,
voire une tactique d'intimidation. Elle apparaîtra toujours
lamentable et dérisoire à ceux qui savent notamment que, parmi les
juifs, les antisionistes résolus étaient largement majoritaires
avant la création de l'État d'Israël, qu'ils sont nombreux dans
l'Israël d'aujourd'hui, et ceci par référence à leur doctrine
religieuse. C'est dire aussi que le judaïsme possède les armes
spirituelles pour se ressaisir comme le catholicisme les a eues pour
sortir de l'Inquisition, pour abandonner "ses" terres de
Palestine et de Rome et pour se repentir de son antisémitisme
ancestral...
La minutie et le souci du détail dont font preuve les dirigeants
et responsables sionistes dans leurs entreprises les plus détestables
(expulsions, expropriations, destructions, fragmentation des
territoires occupés, "bouclages", indictions de séjour,
effacement des lieux de mémoire..) et la fidélité aveugle d'une
foule d'exécutants, ne sont pas sans rappeler, en plus sophistiqué,
"l'organisation" exemplaire des nazis.
Au XVIIIe siècle le comportement des Blancs en Amérique du Nord
vis-à-vis des populations indésirables était à la fois brutal,
"primitif" et sommaire ; deux siècles plus tard, celui
des Israéliens envers les Palestiniens est devenue plus habile,
plus savant et plus cynique. Les Blancs n'avaient que de pauvres
fusils, les Israéliens ont le "verbe" ...
Quels que soient les ressentiments qu'un démocrate peut nourrir
envers l'idéologie sioniste issue du judaïsme et sa réalisation
israélienne, ils ne justifieront jamais le racisme antijuif
(l'antisémitisme). L'opposition déterminée envers un détestable
rejeton du judaïsme et envers ses hérauts, si nombreux soient-ils
à notre époque, doit savoir raison garder...
À propos des Arabes contribuant par leur travail à élever les
bâtiments des colonies israéliennes, voire les blockhaus dans les
territoires occupés d'où les Israéliens tirent sur les jeunes
palestiniens, comment ne pas penser aux Français contraints, eux
aussi pour subsister, à travailler pour les nazis dans les usines
d'armement ou à élever le Mur de l'Atlantique ?
Le sionisme, à l'instar du nazisme, aura cultivé une
"civilisation du mépris"... Eytan (ex-chef d'état-major)
n'a-t-il pas comparé les Palestiniens à des "cafards",
Menahem Begin (ex-Premier ministre) à des "bêtes féroces",
le grand rabbin Yossef (responsable du puissant parti religieux
Shass) à des "serpents", Ehoud Barak (Premier Ministre)
à des "crocodiles" ! Quant aux sentiments que nourissent
les juifs orthodoxes vis-à-vis des juifs non religieux accusés de
détruire Israël et volontiers traités de nazis, il ne s'agit plus
seulement de mépris mais de haine, comme il sied entre frères
ennemis.
Soutenir la juste cause des Palestiniens victimes depuis plus de
cinquante ans de l'idéologie sioniste ne doit pas amener à fermer
les yeux sur l'intégrisme musulman, sur le terrorisme qui trouve
forcément un terrain d'élection en Israël et dans les territoires
occupés, non plus que sur les méthodes arbitraires et répressives
de l'Autorité palestinienne (dénoncées à de nombreuses reprises
par les organisations palestiniennes des droits de l'homme : al-Haq
et
la Commission
pour les droits civiques). Si la désionisation est la condition
primordiale d'une paix lointaine dans une Palestine laïque et démocratique,
la non-islamisation est également nécessaire
La "gauche" israélienne a contribué autant, sinon
plus, que la "droite" à la colonisation forcée de
la Palestine
par les juifs. La droite a le monopole de la provocation (Ariel
Sharon n'est-il pas installé en plein c¦ur du quartier musulman
?), la gauche, celui de l'hypocrisie.
Le sionisme a sa spécificité comme le communisme ou le nazisme
ont eu la leur. C'est dire qu'il ne peut pas engendrer le même type
d'exactions mais qu'il peut en engendrer d'autres susceptibles de se
révéler aussi terribles pour l'humanité.
Si la création d'un État palestinien voisin de l'État d'Israël
doit être revendiquée et obtenue en priorité, penser - comme le
font nombre d'écrivains, de philosophes, de journalistes, de
politiques, voire certains Palestiniens - que "le processus de
paix" sera achevé si cet État voit le jour, relève d'un
optimisme naïf. Ces personnes n'ont manifestement ni assimilé les
sources, ni le sens du conflit. Ce conflit ne peut s'éteindre
qu'avec la neutralisation de l'idéologie qui le sous-tend.
Disserter chaque jour sur le conflit israélo-palestinien sans
jamais évoquer le sionisme, comme le font certains commentateurs,
relève parfois d'une tactique habile pour servir cette cause. La
plus souvent, il s'agit d'une carence aveugle analogue à celle qui
ferait disserter à perte de vue sur le Goulag en ignorant le
communisme ou sur Auschwitz en occultant le nazisme.
Il est volontiers fait un parallélisme entre les
"fautes" des Israéliens et les "fautes" des
Palestiniens", entre les responsabilités des premiers et
celles des seconds, les deux parties étant renvoyées dos-à-dos.
C'est ignorer, ou feindre d'ignorer, qu'il y des colons et des
colonisés, des "occupants" et des "occupés",
des oppresseurs et des opprimés, des forts et des faibles, des
bourreaux et des victimes, des citoyens israéliens de première
zone et d'autres de seconde zone, toutes oppositions sous-tendues
par une idéologie implacable.
L'expression d'"État juif" suscitée par l'idéologie
sioniste, entérinée par les Nations Unies en 1947, développée en
Israël avec l'appui d'une partie notable des communautés juives
occidentales, répétée machinalement par "tout le
monde", lie obligatoirement le judaïsme à une entreprise dès
maintenant désastreuse. Comme ce fut le cas du christianisme après
quelques uns de ses errements, le judaïsme ressortira
obligatoirement sali, et de façon durable, de ce genre d'"expérience".
Comme le font remarquer certains juifs d'esprit libre, c'est
l'expression "Etat sioniste" qui peut préserver l'honneur
présent et futur du judaïsme.
À la fin de l'année 2000, des actes abominables ont été donnés
en spectacle : la mort par lynchage de deux soldats israéliens par
une foule palestinienne ivre de haine, la mort d'un enfant
palestinien tué délibérément dans les bras de son père par un
soldat israélien, la mort de plus de trois cents jeunes
Palestiniens et des milliers de blessés par balles, le pogrom
anti-arabe perpétré à Nazareth contre des manifestants arabes
citoyens d'Israël et non armés... Il faut bien voir, par delà les
manipulations dont les jeunes Palestiniens peuvent être l'objet,
que cet enchaînement infernal n'est que le fruit logique, direct ou
indirect, de l'idéologie sioniste.
Si le nazisme n'était porté que par une petite clique pensante
de théoriciens allemands suivis par des exécutants également
allemands dont un grand nombre étaient sommairement brutaux, le
sionisme, quant à lui, est porté par une multitude de groupes
appartenant à de nombreux pays mobilisant à la fois une énergie
intellectuelle incomparable, une opiniâtreté impressionnante et
une puissance financière considérable : sa forme de malignité
est, de ce fait, autrement plus complexe que celle du nazisme, plus
complexes aussi les armes pour le neutraliser.
Les nazis ont trouvé en certains Français (ou autres nationaux
des pays occupés) des collaborateurs qu'ils ont jugé dignes,
au-delà des différences natives, d'être totalement intégrés
dans leurs rangs et d'être "élevés" à leur niveau.. ;
les sionistes, quant à eux, ont des collaborateurs arabes qui malgré
tout leur dévouement ne seront jamais dignes de devenir Israéliens
à part entière : ils ne sont pas juifs.
Ce qu'aucune colonisation n'avait jamais réalisé, la
"folie" sioniste, avec la complicité des Nations Unies,
l'a fait en 1947 : transformer, d'un coup magistral, des centaines
de milliers d'habitants de Palestine en étrangers définitifs dans
leur propre pays.
Les colonisateurs des siècles passés considéraient et les indigènes
et le sol conquis comme des richesses nouvelles à exploiter, pour
les sionistes, colonisateurs d'un genre nouveau, la seule richesse
est le sol, les indigènes sont "en trop".
Si
la Shoah
tient une grande place dans les medias occidentaux, il convient de
ne pas être dupes quant aux raisons sous-jacentes au phénomène.
À côté de celles qui relèvent du devoir élémentaire de mémoire,
il y a celles de la "Shoah business":
- brandir la menace d'un retour du nazisme - alors que l'Histoire ne
se répète pas
- disserter sans cesse sur la passé (où des juifs furent victimes
) pour occulter le présent (où des juifs se font persécuteurs)
- obtenir toujours plus d'aide pour l'entreprise sioniste
La revendication d'un État par les Palestiniens, le militantisme
des Israéliens libéraux (tels que ceux de La paix maintenant) en
faveur de cet État représente une tactique... Cette tactique est
tentante - l'État palestinien est prévu par l'ONU depuis 1947 -
mais, en occultant la seule stratégie susceptible d'apporter un
jour la paix, à savoir l'union des démocrates antisionistes de
Palestine/Israël et d'ailleurs, son intérêt est fort contestable.
Son résultat tangible - au prix de quels nouveaux malheurs - ne
peut être que de démontrer expérimentalement qu'un État
palestinien à côté d'un État juif n'apporte nullement la paix...
Trois dates-catastrophes pour l'humanité sont destinées à émerger
du XXe siècle :
1917 :
la Révolution
russe et le triomphe du communisme,
1933 : l'avénement de Hitler et le triomphe du nazisme,
1947 : la création de l'État d'Israël par l'ONU et le triomphe du
sionisme.
Au Proche-Orient, où sévit l'idéologie sioniste, la paix ne
peut être, ni le fruit d'un processus démocratique et pacifique au
sein de l'État d'Israël, ni le résultat d'un "traité de
paix" entre les dirigeants des deux parties comme cela est
habituel entre ennemis "ordinaires". Ici, la paix ne peut
résulter que d'un affrontement :
- si les Nations Unies, et notamment les Nations occidentales,
reconnaissent leurs erreurs, reviennent sur leur aveuglement et leur
faiblesse traditionnels et usent à l'égard d'Israël des moyens de
coercition dont ils disposent, cet affrontement peut, certes, être
long mais il sera limité dans l'espace et relativement pacifique,
- si tel n'est pas le cas, le conflit se terminera obligatoirement
par un drame qui, compte tenu des moyens modernes de destruction,
risque d'être pour l'humanité plus terrible encore que celui
provoqué par le nazisme.
BIBLIOGRAPHIE
Les informations ou les
citations rapportées sont tirées
- des articles des revues et
journaux suivants :
Monde diplomatique
« Dossiers et documents » du Monde
Le Figaro
Nouvel Observateur
Libération
Publications d'Amnesty international - "Israël et
territoires occupés"
Revue d'Études Palestiniennes :
- Le transfert des Palestiniens, une obsession centenaire. Textes
et déclarations des principaux responsables juifs 1891 à 1961 -
traduits et présentés par Ilan Halevi - N° 18
- L'histoire véridique de la conquête de
la Palestine
- Walid Khalidi
Revue de l'Association Médicale Franco-Palestinienne
Revue "Une terre deux peuples " de l'Association pour
l'union entre les peuples juif et palestinien.
- des ouvrages suivants :
Ascot Roger, Le sionisme trahi ou les Israéliens du dimanche,
Balland, 1991.
Barthélémy André, Israéliens et Palestiniens. Du dialogue à
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Vent du Large, 1998 - Les mythes fondateurs de la politique israélienne,
Samiszdat 1996.
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Halevi Ilan, Israël : Les mythes fondateurs à l'épreuve du
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Editions de l'Atelier, 1998.
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